La charte comme nouvelle religion

La Charte des valeurs québécoises   Cinq propositionsDepuis que j’ai vu les premières annonces faisant la promotion de la charte, un malaise s’est installé en moi. Avec le dépliant reçu à ma porte, celui-ci s’est ancré davantage. En voulant évacuer le religieux des relations avec l’État, l’État se met à utiliser un langage spécifiquement religieux, insinuant par le fait même établir une nouvelle religion d’État…

C’est sacré ?

Le caractère sacré d’une chose, d’une idée ou d’une personne qu’elle soit humaine ou divine, ne l’est qu’en rapport avec les croyances propres à une religion. Pour les chrétiens, Mahomet n’est pas un personnage sacré alors que pour les musulmans, Jésus et Marie le sont. Dans un cours d’Éthique et Culture religieuse, par exemple, on ne devrait jamais faire dire à un enseignement que tel temple ou tel dogme est sacré. Il ne peut le faire car il est neutre. Dire qu’un temple sikh est sacré sans ajouter « pour les sikhs » ne serait dont pas objectivement juste. De même, il n’y a que celles qui le portent qui peuvent soutenir qu’un voile présente un caractère sacré lié à leur religion. La religion présente donc toujours un caractère subjectif, ce qui ne veut pas dire irrationnel.

J’en viens aux affirmations du dépliant promu par le ministre Drainville. Par exemple, il affirme ceci : « Église, Synagogue, Mosquée tout cela est sacré. » C’est vrai pour les adhérents respectifs de chacune des religions, mais pas pour les autres. Un chrétien sait bien qu’une mosquée est sacrée, mais pour les musulmans seulement. S’il asperge ses murs de sang de cochon, c’est pour se montrer malveillant à l’endroit de ceux qui attachent une valeur sacrée à ce lieu. De même, la croix que je porte sur moi est sacrée pour moi et pour les chrétiens en général, mais elle ne l’est pas pour le Juif que je croise sur la rue et encore moins à l’athée. Pour accorder une « valeur » à ces lieux, ces choses et ces concepts lorsque l’on n’est pas de « cette religion-là », il faut donc y ajouter la valeur du respect de la conscience et de religion. « Tu crois à ces choses, c’est sacré pour toi, alors comme je te respecte, je vais les respecter moi aussi, dans la mesure du possible. »

Comme la publicité gouvernementale tente de nous convaincre, Québécois et Québécoises, que les lieux, objets et croyances des religions sont toutes sacrées égales, elle cherche ainsi à mettre sur le même pied de la croyance religieuse les valeurs défendues par la charte, à savoir la neutralité religieuse de l’État et l’égalité hommes-femmes. Dire cela revient à dire que ce sont l’équivalent de croyances religieuses. Dire cela, c’est donc établir une religion d’État.

On y croit !

Sur le premier couvert du dépliant il est inscrit : « Parce que nos valeurs, on y croit ». Ici également, on utilise un langage propre au religieux, celui de « croire ». Je pose alors la question : est-ce parce que nous y croyons que ces valeurs sont fondamentales ou bien est-ce tout simplement que la raison humaine les considère objectivement comme telles? Si ces valeurs sont inscrites dans le droit international, dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme et dans les chartes canadiennes et québécoises, a-t-on besoin d’y accoler une dose de croyance? Bien sûr que non, car ce n’est pas la foi en ces valeurs qui en détermine le caractère essentiel et juridique, mais bien la raison.

C’est aussi la raison qui impose aux États le respect de la liberté de conscience et de religion. Ces valeurs sont aussi fondamentales que le sont la neutralité de l’État et l’égalité hommes-femmes. Ces valeurs ne sont pas hiérarchisables, mais en équilibre. Cet équilibre est toujours à trouver, car les situations les font souvent se poser en opposition.

Nous devons trouver comment garder en équilibre ces valeurs fondamentales. Le projet de charte met l’accent sur trois des valeurs essentielles à la laïcité, la séparation de l’État et des religions, la neutralité de l’État et l’égalité entre tous et toutes (en se limitant toutefois à celle entre les hommes et les femmes). Le projet de charte omet la liberté de conscience et de religion. Si la charte qui en découlera maintient cette omission, notre société sera comme une chaise à trois pattes. La patte manquante se rappellera constamment à la chaise en tirant de son côté pour faire basculer le tout. La société sera en déséquilibre permanent. Est-ce bien cette religion d’État que nous voulons?

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Mes autres billets sur le projet de charte:

Un peu d’empathie pour dénouer l’impasse

Charte: l’utile, le nécessaire et l’inutile

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