Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

Avec le Synode des évêques sur la famille qui vient de se clore, peut-être n’avons-nous jamais autant lu ou entendu les mots « miséricorde » et « vérité », soit pour les opposer, soit pour les accorder, soit encore pour en privilégier l’un plutôt que l’autre. Depuis quelque temps, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche avec cette perception que les couples divorcés-remariés ou encore les personnes homosexuelles (seules ou en union) ont nécessairement besoin d’être vus comme ayant besoin de miséricorde pour que l’Église leur accorde de l’attention. Et c’est ici que je me dis: « en réalité, pas plus que moi! » En effet, moi qui suis marié comme un bon catholique, qui pratique encore sa religion en assistant à la messe et qui s’occupe plutôt bien de sa famille, oui moi, j’ai pourtant bien besoin de la miséricorde divine tout autant que ceux et celles dont on a discuté (sans eux bien sûr) durant toute une année et dont on parlera encore toute l’année qui vient.

Voir le bonheur et s’en réjouir

Un amour imparfait… comme le mien!

Ce qui me chicote, en fait, c’est l’incapacité de considérer le bien qui se fait en « territoire peccamineux ». Je m’explique, si mon statut par rapport à l’Église est « ok », celui des divorcés-remariés et des personnes homosexuelles « actives » est, selon la « doctrine vraie et immuable »: « vivent dans le péché ». Comme il s’agit de leur statut permanent, leur contexte est donc toujours marqué par la réalité objective du péché. C’est pourquoi l’Église veut leur prodiguer la miséricorde divine, non sans avoir préalablement brandi la vérité sur leur condition d’existence que Dieu ne peut que réprouver.

Or, il se trouve bien des témoins tout aussi crédibles partout autour de nous qui voient les choses différemment en observant la vie au sein d’un grand nombre de familles recomposées et d’autant d’unions homosexuelles. Plusieurs y reconnaissent de belles valeurs. Par exemple, ces couples formés de divorcés qui s’efforcent d’instaurer dans leur foyer une atmosphère de sérénité. Ils tentent de faciliter les choses pour leurs enfants dont certains peuvent être partagés entre un « nid » et l’autre. Ils font en sorte que leur adaptation soient la plus aisée possible et qu’ils ne cessent de se sentir aimés. Ils sont même parfois ouverts à la vie en projetant d’ajouter à leur progéniture. À la suite d’un premier échec conjugal, ils connaissent les chemins risqués ou dangereux pour leur fidélité et sont devenus habiles pour les éviter. L’amour qu’ils dégagent dans leur couple devient rayonnant. Il est bon d’être avec eux et ils font du bien autour d’eux. Si quelque témoin observait tout cela dans ma propre maison, il dirait certes : « Voilà un couple qui accomplit remarquablement bien sa mission chrétienne dans le monde en faisant rayonner l’amour divin dans son foyer ». Mais c’est là que le bât blesse: ces couples se sont écartés de la vraie voie et l’Église dont je suis ne cesse de le leur rabâcher afin qu’ils ne l’oublient jamais. C’est ainsi qu’on les prive officiellement de bénédictions et d’eucharistie pour les maintenir en état de pénitence publique. Comment pourrait-on alors reconnaître que tout ce qu’ils font de bien et de bon, tout ce qu’ils ont réparé à la suite de leur première union, tout ce qu’ils ont mis en oeuvre pour le bien de leurs enfants, tout ce qu’ils font dans la société en gagnant honnêtement leur vie, aurait à voir avec l’Évangile et les commandements du Dieu?

Famille recomposée

Il en est de même pour certains couples homosexuels. À l’Association Emmanuel, nous avons choisi de ne pas refuser les couples gais qui se proposent d’adopter des enfants en grand besoin d’amour en raison de leurs différences. C’est ainsi que nous pouvons voir, année après année, des familles où grandissent ces enfants entourés du même amour que celui qui est prodigué par des familles « ok » comme la mienne. L’amour des parents n’est-il pas nourri par la source de tout amour? Et cet amour pour des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas été gardés par leurs parents biologiques lorsqu’ils ont découvert leurs « particularités », peut-il venir d’ailleurs que du coeur du Père céleste et sa préférence pour les plus petits?

Moi je le dis humblement: il y a parmi ces couples certains qui m’édifient et qui m’inspirent. Si c’est là l’oeuvre de leur vie pécheresse, comment se fait-il que je grandisse à les côtoyer? L’amour et le bien peuvent-ils provenir d’autre part que de Dieu lui-même? Le diable se mettrait-il à faire le bien pour confondre les vrais chrétiens? Possible, mais ce n’est pas l’expérience que j’en fais.

Mais oui, il y a aussi la vérité, celle qui confronte chaque personne humaine pour qu’elle devienne plus vraie; mais aussi celle avec un grand V qui nous indique que nos vies ne respectent que rarement la rigueur à laquelle la religion nous interpelle. Que faire de cette Vérité? D’abord la chercher en nous-mêmes car elle y est inscrite. Et voir comment nous pouvons, dans une perspective qui respecte la croissance humaine, nous y conformer peu à peu, avec l’assistance miséricordieuse de l’Église!

Miséricorde pour tous!

