Rejeter cette fascination morbide

Depuis son crime infâme commis sur la personne de Jun Li, Luka Rocco-Magnotta fait l’objet d’une fascination qui s’étend bien au-delà des frontières canadiennes où se sont déroulés les crimes qui lui sont reprochés. En date de ce jour, une recherche sur Google pointe vers plus de 34 millions de pages web! C’est signe que l’homme a atteint ce qu’il cherchait : une popularité planétaire répondant à un culte narcissique sans limite. Malheureusement, le sensationnalisme produit encore ici son effet, celui d’attirer comme des mouches sur un tas de merde les curieux de la dépravation humaine.

Psychopathe

Il y a crime et crime. Un assassinat, même le plus barbare (pensons à Guy Turcotte tuant ses propres enfants à coups de couteaux), demeure imaginable par des esprits sains sans qu’il ne soit utile ni même justifié de visionner l’acte dément, sauf si c’est par un jury qui doit examiner toutes les preuves lors d’un procès. Je trouve déjà intenables les scènes abominables qui sont présentées dans des séries de fiction. Lorsqu’un meurtrier sadique met en scène son geste selon un scénario qui ferait rougir tous les marquis de sade que la terre a portés, nous ne sommes évidemment plus en présence d’un humain, ni même d’une bête. Les animaux sauvages, en effet, tuent pour se nourrir. Même si leur violence fait partie de leur chasse de subsistance, elle n’est jamais ostentatoire! Alors nous ne pouvons que déduire de cet homme qu’il a de lui-même rompu avec l’espèce humaine en croyant s’élever au-dessus de la masse et en se donnant une stature de mythe vivant.

Je n’ai rien vu de sa vidéo. Je n’ai lu ou vu que peu de choses à son sujet. Je n’ai pas fait de recherches sur lui (sauf pour obtenir le nombre de liens) et sur sa vidéo comme l’ont fait des dizaines de milliers d’autres personnes qui partagent pourtant avec moi la condition humaine. Si, dans un recoin quelconque de mon subconscient, une part de moi avait pu désirer voir, je ne l’aurais jamais laissé remonter à la surface de ma conscience, car je me refuse à donner à un tel psychopathe ne serait-ce qu’un atome de particule de « présence » dans ma tête. C’est bien ce que racontent les gens qui ont vu la vidéo: ces images sont dorénavant incrustées dans leur tête et ça ne les lâche plus… Alors vous imaginez le mal qu’on a fait à ces jeunes de 15-16 ans qui ont visionné la vidéo au complet dans une classe « protégée » de leur école?

Que faire de cette fascination?

Je voudrais bien interpeller ceux et celles qui sont en voie de devenir les disciples du dépeceur de Montréal, car il est sans doute trop tard pour les autres qui ont déjà franchi la ligne. Malheureusement, il semble qu’il y aurait en nous une part avide de telles sensations qui s’apparentent au pouvoir absolu de tuer, découper, consommer un semblable qui est alors réduit à un simple objet d’assouvissement. Des films comme Le silence des agneaux et des séries policières comme Criminal Minds ont bien montré combien les sadiques attirent des fans qui peuvent eux-mêmes se transmuer en initiés qui se chargent de poursuivre le « projet » ou la « mission » du maître imité.

En réalité, je crois sincèrement qu’il faut résister à ce qui peut nous attirer, nous entraîner d’abord par curiosité et peu à peu vers une forme d’admiration pour de tels meurtriers. Je ne sais pas comment cet attrait peut naître en nous. Je n’en ai jamais ressenti aucun signe, au contraire plutôt de la répulsion, ce qui me semble normal. Mais ces gens qui suivent ces fous comme des adeptes créent eux-mêmes une religion autour de ces êtres malades, leur procurant la jouissance qu’ils attendent de s’être portés si loin dans la zone interdite.

Est-ce que la fiction produit de tels psychopathes? Est-ce que certains, désabusés par trop de « faire semblant » finissent par vouloir « du vrai »? Il me semble que c’est possible, même si ce n’est pas habituel. Je ne sais qu’une chose: il faut savoir résister. Chaque fois que nous donnons raison à ces criminels d’avoir accompli leurs méfaits en leur donnant de la visibilité et une prise dans nos esprits, nous contribuons à ce que cela ne s’arrête pas, nous encourageons une culture de mort. Il y a fort probablement, quelque part dans des chambres inaccessibles, des personnes isolées qui s’abreuvent de ces crimes violents réels, peut-être après avoir sur-consommé de la fiction. Il y a d’autres Magnotta en gestation qui passeront incessamment à l’acte car nous avons donné à ce dernier l’attention que ces autres souhaitent pour eux-mêmes. Ils auront raison si nous ne maîtrisons pas notre curiosité malsaine. Maintenant.

