Pourquoi je ne démissionne pas…

Je suis catholique. Je suis diplômé en théologie. J’enseigne la théologie. Je suis agent « laïque » de pastorale au service de l’Église diocésaine de Chicoutimi. J’y suis revenu après plusieurs années comme travailleur dans le monde ordinaire et ensuite dans les milieux communautaires. J’étais heureux de me retrouver de nouveau à servir l’Église dans un rôle qui comporte bien des avantages et aussi quelques soucis.

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Démission de Benoît XVI – Le Monde, 11 février 2013

J’affirme sans hésitation que je suis parfois scandalisé par mon Église, autant par des comportements déviants de certains de ses représentants que par ceux de certains autres qui sont en autorité et qui font partie de ce qu’on appelle « le magistère »… Pas tant par sa manière d’interpréter le message de Jésus-Christ — après tout il est constitué des « successeurs des apôtres » et il faut bien qu’un groupe de leaders soit autorisé à donner son éclairage et à fixer la norme — que par son intransigeance face aux situations qui seraient en marge ou à l’écart de la norme.

Il m’arrive très fréquemment de me sentir outré par les remises à l’ordre qui découlent de positions autoritaires des évêques, le mien comme tant d’autres, tout autant que celles qui viennent de Rome, là où vivent ceux qui doivent certainement avoir atteint « le sommet de la perfection du croire ». Tant que j’étais « simple laïc », vivant ma foi dans un milieu ordinaire, je me contentais de voir passer toutes ces déclarations avec un certain détachement. Dans la réalité, ça ne changeait rien à mon rapport à Jésus-Christ ni même à l’Église que je fréquentais et qui me permettait de rencontrer de nombreux prêtres et autres membres actifs tous plus accueillants et ouverts à la différence les uns que les autres.

Mais en tant que « personne mandatée » par un évêque, ma situation est désormais bien différente. Je dois parfois assumer des positions qui sont loin d’être miennes. J’ai toujours l’option intérieure de ne le faire qu’en surface, de ne pas adhérer complètement et ainsi de demeurer en communion, en apparence… Mais en réalité, je me sens alors comme un hypocrite, comme ceux qui sont dénoncés par tant de mes coreligionnaires qui ont pris leurs distances avec l’institution. Rester ou partir, c’est une alternative qui me trotte souvent dans la tête. Aujourd’hui, je vous donne mes raisons de ne pas partir…

Je ne démissionne pas parce que…

  • J’aime l’Église. Elle a marché durant deux millénaires sur les pas du Fils de l’Homme en tentant, tant bien que mal, de vivre l’Évangile. Elle est imparfaite, formée de femmes et d’hommes qui se savent pécheurs, d’une majorité de gens humbles qui cherchent sincèrement à plaire à Dieu, à faire sa volonté en la cherchant dans la vie présente, en s’exerçant à l’amour fraternel sans jamais s’approcher de l’idéal, mais en demeurant « en marche ».
  • L’Église n’appartient pas aux évêques ni au pape. Au contraire, ce sont eux, tout comme l’ensemble des baptisés dont ils ont charge de sollicitude, qui appartiennent à l’Église. Elle est le « nous » de tous les baptisés qui se sont reconnus fils et filles de Dieu et appelés à suivre Jésus.
  • Si des prises de position du magistère briment ma conscience individuelle (que je tente du mieux que je peux d’éclairer, d’éduquer, de confronter à la vérité, en particulier celle énoncée par la Tradition ecclésiale), elles ne peuvent donc pas entraîner mon adhésion forcée. Je suis créé libre et ma liberté de pensée est un droit fondamental que même Dieu respecte, y compris lorsque j’exerce ma dissidence.
  • Je peux travailler en Église, en communion avec l’évêque, sans pour autant devoir assumer toutes ses positions ni ses attitudes. Par contre, il est l’évêque et pas moi et pour cela je lui dois respect et loyauté dans la mission pastorale, une loyauté réelle mais seulement consentie, jamais inconditionnelle.
  • Mon travail auprès de mes collègues et de toutes les équipes pastorales de la région me donne à croire que je suis privilégié de connaître et parfois d’accompagner ces personnes engagées sincèrement et avec enthousiasme au service de l’Évangile dans une volonté commune de rendre possible une rencontre qui change tout avec le Christ vivant… Les quitter reviendrait à les abandonner.
  • Partir causerait un (petit) coup d’éclat sans lendemain. Rester me permet d’apporter ma contribution et d’exprimer respectueusement ma dissidence.
  • Et aussi, oui, il faut bien le dire, en ayant pour longtemps encore des personnes à charge, j’ai besoin du revenu attaché à cet emploi…