La miséricorde ou la compassion qui vient du coeur aimant de Dieu est infiniment plus puissante que celle que nous pouvons nous-mêmes accorder à quiconque. Or, il se trouve que nous sommes tous faillibles et qu’en tellement d’occasions nous « péchons » en ne faisant pas le bien que nous aurions dû faire, en ayant des pensées destructrices, de jugement ou de haine, en disant des choses qui blessent ou qui intimident. Oui, en ce sens nous sommes tous pécheurs et avons tous besoin de nous en remettre à la grâce divine car Dieu seul est juge de nos vies.

Puisque nous sommes tous dans le même bain du « mal » qui nous entoure, devenons davantage solidaires du bien que nous nous efforçons de réaliser dans nos propres vies. Sachons reconnaître le bien partout où il s’accomplit et bénissons toutes les personnes, peu importe leur condition de vie, afin qu’elles poursuivent résolument dans la voie de cette option fondamentale dont Dieu se réjouit, car c’est cette option pour le bien qui rend le monde meilleur et qui peut le mieux honorer notre Créateur.

 L’amour, c’est de trouver sa joie dans le bien; le bien est la seule raison de l’amour. Aimer, c’est vouloir faire du bien à quelqu’un. (saint Thomas d’Aquin, XIIIe siècle)

6 réflexions sur “Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

  1. Tu as tellement raison de le mentionner!

    Les gens oublient souvent que nous, les personnes divorcées, monoparentales, différentes ou encore marginales avons vécu de nombreuses épreuves desquelles nous sommes ressorties grandies… Ils oublient aussi que de la souffrance peut germer une graine d’espoir qui produira de nombreux fruits.

    PS: Excuse les fautes de frappe… je ne suis pas encore habituée à mon nouveau clavier

  2. ClauD dit :

    J’ai écrit un texte dernièrement! Le voici.

    Je vis sur une planète ou les gens prennent soin de leur famille, ou l’entraide et l’amour sont privilégiés. Sur ma planète, on se regroupe pour amasser des sous pour une maladie, on est au coin des rues pour inviter les gens à donner généreusement au plus petit que soi. On se réunit chez l’un ou chez l’autre autour d’un bon repas et dans nos grandes envolées de discussion, on espère changer le monde. On rit, on boit, on mange, on s’apprécie, on apprécie les moments passés ensemble.

    Sur ma planète, on célèbre des fêtes dont plusieurs personnes ne comprennent pas le sens, mais plusieurs d’entre nous profitons de ces fêtes pour visiter nos familles, on se raconte nos vies parce que ça fait longtemps qu’on ne sait pas vus. Sur ma planète, nous sommes très occupés, mais quand nous sommes ensemble, on oublie nos occupations et on savoure le moment présent. Sur ma planète, on croit en des personnes chères qui sont décédées, certaines disent ne croire en rien et d’autres ont cessé de croire en l’Église qui a fait tant de blessés au cours des années.

    Moi, je travaille sur une autre planète, c’est un autre monde, un monde où je me sens bien, mais qui est tellement décalé de la planète où je vis. Parfois j’ai l’impression d’être dans la 4e dimension, mais je m’y sens bien et je n’ai pas peur.

    Les gens qui demeurent sur ma planète veulent donner du sens à des moments importants dans leur vie. Que ce soit pour le mariage, le baptême, un décès, ils veulent du sens. Ils ne comprennent pas ce qu’on dit sur la planète où je travaille. Mais à mon travail on s’entête à vouloir « éduquer » les gens, mais les gens ils n’en ont rien à faire… Ils veulent du sens, ils veulent comprendre.

    Sur la planète où je vis, je suis considérée comme l’extra-terrestre! Mais aujourd’hui c’est le contraire, j’ai l’impression d’être une extra-terrestre sur la planète où je travaille. On me demande d’aller dans ce qu’il y a de plus profond chez l’être humain et de lui dire que c’est moi qui a la bonne croyance, pas eux! On me demande de ne pas respecter les gens dans leur intimité (mariage, décès, etc.). Vous savez, j’ai déjà essayé et les gens de ma planète ne veulent rien savoir de la planète où je travaille!!!

    Est-ce que ma place est encore sur cette planète-travail ou je pensais faire du nouveau? Sur ma planète-vie, les gens sont d’une grande bonté, ils ont de belles valeurs. Ce sont les mêmes valeurs que dans le grand livre appelé la Bible, mais dites d’une autre façon.

    Je veux faire du sens dans la vie des gens. Suis-je sur la bonne planète???

    Claud

    23 Octobre 2014

    • Merci pour ce témoignage. Il est vrai qu’il est difficile, plus souvent que parfois, de communiquer avec les gens de la société dont nous sommes lorsque nous devons le faire à titre d’agent ou agente de pastorale. Il va de soi que nous n’avons pas encore trouvé la manière de le faire! Je pense que le pape François tente, à Rome, de montrer un chemin qui met l’amour au premier plan. Il y a sans doute de l’espoir pour les extra-terrestres comme toi!

  3. Roger Boivin dit :

    « Les sectaires aiment à poursuivre un but sous le couvert d’un autre.
    Je m’explique. Lorsqu’ils veulent, par exemple, détruire une institution ancienne, au lieu de l’attaquer ouvertement, ils travaillent à amener un ensemble de circonstances nouvelles qui soient incompatibles avec l’institution dont ils méditent la ruine. »

    Page 250, no 1011 – de l’ouvrage LA CITÉ ANTICHRÉTIENNE AU XIXe SIÈCLE – Tome II :

    http://www.liberius.net/livres/La_franc-maconnerie_%28tome_2%29_000000653.pdf

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