Il y a tant à contempler dans l’univers. Tant de choses et d’êtres qui sont à même de stimuler le meilleur de nous-mêmes. Tant de beautés à désirer… Qu’attendons-nous pour les mettre en valeur, leur donner une visibilité plus grande et plus contagieuse que tout le mal que l’être humain peut accomplir?

12 réflexions sur “Rejeter cette fascination morbide

  1. Marie-Claude dit :

    Là, je suis tout à fait d’accord avec vous!
    J’ajouterais aussi que pour moi c’est d’abord et avant tout une question de simple respect.
    Il est certains que je refuse d’ajouter à la popularité de Magnotta, et que je n’ai aucune envie de voir des images violentes, sanglantes, barbares (comme vous, même quand c’est de la fiction, je n’ai aucun attrait pour ce genre de film). Mais au delà de tout cela, je trouve que visionner le vidéo, c’est un profond manque de respect pour la victime et pour sa famille. Si j’étais la mère de la victime, je n’ose pas imaginer ce que ça me ferait de savoir que des gens dans le monde s’amusent à regarder mon fils se faire tuer, dépecer, violer, profaner… Déjà savoir que c’est arrivé serait assez pour me rendre folle, alors savoir en plus que du monde regardent ça…

    Mon coeur de femme est de tout coeur avec les deux mamans. Celle de Jun Li, bien sûr, mais aussi celle de Magnotta, qui doit tellement, tellement se demander ce qu’elle a dû faire pour que son fils, né de son ventre, ait commis de telles atrocités. Ces 2 femmes (ainsi que tous les proches) doivent vivre en ce moment un vrai cauchemar, chacune à leur manière.

    • Merci Marie-Claude. Vous avez bien raison d’évoquer ainsi les parents de la victime et de l’agresseur. Moi-même comme papa, je ne voudrais pour rien au monde devoir à « survivre » à un tel drame concernant l’un de mes enfants.

  2. Anne Vaillancourt dit :

    Merci beaucoup pour ce commentaire plein de respect et de sensibilité.Vous avez exprimé mes propres sentiments face à cette affaire innommable.
    Cette fascination pour le mal que certains, hélas cultivent, est fortement encouragée par les médias qui surexposent ce psychopathe depuis le début de l’affaire.
    En ce qui me concerne, je suis une hyper-sensible qui se désole de voir de telles horreurs étalées tous les jours, sans censure, aux yeux des petits comme des grands. Alors je me tourne vers mon doux Jésus, seigneur de paix et d’amour afin qu’il nous protège du mal et même de la pensée du mal.

    Puisse l’âme de la victime reposer en paix.

  3. Je te remercie pour ton texte, Jocelyn. Nous nous joignons dans notre manière de voir les choses. Je me questionne aussi sur ce goût du morbide et du drame chez l’humain. Je suis à réfléchir s’il n’y a pas là la source des discours qu’on attribue au diable ou au satanisme. Peu importe, je m’inquiète de cette fascination pour le morbide. Encore merci.

  4. moi c’est des appareils qui s’allument, et des odeurs ( parfum , cigarette, odeur typique de la personne ou de son environnement). Parfois j’entends aussi des bruits, ou je sens des souffles. Et parfois c’est moins cool aussi mais là c’est pas le sujet.

  5. C’est un article très intéressant encore une fois, Jocelyn. Bravo pour votre capacité à exprimer votre point de vue. J’y ai appris des choses que j’ignorais, notamment que Magnotta avait fait une vidéo de son acte horrible, et que cette vidéo a été montrée à des élèves. Évidemment, je me demande aussi quelle est la raison qui a poussé certains responsables à montrer une telle horreur à des jeunes, mais comme je ne suis pas dans leurs souliers, je ne peux pas vraiment juger. Je me vois encore une fois, cependant, dans la position de l’avocat du diable (mais non de Magnotta, rassurez-vous), par rapport à votre article.