Je ne vais donc pas démissionner. Mais je vais déclarer mon soutien le plus entier à mes collègues qui tentent, avec discernement et audace, parfois maladroitement tout comme moi, de favoriser la rencontre de l’Église avec le monde tel qu’il est, sans volonté de le changer, le convertir ou le guérir de quelque mal que ce soit, mais plutôt pour y célébrer la vie, l’amour, la joie et la fierté d’appartenir à cette humanité créée diversement, appelée à accomplir le bien, à éviter le mal et à se tenir debout…

Lorsque l’Église va à la rencontre du monde sans le juger, elle réalise sa mission qui est de marcher avec tous les humains dans leurs chemins divers et particuliers, les accompagnant vers leur propre destinée. Il se pourrait bien, un jour ou l’autre, que cette Église soit invitée à faire part de ce que sa Tradition enseigne comme étant la Vérité, mais au temps opportun, lorsque la confiance sera rétablie, au moins partiellement, et toujours dans un esprit de dialogue. C’est à cette tâche que je veux m’attacher, parce qu’elle est une vraie bonne nouvelle à partager.

20 réflexions sur “Pourquoi je ne démissionne pas…

  1. Tu as su décrire dans une écriture empreinte de sagesse ce que je n’arrive pas à faire aussi bien. mes émotions me font parfois sortir trop de mes gonds. Merci de cet discernement qui m’invite à poursuivre ma réflexion personnelle quant à ces positions institutionnelles qui me heurtent grandement.

  2. Nicole Paquette Laparé dit :

    Merci Jocelyn , cela m’encourage à être de plus en plus authentique autant par mes paroles et mes écrits! Bonne route! Amitiés Nicole

  3. André Tremblay dit :

    Que pensez des personnes qui ne sont pas mandater de faire cette fête de l’Amour (qui inclus des personnes de même sexe.!)

    Il faut pourtant le dire. Ce sont des personnes qui manquent de jugement.

    Il doivent faire cette activité en dehors de l’Église institutionnelle c’est tout.

    C’est même plus cohérent que de faire les « finfinaud » comme vous le faites.

    André (un lecteur assidu du catéchisme du l’Église catholique).

  4. André Tremblay dit :

    J’espère que vous aller défendre TOUT du catéchisme de l’église catholique ET du pape actuel qui n’approuve pas tout les types d’unions ,qui ne s’équivalent pas….

    André

    • Vous êtes ici sur mon blogue personnel. Je n’ai pas le mandat de défendre quoi que ce soit. Et le mandat reçu de mon évêque me charge de collaborer à sa charge et aux orientations pastorales diocésaines… Actuellement, nous sommes invités à « Aller vers… », pour « Rencontrer la Parole (de Dieu) au coeur de l’humain » et « Reconnaître et annoncer l’amour de Dieu en toute chose »… Si vous lisez bien, l’équipe pastorale qui a choisi de célébrer l’amour n’est certainement pas très loin de cet esprit!

  5. André Tremblay dit :

    Si vous jeter de l’eau directement sur un feu de brousse très marginale, que se passe-t-il ?

    L’eau éteint le feu. Le feu ne s’active pas advantage.

    Dure leçon de vérité et de réalité.

    • Le feu de l’Évangile ne s’éteindra jamais. Par contre, les lois de l’Église se sont développées au cours de l’histoire, souvent après de longs débats, des tensions et mêmes des exclusions mutuelles. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas différent. L’Esprit Saint fait sentir sa présence au milieu de ces échanges et stimule l’Église à adapter sa pastorale. Avant de tout condamner, il faut d’abord discerner, ne pas éteindre l’Esprit et permettre quelques explorations. Pour demeurer crédible, l’Église doit faire preuve d’écoute, car elle est envoyée en mission par un Dieu qui écoute la misère de son peuple et qui se rend présent à travers elle.

    • Celle-là on ne me l’avait jamais fait encore! C’était peut-être une insulte grave dans les années 60′-70′, l’époque où vous semblez ne pas avoir quittée. Reprenons, le marxisme est une idéologie fondée sur l’athéisme et l’évacuation de la religion. Ici nous parlons d’amener la religion à retrouver une place crédible et pertinente afin de permettre aux gens qui l’ont désertée de vivre et célébrer leur foi… en Dieu!

