Ces scandales qui font obstacle à la foi

Il arrive que les romans sont rattrapés par la réalité

Le Vatican est encore une fois dans la tourmente depuis une semaine. Le majordome du pape, la personne qui a le plus grand accès à ses appartements, sa garde-robe, son « intimité », a été accusé d’avoir coulé des documents confidentiels qui feraient état, entre autres, de luttes intestines au sein de la curie romaine. Ces documents ont été pour une bonne part déjà publiés depuis janvier dernier. Mais c’est surtout l’odeur de scandale qui ressort de toute cette affaire et qui accable le pape et avec lui toute l’Église catholique. Pour un résumé de l’affaire, visionnez ce petit reportage et vous en aurez une bonne idée. Sinon, l’excellente revue de presse de Stéphane Lemessin vous offre tous les liens pour une couverture exhaustive.

De pêcheurs à monseigneurs

Devant cette situation, un grand nombre de prêtres vont prêcher une certaine reconnaissance du caractère faillible des grands responsables de l’Église et s’attarder à en défendre la valeur deux fois millénaire. L’abbé Grosjean, par exemple, admet avec une simplicité désarmante que « Deux mille ans ont passé et l’histoire de l’Eglise a vu se succéder, y compris sur le siège de Pierre et dans son entourage, une succession de lâches et de héros, de faibles et de saints, de pauvres types et de martyrs… » (Source) L’auteur de ce billet remonte par ailleurs jusqu’aux premiers apôtres choisis par Jésus lui-même, la plupart étant de simples pêcheurs, des hommes simples et sans éducation, pour justifier les écarts des serviteurs de l’Église jusqu’à aujourd’hui.

Or, il y a bien longtemps que ce ne sont plus des hommes « simples » qui sont à la tête de l’Église. Au contraire, ces messieurs, les monsignores qui entourent le chef de l’Église, comme tous les évêques et les prêtres, sont bardés de diplômes. Ils sont le plus souvent d’origine « noble » ou appartiennent à l’élite de la société. Ce n’est certes pas pour leur simplicité qu’ils sont triés sur le volet pour venir à Rome afin d’y jouer un rôle « politique » au sein de la curie! Ils y sont pour leur intelligence et leur caractère hors du commun. Bref, on pourrait s’attendre à ce qu’ils aient compris, eux au moins, l’une des paroles les plus révolutionnaires de Jésus que l’Église a encore méditée ces jours-ci:

« Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations païennes commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Celui qui veut être le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Cf. Marc 10, 32-45)

Malgré son caractère opaque où l’on ne peut que deviner le plus souvent les jeux de pouvoirs et les bruits de couloir qui circulent au sein d’une culture politique spécifique au Vatican, il arrive que certains enjeux parviennent au grand jour et à la connaissance de tous. Les romans comme Anges et Démons de l’auteur Dan Brown ou, beaucoup mieux, Confession d’un cardinal, d’Olivier le Gendre, comportent des descriptions qui, bien que romancées jusqu’à l’absurde parfois, nous donnent une idée vraisemblable des comportements et des attitudes de ces princes à la cour du pontife romain. Rien de très invitant pour quiconque voudrait se mettre à chercher des témoins authentiques de Jésus-Christ! Attention, je ne dis pas que ces hommes ne sont pas des croyants authentiques, mais le rôle qu’on leur fait jouer au sein de l’establishment religieux montre d’eux un visage en apparence plus calculateur, parfois mesquin allant même, faut-il le dire, jusqu’à malveillant, tout ça pour la sauvegarde de l’Église!

Une révélation aux plus petits

Mon expérience à L’Arche de Jean Vanier m’a fait connaître l’intelligence du coeur qui me paraît bien supérieure à l’intelligence calculatrice de la raison. L’évangéliste Luc présente un Jésus qui saute littéralement de joie lorsqu’il s’écrie « Je te loue Père…, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance » (Luc 10,21). Les tout-petits peuvent parfois se retrouver parmi les cardinaux ou les monsignores. Mais j’ai la conviction de les avoir rencontrés plus massivement parmi les vrais pauvres qui n’ont rien à défendre, rien à perdre non plus à l’exception de l’amour.