    D’un côté, vous affirmez que vous ne savez pratiquement rien de ce Magnotta, et de l’autre, vous écrivez un article très sévère à son endroit. Je suis conscient qu’une telle horreur est à même de provoquer le dégoût et l’écoeurement des gens, en particulier des parents, et je peux concevoir que vous sentiez le besoin de réagir fortement dans votre blogue, mais là où je vois un problème, c’est que dans ce même blogue, vous mettez beaucoup l’accent sur l’amour et la sagesse de Jésus. Or, le message de Jésus n’est-il pas un message d’amour? Ne dit-il pas que vous devez aimer votre prochain et même votre ennemi? Je sais que ce n’est vraiment pas facile dans les circonstance pour un père d’aimer une personne comme Magnotta, mais n’est-ce pas votre responsabilité? Si vous tenez tant à faire connaître le message de Jésus, ne devriez-vous pas vous abstenir d’écrire des articles qui vont à l’encontre de ce message?

    Je ne vous juge pas, Jocelyn. Je comprends entièrement votre répulsion et celle de vos lecteurs, mais je me dit qu’en dépit de tout ce que peut faire une personne, il faut quand même agir en accord avec nos croyances et nos valeurs. C’est ce qu’on appelle de l’intégrité. C’est très tentant de condamner Magnotta, j’en conviens, mais en le condamnant, vous condamner également une partie du message de Jésus, qui vous incite à aimer ce personnage et à faire preuve de compassion à son égard, aussi ignoble soit-il. La seule façon pour vous de l’aimer, c’est de le comprendre, et la seule façon de le comprendre, c’est de le connaître. En refusant systématiquement de le connaître, vous vous refusez la possibilité de le comprendre.

    Enfin, je sais que j’y vais un peu fort ici parce qu’il s’agit d’un personnage comme Magnotta, mais parfois j’ai l’impression que votre dieu cherche à éprouver votre foi et votre confiance en Lui. S’il permet de telles horreurs, c’est peut-être pour vous aider à comprendre que la tâche d’aimer son prochain n’est pas une mince tâche. Jésus n’a-t-il pas dit qu’il est plus facile de faire passer un dromadaire par le chas d’une aiguille que d’entrer dans le Royaume des cieux? Comprenez-vous un peu mieux maintenant pourquoi il aurait dit cela? : )

    • Merci d’avoir l’audace de m’interroger sur mon attitude. Je le prends comme une invitation au dialogue, pas comme un jugement.
      Nous ne sommes pas dans un monde idéal. Dans un tel monde, selon ma perception de l’enseignement de Jésus, le pardon serait facile à accorder, car les fautes seraient avouées en toute transparence! Dans ce monde tel qu’il se vit en réalité, il est important d’établir des bases solides permettant à la justice de s’accomplir. Il y a donc le criminel, sa faute et le préjudice commis. Reconnaître la faute est le premier pas. Si cette reconnaissance n’est pas réalisée, elle laisse chez les victimes un goût amer qui incite à la haine et à la vengeance. La compassion n’est possible qu’après la reconnaissance. C’est le principe même de la justice réparatrice.
      Vous citez Jésus et ce passage du chas de l’aiguille. Il s’agit d’un enseignement qui fait suite à des invectives sévères de Jésus à l’encontre des riches qui abusent de leurs possessions sur le dos des gens ordinaires et des pauvres en particulier. Or, vient à lui un jeune homme, riche, qui affirme déjà tout faire ce que prescrit la Loi. Jésus lui confirme donc qu’il est bien en marche vers la vie éternelle! Cependant, il flaire qu’il y a quelque chose qui cloche. En invitant le jeune homme à vendre tous ses biens, à donner l’argent aux pauvres et à le suivre, c’est-à-dire à vivre comme lui jusqu’au bout de l’amour, il frappe sur le noeud véritable qui, en l’humain, est un obstacle à son cheminement spirituel. Cela a donc peu à voir avec la situation que vous commentez.
      Les disciples ont déduit que ce que commandait Jésus leur était impossible, humainement. Jésus confirme ce point de vue, mais il les assure qu’à Dieu, rien n’est impossible. Aimer mes ennemis, également, n’est possible que par la volonté de Dieu qui procure à celui qui lui demande la force d’aimer jusqu’au bout. Voilà ma foi…