  6. GRIMONPREZ dit :

    Quand j’ai été, comme vous, chargée de responsabilité dans mon diocèse, je me suis posé la même question que vous : démissionner ? Et je suis restée pour à peu près les mêmes raisons que vous… En union de prière

    • Il n’y a pas d’Église parfaite! Partir, comme tant d’autres l’ont fait, ça ne sert que la division alors que nous sommes appelés à l’unité. Mais la tentation est toujours bien présente… Comment avez-vous fait?

      • Roger Boivin dit :

        Vous dites, Jocelyn : « Il n’y a pas d’Église parfaite! »

        La véritable Église fondée Jésus-Christ Notre-Seigneur est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. Elle est sainte et donc parfaite. Ce sont ses membres pécheurs qui sont imparfaits.

        La véritable Unité doit être dans la Vérité, sinon ce n’est qu’une unité extérieure, un semblant d’unité.

        En parlant d’unité, voici un texte de S. S. le pape Pie XI, donc d’Autorité :

        [..]

        677

        « Voici que se présente l’occasion de démasquer et de réfuter la fausse théorie dont semble dépendre toute cette question et s’inspirer l’activité si diverse des acatholiques en faveur de la confédération des églises chrétiennes.

        « Les artisans de cette entreprise ne cessent de citer à l’infini la parole du Christ : Que tous soient un… Il n’y aura plus qu’un troupeau et qu’un pasteur 1, et ils représentent ce texte comme un souhait et un vœu du Christ Jésus qui n’auraient pas encore eu leur effet. Ils pensent que l’unité de la foi et de gouvernement, caractéristique de la véritable et unique Eglise du Christ, n’a presque jamais existé dans le passé et n’existe pas aujourd’hui ; ils estiment que cette unité peut être souhaitée et que peut-être l’entente commune des volontés l’établira un jour, mais qu’il faut encore la tenir pour un rêve. Ils ajoutent que l’Eglise, en elle-même et de sa nature, est divisée en parties, c’est-à-dire qu’elle est constituée de très nombreuses Eglises ou communautés particulières encore divisées, qui ont quelques points de doctrine communs et se séparent sur le reste ; ils affirment que toutes jouissent des mêmes droits, que l’Eglise ne fut une et unique tout au plus que de l’époque apostolique jusqu’aux premiers Conciles œcuméniques. Il faut donc, disent-ils, négliger et écarter les controverses même les plus anciennes et les diversités de doctrine qui divisèrent jusqu’à ce jour le christianisme, et, au moyen des autres vérités doctrinales, constituer et proposer une certaine règle de foi commune ; dans la profession de cette foi, tous sentiront qu’ils sont frères, plutôt qu’ils ne le sauront ; puis, les multiples églises ou communautés une fois réunies dans une fédération générale, il sera possible de lutter avec force et succès contre les progrès de l’impiété. »

        [..]

        L’Église, son institution, son unité – Lettre encyclique de Sa Sainteté Pie XI du 6 janvier 1928, MORTALIUM ANIMOS :

        http://messe.forumactif.org/t6913-l-unite-des-chretiens-selon-bergoglio-est-elle-catholique

      • Roger Boivin dit :

        Il faut en venir à l’évidence, Jocelyn, votre Église, qui évidemment n’est pas parfaite, n’est pas la véritable Église Catholique Apostolique et Romaine fondée par Jésus-Christ, mais un simple substitut maçonnique qui se fait passer pour telle, et qui fait éclipse à la véritable.

        Mais soyez rassuré ; comme le saint homme Job, dans l’Ancien-Testament, et qui est une figure de l’Église, l’Église ne peut être détruite, mais seulement réduite. Et à l’heure actuelle elle est réduite à un état tel, qu’à peine peut-on la reconnaître, tout comme jésus sur la croix qui avait l’aspect d’un criminel et même d’un ver de terre. Mais comme le saint homme Job, Dieu lui redonnera, en temps voulu, ne serait-ce qu’à la toute extrémité du temps, et même d’avantage tout ce qu’elle a perdu.

  7. Roger Boivin dit :

    Jocelyn Girard écrit : « Je suis diplômé en théologie. »

    Jocelyn, pourriez-vous donner les noms des théologiens dont on s’est servit pour vous enseigner la théologie ?

    N’y aurait-il pas parmi eux, Henri de Lubac, Pierre Teilhard de Chardin, Hans Urs von Balthasar, Yves Congar, Karl Rahner, Hans Küng, Edward Schillebeeckx, Marie-Dominique Chenu, Louis Bouyer, Jean Daniélou, Pierre Ganne, Jean Mouroux ?

    Si c’est le cas, ce n’est pas la théologie catholique que vous avez étudiée, mais la moderniste :

    http://messe.forumactif.org/t5841-nouvelle-theologie

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