Comment pourrons-nous encore vivre ensemble?

Première étape: à une soirée de reconnaissance de bénévoles, je suis en compagnie d’un collègue dans la trentaine et une femme et un homme qui ont visiblement passé l’âge de la retraite. L’organisme qui nous rassemble veut faire des ponts avec les jeunes notamment en favorisant l’éveil aux valeurs spirituelles et à la foi. À notre table, nous parlons d’abord de religion. L’homme en face de moi est lui-même théologien. Il a écrit plusieurs livres. Notre discussion est animée. Nous nous entendons bien. La foi chrétienne que nous partageons est un vecteur de rapprochement et d’unité…

Deuxième étape: le sujet bifurque sur les jeunes. Cette année, l’organisme a réalisé plusieurs activités qui voulaient rejoindre des jeunes de 18 à 35 ans. Nous constatons, mes interlocuteurs et moi, que les jeunes sont loin de s’être présentés massivement aux activités qui leur étaient pourtant destinées. Nous le regrettons. Mais nous interprétons leur absence différemment. Nous convenons qu’au niveau religieux, au moins deux générations ont « échappé » au modèle traditionnel de formation à la vie chrétienne. Depuis les baby-boomers qui ont abandonné la pratique religieuse en moins de temps qu’il faut pour le constater, les X et les Y qui les ont suivi n’ont pratiquement pas été, disons, « entourés » par les différents aspects de la religion catholique. Par contre, nous ne sommes pas totalement d’accord sur ce qu’il faut faire… « Les jeunes ont besoin d’être éveillés à la foi, il faut être plus convaincants » vs « Les jeunes sont ailleurs, il faut surtout les rejoindre dans leurs préoccupations et leur réalité ». Bon, nous ne nous entendons pas vraiment sur les moyens, mais nous demeurons unis dans notre désir de ne pas les « abandonner » comme si  les générations pouvaient vivre en vase clos. Les jeunes pour lesquels nous nous soucions demeurent un point d’attention que nous avons en commun. 

Troisième étape: arrive l’exemple qui tue! À la question « Oui, mais ils sont où les jeunes? », mon collègue répond: « Ils sont dans la rue! » Et là nous attaquons the question. Tout à coup, nous avons devant nous deux personnes dont le visage se crispe. Ils passent en revue tout ce que nous jugeons comme des préjugés sur le mouvement étudiant, les amalgames avec la violence, etc. Mon collègue et moi prenons notre courage à deux mains et tentons d’apporter un autre point de vue. Rien n’y fait vraiment, ils sont sur leur lancée: enfants gâtés, veulent pas se faire dire non, déjà la quasi-gratuité, moins cher que partout ailleurs, minorité, infiltrés par les syndicats et même des mouvements révolutionnaires, puis des enveloppes avec de la poudre puis des bombes dans le métro, etc. ! Enfin, on arrive à Amir Khadir… Un musulman qui se prend pour Gandhi. Il fait partie d’un groupe qui veut partitionner le Québec afin d’en faire un état islamique, comme ce qui est arrivé à l’Inde avec la création du Pakistan. Il y a même des preuves sur internet de cette machination! Conversation terminée: l’animateur demande le silence. Heureusement.  Sauvés par le micro! La situation sociale au Québec est clairement une source de confrontation et une cause de division. 

La confusion malsaine

Voilà ce qui devait arriver avec ce conflit qui pourrit depuis plusieurs mois au Québec. Des gens bien élevés qui se retrouvent dans un endroit neutre, avec des intérêts et des valeurs communes, ne peuvent que finir par se déchirer sur LE sujet qui divise tout le monde.

Le carré rouge est devenu pour certain le symbole de la révolution ultime contre le capitalisme. Porter le carré rouge est devenu risqué. On lit de plus en plus de témoignages de gens qui se sont fait apostrophés par un quidam qui s’en prend à eux parce qu’ils sont « rouges »: « Allez donc travailler comme tout le monde bande de paresseux et laissez-nous tranquilles avec vos enfantillages! » C’est assez semblable pour les verts, moins nombreux à s’afficher.

Et ça dérape. Jean Charest ne serait plus qu’une marionnette à la solde des riches conspirateurs de la planète qui veulent imposer leur modèle économique dans toutes les démocraties. Le mouvement étudiant, plus spécifiquement la CLASSE, est la pointe d’un iceberg révolutionnaire soutenu par les syndicats et possiblement par les groupuscules d’extrême-gauche, quand ce n’est pas d’extrême-droite. Tout le monde est accusé d’être manipulé par tout ce qui existe d’organisations qui surgissent soudainement d’on ne sait où: Les FARQ – Forces armées révolutionnaires du Québec, la CLAC – Convergence des luttes anti-capitalistes, les « communisses », les « fachisses », les « ticrisses »!

Si quelqu’un, quelque part, avait souhaité diviser la société québécoise pour des motifs obscurs, on peut lui dire aujourd’hui « mission accomplie »! On peut même lui faire savoir que le succès dépasse les ambitions. Je ne me reconnais plus dans ce Québec. Tout ce qu’on croyait de nous, ce qu’on imaginait qu’étaient nos valeurs, il y a si peu de temps: une nation distincte, tolérante, solidaire, accueillante, ouverte à la différence, etc., tout ça semble avoir disparu comme un coup de vent. Nous sommes en voie de devenir hostiles les uns envers les autres. Les tribunes téléphoniques ou les commentaires lus dans les pages des chroniqueurs et des blogueurs, les « statuts » et les « tweets » méprisants et haineux deviennent monnaie courante. L’un et l’autre des deux camps font l’objet de menaces contre leur personne. Je suis dégoûté de lire, d’entendre et de voir tout ça… J’aurais envie de faire comme les trois singes de la sagesse (cf. photo).