  6. Je vais également devoir contredire votre affirmation selon laquelle les animaux ne font jamais preuve d’ostentation (c’est le rôle de tout bon avocat du diable). J’ai été personnellement témoin, à Prague, d’un cas où un couple de cygnes (ahhhh, de si jolis et de si doux animaux) se sont acharnés cruellement et apparemment sans raison sur un autre cygne. Ce dernier s’était permis d’entrer dans leur territoire, situé sur la berge de la rivière Moldau. Évidemment, ça n’a pas fait l’affaire du couple, qui s’est activé immédiatement, et avec raison, pour chasser l’intrus. Je surveillais la scène avec curiosité du haut du superbe pont Charles, juste au-dessus des protagonistes. Je pensais que le couple chercherait simplement à chasser l’intrus, mais je me suis vite aperçu qu’ils avaient d’autres plans en tête. En fait, ils s’efforçaient d’empêcher l’intrus de s’enfuir (ce que ce dernier, conscient de son erreur, cherchait désespérément à faire), en le coinçant dans leur territoire et en lui bloquant la route. Pourquoi faire? Pour l’attaquer et le becqueter à profusion. Cherchaient-ils à tuer l’intrus ou simplement à le faire souffrir? Je ne pourrais le dire. Ils se sont acharnés sur l’intrus jusqu’à ce qu’ils voient du sang tacher sa belle robe blanche. Comme le bec des cygnes est arrondi, c’est une tâche qui leur a nécessité une bonne demi-heure. Pendant tout ce temps, l’intrus n’a jamais contre-attaqué et n’a jamais fait preuve d’agressivité; il cherchait uniquement à s’enfuir. Auraient-ils tué l’intrus s’ils avaient été dotés d’un bec plus pointus ou plus coupants? Peut-être. Je pense qu’ils l’ont laisser partir parce qu’ils étaient épuisés.

    Je vous suggère également de lire sur le comportement des épaulards et sur les petits jeux amusants qu’ils jouent avec leurs victimes (des phoques) avant de les tuer et de les bouffer. Ça va peut-être vous faire changer d’idée sur la nature non ostentatoire des animaux. : )

    • Merci de m’inviter à mieux comprendre le comportement animalier. Dans mon exemple, cependant, le caractère ostentatoire dont il est question est cette propension à vouloir que soit vu par les autres un comportement quelconque. En religion, cela signifie qu’on porte un signe plus grand, plus visible, afin de montrer son appartenance. Dans le cas d’un meurtrier, ce n’est pas tant l’attaque sauvage (comme vos deux cygnes) qui est en cause dans mon affirmation que le fait de vouloir en faire la diffusion et la promotion, d’où mon allusion au caractère mythique qu’a voulu se donner le dépeceur psychopathe…

  7. Ce que j’ai moi besoin de comprendre, Jocelyn, c’est que le 14 mai, soit un mois avant d’écrire cet article, vous aviez écrit dans un autre article portant aussi sur un meurtrier (le médecin Turcotte) le commentaire suivant : « J’en arrive à comprendre qu’il faut plus de solidarité, plus de soutien et d’amitiés, plus de compassion face à ceux qui souffrent peut-être sans que je ne le sache. Aimer davantage cette humanité blessée, en moi et chez ceux et celles qui m’entourent. »

    À qui faisiez-vous référence lorsque vous avez écrit : « Aimer davantage cette humanité blessée… »? Aux victimes seulement ou à toutes les personnes qui souffrent, y compris les criminels?

    • Je faisais référence à tout ce qui en l’humain est blessé, tant chez l’un que chez l’autre. Je crois que vous confondez mon jugement dans cette affaire. Vous écrivez que je suis très sévère à l’endroit de Magnotta. On ne saurait l’être moins, à mon avis. Dans toute situation éthique, il y a trois dimensions à prendre en compte: le fautif, la faute, la victime. Le problème, c’est souvent que nous considérons la chose dans cet ordre au lieu de l’inverse. Je suis capable de compassion pour les criminels. Mais cela ne peut être avant ni au détriment des victimes. Tant dans les affaires de pédophilie ou de meurtres crapuleux, je tente de voir d’abord le mal causé aux victimes. C’est à partir de cette reconnaissance que peut se dérouler le processus de justice. En fin de parcours, on regardera la vie du criminel et on comprendra bien des choses, mais le faire trop tôt reviendrait à négliger le préjudice causé et contribuer à générer la colère et les velléités de vengeance, ce qui n’est plus de la justice…

      • Merci de prendre le temps de répondre à mes commentaires, Jocelyn, qui ne visent pas à vous juger, effectivement, mais plutôt à comprendre votre démarche. Vous parlez d’éthique, et vos réponses m’ont aidé à comprendre que vous tentez d’intégrer une éthique religieuse à l’éthique sociale (ou vice-versa), alors que moi j’ai la fâcheuse habitude de faire une distinction entre les deux et de ne tenir compte que de l’éthique spirituelle dans mes commentaires.

        Le problème avec les éthiques religieuses et sociales, c’est qu’elles sont souvent en conflit, comme c’est le cas ici, ou l’éthique sociale dicte de condamner Magnotta, alors que Jésus, lui, vous dit de l’aimer. J’admire votre démarche, car elle n’est pas facile à gérer.

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