Mais qui donc ce pape est-il?

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Photo: Shoebat.com

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Alors que son passage aux États-Unis le consacre comme l’homme le plus populaire de la planète, certains ont perçu dans le ton et sur le visage du pape François un air de lassitude. Est-ce seulement la fatigue d’un voyage si astreignant pour celui qui approche les 80 ans? Est-ce plutôt l’effort qu’il doit consentir pour être toujours joyeux, accueillant, libre et disponible? Est-ce encore le fait que chacune de ses paroles risque de semer des vagues de débats pour et contre sa personne et ses prises de position? Et si c’était seulement parce qu’il porte secrètement une question tout-à-fait légitime, comme celle que Jésus posait à ses disciples : « Qui dit-on que je suis? » (Cf. Marc 8, 27 ss.)  L’effet de la question est augmenté par le contexte. C’est justement suite à un grand succès de foule que Jésus pose cette question, après avoir réuni plus de 4000 hommes et autant de femmes et d’enfants. Ce décompte d’époque vaut peut-être le million de fans réunis Philadelphie, ce 27 septembre! Alors sur ce visage las, j’ai perçu une inquiétude : « Et si les gens ne comprenaient pas ce que je tente de leur dire? » Tout ceci est hypothétique, me direz-vous. Bien sûr! Alors jouons le jeu et répondons simplement à la question hypothétique.

Pape courage

Certains voient dans le pape un nouveau François d’Assise. Aux prises avec une Église endormie par le poids d’une certaine richesse et surtout par une tradition qui fait peser un lourd fardeau aux baptisés, François se lève et appelle au renouvellement, à la conversion et à la réforme. Renouvellement parce que l’Évangile est toujours neuf. Conversion parce que personne ne peut prétendre l’avoir intégré sans tricher sur l’humilité. Réforme parce que même les structures de l’Église ont besoin d’être adaptées pour réaliser le service commandé par le Christ.

Pape rétrograde

Les sociétés sécularisées disent de lui qu’il est de la lignée de ses prédécesseurs et qu’il ne casse rien de neuf en matière de progressisme : la place des femmes (en Église), l’accès à l’avortement, l’homosexualité, le mariage des prêtres, etc. Il pourrait donc s’appeler Pie IX ou Jean-Paul qu’il ne dirait rien de bien différent! François se situe clairement dans la logique de la tradition de l’Église avec un désir de la pousser vers le monde, pour aller à sa rencontre non pas pour le juger, mais pour le comprendre de l’intérieur. En cela, il rappelle davantage Jean XXIII.

Pape fraîcheur

Pour la masse des gens qui le regardent aller, il est un vent de fraîcheur. Il a le bonheur accroché au visage parce qu’il témoignage de plus grand que lui. Il est Hildegarde par sa profondeur spirituelle et la qualité de sa réflexion devant les grands de ce monde. Il est aussi la petite Thérèse par sa candeur comme lorsqu’il lance devant les médias : « Qui suis-je pour juger? »

Prophète d’un monde à l’avenir incertain

Avec sa dernière encyclique, il est solidaire des nouveaux prophètes de notre monde. Les Naomi Klein et David Suzuki, Hubert Reeves et Albert Jacquard, tous ces hommes et toutes ces femmes qui ont pris à bras le corps le combat contre le fatalisme et la résignation devant la toute-puissance de l’argent, la surconsommation, les inégalités et la domination des riches sur les pauvres. Par-delà ces personnes engagées, il semble seul à voir un horizon lumineux, celui d’un Amour qui le pousse à s’inviter sans cesse dans le concert des nations pour l’avenir du monde.

Il y a bien d’autres modèles qui peuvent servir à marquer un trait ou l’autre de la personnalité du pape François. Mais toutes ces réponses feraient-elles changer sa lassitude en satisfaction? Si l’on regarde ce qu’a fait son maître de Palestine, il est fort probable qu’avant de terminer sa mission, il se montera encore plus déterminé et prendra plus de risques au nom de l’amour.

Enfin, si François me posait à moi la question, comme Jésus l’a posée à ses disciples : « Et toi, qui dis-tu que je suis? » Alors je lui répondrais : « Tu es un fils véritable de l’humanité : le fils de Régina Maria et de Mario José, deux migrants italiens débarqués en Argentine en pleine crise pour la survie; le fils de l’Amérique Latine qui a connu corruption, dictature et luttes pour la dignité et l’égalité de tous; le fils d’une Église de pécheurs et pécheresses qui attisent tes élans de compassion; et surtout le fils bien-aimé du Père qui t’accorde toute sa confiance. » Et vous, que répondriez-vous à votre tour ?

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 6 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe diocésaine de pastorale pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean et en tant que professeur à l'Institut de formation théologique et pastorale. Ce n'est pas un travail pour convertir les gens à la foi chrétienne, c'est plutôt pour accompagner ceux et celles qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, accueillait et discutant avec quiconque se montre respectueux, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion d'orientation sexuelle ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

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