Sotchi: de l’autre côté du « dôme »

Sochi « sous le dôme » pour les Jeux olympiques (Photo: Under the Dome, CBS)

D’une fois à l’autre, je me sens de moins en moins le cœur à la fête à l’occasion des rendez-vous olympiques. Déjà, en 2008, la Chine avait, me semble-t-il, dépassé les bornes avec cette extravagance de dépenses dans un pays où des dizaines de millions d’habitants sont encore bien loin de profiter de « l’émergence » du géant chinois. Et là, à Sochi, sous cet espèce de « dôme » ultra-protégé, se déroulera ce qui ne peut apparaître aux yeux des habitants de cette région que comme une véritable mascarade, un pied-de-nez à toutes les aspirations de ce peuple à pouvoir vivre avec un peu de dignité. Tout ça pour la gloire du Tsar moderne qui semble en faire davantage l’objet d’une ambition personnelle que celui d’une quelconque fierté nationale.

Sous le dôme

Tous les reportages visionnés jusqu’à présent nous offrent l’image d’une ville emmurée. C’est un peu comme dans la série Under the Dome qui met en scène le roman de Stephen King. Les habitants d’une petite ville américaine se retrouvent tout à coup piégés à l’intérieur d’un dôme impossible à percer ni d’un côté ni de l’autre. Dans le cas de Sochi, le dôme n’est pas totalement infranchissable, mais il n’en laisse pas moins l’impression d’un isolement réel entre ceux du dedans – les athlètes, les délégations, les journalistes et tout le staff – et ceux du dehors, à savoir principalement les habitants des alentours qui ont subi plus que leur part de dommages et de soucis depuis le début des travaux près de chez eux.

Un espace artificiel ne se crée pas sans dommages! (Under the Dome, CBS)

À Sochi, le mur entre le cirque olympique et les habitants a été délimité sans que les citoyens n’aient droit à la parole. On l’a vu, les résidents ont été expropriés, souvent sans compensation adéquate, d’autres subissent des dommages permanents à leur propriété en raison des travaux lourds qui ont été menés et le sont encore pour permettre à cette enceinte d’épater la planète. Leur environnement aura été pour toujours transformé pour le pire.

Les 25 milliards qu’auront coûté les lieux et les installations olympiques ainsi que la grande célébration mondiale en Russie, de même que les 25 autres milliards qui semblent s’être évaporés dans des poches invisibles sont en soi un véritable scandale planétaire. Il est devenu clairement indécent de faire la promotion d’une telle organisation dans des pays qui ne démontrent pas une détermination fondamentale envers l’amélioration des conditions de vie de leur population. Tout comme à Pékin, la création artificielle d’un espace luxuriant visant à séduire les occidentaux et les touristes olympiques est une cause réelle d’injustice auprès de la population locale et même pour le pays tout entier qui ne verra pas ses conditions soci0-économiques s’améliorer après tout ce gaspillage.

Et les droits de la personne?

Je ne peux conclure ce billet sans ramener la question des droits de la personne. Nous savons tous que la Russie n’a pas encore coupé, au contraire même, avec les moyens de coercition datant de l’Union soviétique. Notre Québécois écologiste Alexandre Paul en a eu une petite idée lors de son incarcération à l’automne dernier. La torture semble encore bien courante, tel que l’affirme notamment cette pétition de l’Association des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT).

gay-peaceActuellement, ce sont les personnes homosexuelles qui sont particulièrement victimes de toutes les discriminations. La licence légale donnée à tous les homophobes du pays de s’en prendre physiquement et psychiquement aux gays ainsi qu’aux lesbiennes est complètement insensée à l’époque où nous vivons. Les séances de défoulement collectif qui sont diffusées sur les médias sociaux sont une véritable horreur. Il est plus qu’urgent de ne plus tolérer que l’homosexualité puisse encore être considérée comme un crime et ce, nulle part sur la planète!

Nos athlètes et notre délégation au complet ne verront rien de cette discrimination hors les murs. Certaines des manifestations qui se tiendront à grands risques pour les militants seront peut-être être captées par des médias, mais il y a fort à parier que le gros des répressions qui suivront leur seront interdites d’accès. Encore une fois, nous, Canadiens et Québécois, aurons, comme en Chine, passé outre notre devoir de solidarité avec les gens hors du dôme en nous réjouissant trop rapidement de la pseudo-fraternité mondiale réunie à l’occasion des Jeux. Ceci dit, ne manquons pas toutefois d’honorer nos représentants qui le méritent par ailleurs !

Je serai beaucoup moins à l’écoute des reportages sur les performances de nos athlètes. Je le regrette, mais parfois il faut choisir avec qui nous sommes le plus solidaires. J’ai choisi mon camp, celui des laissés pour compte, celui des victimes de discrimination. Cette fois-ci, je me contenterai donc des résumés médiatiques plutôt que de suivre attentivement les épreuves. Ce sera ma façon à moi, goutte d’eau dans un océan, de ne pas cautionner le mal que ces Jeux ont causé et causeront encore.

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