Pourtant, je ne me résous pas à ce qui est en train d’arriver. Je ne peux pas m’empêcher de voir dans le mouvement social que les étudiants ont suscité une bonne chose pour que notre société s’élève de son matérialisme, son consumérisme et son abêtissement… En même temps, je suis déçu, voire outré (c’est un mot à la mode…) devant les dérapages violents et stupides de certains manifestants et les bavures de certains policiers. Ce que nous donnons à voir de notre nation est de moins en moins sympathique. Des étrangers nous jugent, un milliardaire de la course automobile, une instance de l’ONU. Nous sommes un peuple qui fait l’actualité internationale, mais je ne me réjouis pas de ce que nous montrons de nous-mêmes, plus maintenant.

Je n’ai plus de mot pour dire le caractère urgent de mettre un stop à tout ceci. Je cherche le bouton où c’est écrit emergency. Il nous faut prendre du recul,  sortir de nos ornières devenues bien trop profondes. Pour cela, il faut une trève. Et le seul qui pourrait l’imposer, c’est le gouvernement. Or, il fait partie du problème! Et pour le moment, il ne semble pas envisager de solution autre que de laisser la situation se désagréger davantage. C’est une stratégie électoraliste de plus en plus manifeste. Alors vers qui nous tourner pour trouver un peu de sagesse? Qui, dans ce gouvernement dira enfin: « C’est assez! Donnons-nous une trève jusqu’aux prochaines élections. » C’est ce que je demande sincèrement aux députés de l’Assemblée nationale, en particulier à ceux qui sont du côté du pouvoir. Allo? Y a quelqu’un ?

3 réflexions sur “Comment pourrons-nous encore vivre ensemble?

  1. 100110 dit :

    Vous me semblez quelqu’un de tout a fais sympathique donc je dis ce qui suis sans aucun desire d’atteinte personelle mais, je cois que vous faites fausse routes.

    Il n’y a pas de crise a arrêter, au contraire! Les gens qui battent des casseroles jours après jours, en bout de ligne, demande un monde meilleur et crois que celui ci est possible. Mais comment y arriver? La réponse est dans le geste même! Ce monde meuilleur, ils se batit dans la rue même, dans la solidarité qui jaillit de l’action communautaire, dans la rencontre avec un voisin avec qui on a jamais parlé mais qu’on aprend a connaitre autour d’une casseroles. “Ce n’est plus une grève, c’est un peuple qui s’éveille!” dissent les banderoles…. Y’a de la vérité la dedans. Il ne faut pas que ca cesse, au contraire, il faut que ca éclose!

    Pour ce qui est de la première partie de votre texte… c’est peine perdu Mr. Girard.
    Quand on est pas élevé dans l’endoctrinement religieux, l’hypothese est simplement ridicule. Vous auriez autant de succès a essayer de me faire croire a un éléphant rose omnipotent en orbite autour de Neptune. Ca peu vous paraitre inconconcevable mais, l’idée m’est aussi (im)plausible que celle de l’existence de votre dieu, catholique ou autre. De plus, et ici je réhitaire mon desire de ne pas vous porter atteinte personellement, mais la bible comme source d’enseignement moral est franchement une abomination, et l’église chrétienne toute denomination confondue est l’un des principaux obstacle a tout progrès social et avancement moral depuis des lustres. Une résurgence de cette mythologie primitive serait une catastrophe au plan social.

    • Merci 100110 de votre préalable tout aussi sympathique. Et sympathique, vous aurez compris que je le suis envers le mouvement global qui se dessine dans la rue. J’aime ce qui bouge et qui « peut » constituer un réveil du peuple. Je dis « peut » car d’autres générations avant la vôtre l’ont rêvé aussi et sont peu à peu devenues ce qu’elles sont… Mais en parlant des « ornières », je veux aussi inviter les manifestants et les partisans engagés quotidiennement dans cette lutte solidaire que nous sommes loin d’un consensus au Québec sur l’interprétation à donner à ce mouvement! C’est pour cela que j’appelle à une prise de recul, non pas pour renoncer, mais pour voir qui est dedans et qui ne l’est pas (encore). Le témoignage de ma soirée d’hier n’est qu’un exemple de ce que je vis dans ma réalité familiale, au travail et ailleurs. Je vois davantage les cristallisations dans les positions que des rapprochements par les temps qui courent. Et vous constaterez comme moi que les mots doux et respectueux comme ceux que vous m’adressez deviennent rares.

      En ce qui concerne la religion, tout est question de perspective. Je voulais surtout montrer dans cet exemple que ce n’est pas sur ce point que nous nous sommes confrontés. Je suis agent de pastorale, donc croyant en un prophète assassiné pour avoir cru en la cause de justice et de paix qu’il défendait non pas pour lui-même, mais pour le Dieu-Père à qui il soumettait toute sa vie! Son combat comporte de nombreuses ressemblances avec celui que vous défendez jour après jour! Ne pas y croire ne vous enlève rien, s’ouvrir à lui peut cependant changer une vie! Au plaisir de dialoguer avec vous. Bon courage avec le combat que vous menez…

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