Un soir pour que se réinitialise l’espoir

espéranceQu’est-ce donc que l’espérance? Nous avons tous et toutes plus ou moins notre idée sur le sujet. La vôtre vaut bien la mienne. Parfois, je me demande si mon espérance est suffisante, si elle est à la hauteur des attentes de Dieu pour moi. La vraie question devient alors : Qu’est-ce que j’attends de la vie? J’ai envie de vous répondre en recourant à l’histoire de l’alpiniste américain Aron Ralston qui, à vingt-sept ans, fut victime d’un accident lors d’une randonnée en solo dans le Parc national de Canyonlands, en Utah. Le film 127 heures relate son incident au cours duquel l’homme se vide peu à peu de tout espoir d’en sortir vivant. N’ayant pas annoncé à quiconque où il s’en était allé, il tombe dans une crevasse profonde et son bras se retrouve écrasé entre des rochers et il n’a aucun moyen de retirer. Il reste là 127 heures! Dans le film, vers la fin du drame, le célibataire qu’il est se met à voir, « en songe », sa future famille composée d’une femme superbe et d’un fils tout aussi magnifique. Cette prémonition à elle seule lui procure l’énergie pour se défaire de sa prison. Son désir de vivre pour cette famille – qui n’existe pas encore – lui donne le courage de s’amputer le bras droit, à coup de pierres pour les os et d’un petit canif pour les muscles et les tendons. On peut imaginer la douleur qu’il s’est fait subir! Oui, pour moi, ces images fortes sont celles qui me procurent une impression durable de ce qu’est l’espoir, mais plus encore l’espérance, car Ralston a cru en ce qui n’existait pas pour lui et son désir s’est réalisé.

Une espérance contre toute attente

Pour certaines personnes tellement gâtées par l’avoir, ce soir, veille de Noël 2013, se résumera à esquisser un gentil sourire aux gens de leur entourage qui leur auront donné quelque chose qui se retrouvera vite aux oubliettes, tellement elles ont de trop. Pour d’autres, la « classe moyenne », les présents partagés auront semé une vraie joie, la plupart du temps, mais bien éphémère. Pour d’autres encore, parmi les plus appauvries, Noël pourra avoir une saveur de solidarité, à travers les récoltes de la Guignolée ou des Moissons parsemées en chaque région. Ailleurs, là où ça compte grâce à la présence de chrétiennes et de chrétiens, Noël pourra donner l’occasion à une trêve dans un conflit armé. C’est déjà bien que les armes se taisent pour quelques heures! Parfois, l’espoir se réduit à ces petites choses, à défaut d’avoir pu expérimenter de plus grandes joies, plus profondes.

Lorsque j’ai écrit ce que je croyais être mes voeux pour ce Noël, je me suis pris au jeu de réduire mon espérance à ce que les humains puissent accepter de ne pas s’aimer, mais qu’au moins ils le fassent en laissant les autres en paix! Je suis resté insatisfait de ce que j’ai publié. Non pas parce que l’idée n’était pas intéressante, mais parce que le désir qui habite mon coeur est plus intense et plus puissant qu’un simple rêve de coexistence pacifique. Non, il me faut plus. Et je crois que je ne suis pas seul! Le rêve que porte l’humanité en chacun de ses individus que nous sommes va bien au-delà. Tous autant que nous sommes, nous voulons la paix et nous voulons la justice. Certains sont plus fortunés, d’autres mieux entourés. Mais la vie est difficile, même avec de grands moyens, même avec de bonnes familles! À preuve les taux alarmants de suicides dans tous les milieux sociaux. Non, le bonheur n’est pas accessible aussi aisément, même en y mettant le prix! Sauf si notre quête se réduit à faire se succéder des « petits bonheurs », comme si en répétant un peu la magie de Noël chaque jour, on finirait bien par oublier d’être malheureux!

Espérer quoi, alors?

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Une mère et sa fille attaquée à l’acide: quelle espérance pour elles?

Les vraies joies, celles qui ont le pouvoir de catalyser, de mettre en route, sont le plus souvent celles qui viennent après l’épreuve. Quand notre fils François, par exemple, passait quelques jours par mois aux soins intensifs, au cours de sa première année avec nous, chaque fois que nous repartions à la maison, nous en étions venus à attendre la prochaine bronchiolite ou pneumonie comme une fatalité. Lorsque la solution à son problème fut trouvée et que chaque mois se déroulait sans retour à l’hôpital, notre joie est devenue durable*. Quand ce Ralston est sorti de son « abîme », il a fait la vie qu’il avait entrevue possible au coeur de l’épreuve la plus dure de sa vie. Il a trouvé l’âme soeur et ensemble ils ont fait un fils. La joie qu’il éprouve encore aujourd’hui trouve son intensité et sa pérennité dans la douleur qu’il a laissée dans le Canyon. Un certain Joseph, fiancé à une jeune vierge, a dû expérimenter la honte du scandale lorsqu’elle s’est présentée à lui enceinte. Le « songe » qu’il a vu lui a donné ce qu’il faut pour qu’émerge de lui la bonté et ensuite la joie de la paternité. C’est sans doute en connaissant intérieurement cette vérité de l’existence que Mère Teresa disait que la joie véritable ne peut venir qu’à la suite de la souffrance.

Nous souffrons tous et toutes de la vie, à un moment ou à un autre. Certains d’entre nous semblent éprouvés au-delà de tout entendement. Lorsqu’ils se relèvent, leur vie prend une nouvelle dimension. Ce sont des survivants et ils savent apprécier chaque instant de joie qui leur est donné. C’est à leur école que je veux me mettre davantage, car ils sont à l’image de notre Dieu. Oui, Dieu a souffert et souffre encore de notre gestion du monde, de la planète, des relations, des frontières entre les peuples et entre les religions. Il n’a toujours eu qu’un seul désir pour son peuple, l’humanité, qu’elle vive en paix et que la justice soit toujours exercée avec sagesse. Chaque année, je me dis que les choses ne peuvent empirer et que nous devrions être en mesure de changer l’orientation de notre course folle vers la fin du monde, celle que nous sommes en train de réaliser nous-mêmes. N’avons-nous pas déjà suffisamment souffert pour passer enfin à autre chose?

C’est alors que la parole extraite d’une lecture biblique de ce jour me monte à la mémoire: « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi » (Isaïe 9, 1). La lumière au bout du tunnel, il faut la voir de temps en temps pour croire qu’elle existe et pour la poursuivre sans cesse. C’est sans doute ce qui se passe à Noël. En fêtant la naissance de Jésus, le Dieu-qui-sauve, le jour où la lumière reprend le dessus dans son combat contre la nuit, nous remettons à zéro notre espérance épuisée. Comme dans un jeu vidéo, lorsque nous arrivons à un point qui réinitialise l’énergie vitale avant qu’elle ne s’épuise! Parce qu’il en faut de l’espérance pour croire à autre chose que ce que nous voyons….

Ayant expérimenté cette année une belle occasion de rencontre avec des femmes musulmanes affectées par le débat social actuel autour des signes religieux, je me dis que c’est ici et maintenant qu’il faut faire luire la lumière de Noël. Pour chacun, chacune, il y a un ici et maintenant qui lui est propre. Si nous prenions le temps de permettre à la lumière d’éclairer nos propres ténèbres afin que la vérité de ce que nous sommes puisse triompher, notre Noël ne serait-il pas extraordinaire? Cette vérité est si simple : nous sommes tous et toutes des humains de même nature, peu importe nos différences. Et nous avons besoin les uns des autres pour grandir en humanité. Pour cela, la paix et la justice doivent d’abord régner en nous-mêmes et, par nous, autour de nous et plus loin encore, car la lumière n’a pas de limite à sa course tant que l’horizon n’est pas bloqué. Oui, réinitialisons notre espérance ce soir, par la simple vue d’un enfant qui naît. En cet enfant, vous trouverez condensée l’espérance du monde.

Alors je vous le dis, à présent avec toute la force de mon espérance : « Joyeux Noël à tous et à toutes! »

* Mon autre blogue, Le bonheur est dans le oui, relate quelques-unes de nos expériences familiales…

Et un petit cadeau pour raviver votre espérance !

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