Je suis convaincu que la sainteté est un chemin vers la petitesse et la vulnérabilité. Certaines personnes naissent avec cette particularité qu’ils ne perdront jamais: les personnes qui présentent une déficience intellectuelle, les personnes handicapées sévèrement… Leur état fait qu’elles n’aspireront jamais aux tribunes prestigieuses ni aux lieux de pouvoir. Pourtant, si nous savons nous mettre à leur écoute voire les imiter dans leur simplicité, nous découvrons qu’elles possèdent le plus grand des pouvoirs, celui d’aimer sans condition et de nous mettre en route vers la quête d’un amour aussi authentique.

Je ne peux donc pas laisser passer cette affaire scandaleuse qui se déroule au Vatican sans penser qu’elle est un nouvel obstacle à la foi des gens. Mon travail est d’accompagner des gens dans l’approfondissement de leur foi en Jésus avec l’Église catholique comme véhicule pour les conduire. Je suis particulièrement troublé chaque fois que quelqu’un, dans mon Église, se retrouve en situation de voir ses agissements déviants révélés au grand jour en causant de grands torts aux autres membres de ce « corps ».

J’affirmerai ici une chose délicate: lorsqu’un prêtre, en raison d’un désordre affectif profond ou une déviance psychique commet des abus sexuels sur une ou des victimes, mineures ou non, ses gestes une fois dénoncés ne restent pas impunis par la justice. C’est bien qu’il en soit ainsi. À la limite, cela rend les fidèles catholiques plus conscients de la réalité humaine qui « subsiste » en ces hommes qu’ils ont trop souvent élevés sur des autels comme s’ils étaient plus vénérables en vertu de leur statut. Or il n’en est rien. Tous ont à admettre leurs limites et leurs failles. Cela se fait généralement dans le cadre d’un accompagnement spirituel ou psychologique. Heureusement, les fidèles de notre époque sont plus sensibilisés à la réalité humaine de leurs pasteurs qu’ils voient de moins en moins comme des êtres exempts de fautes. Dans le cas d’actes criminels, bien sûr, la « pénitence » ne suffit pas, c’est le pénitencier qu’il faut. Les croyants peuvent être ébranlés dans leur foi sur la base de leur confiance en un être humain, aussi saint qu’il puisse avoir paru. Mais généralement, ils savent faire la part des choses en n’interrompant pas leur cheminement ni leur relation au Dieu vivant.

Dans le cas de chefs religieux qui complotent les uns contre les autres à la façon des organisations mafieuses, Jésus aurait assurément des mots très durs à leur endroit. Le majordome sera puni par la justice. Mais ses commanditaires risquent de ne jamais être connus. Jésus s’en est pris en son époque aux élites religieuses qu’il a qualifiées de « sépulcres blanchis » et d’hypocrites. Chaque jour, quiconque joue un rôle dans les hauts offices de Rome devrait méditer sur ces paroles de leur Maître qui affirme catégoriquement que ce n’est pas à des gens « comme eux » que le Père s’est révélé le plus totalement, mais à des tout-petits qui n’ont de sage que leur dépouillement et de savant que leur coeur aimant sans condition.

J’aime mon Église, comme m’y invite l’abbé Grosjean, surtout celle qui est formée par les croyants ordinaires qui ont à traverser des vies parfois difficiles. Je ne suis pas capable en ce moment d’aimer « telle qu’elle est » cette part de l’Église qui joue dans la cour « des grands qui font sentir leur pouvoir ». Il faut parfois oser dire tout haut ce qui cause au peuple de demeurer dans la tentation perpétuelle de juger sa hiérarchie et de lui tourner le dos quand elle aime afficher son élévation plutôt que de montrer comment elle travaille constamment à sa propre conversion, c’est-à-dire en choisissant de servir plutôt que de se servir et se montrer humble plutôt que de prêcher l’humilité et l’obéissance comme si c’était une affaire qui ne les concerne pas, eux d’abord!

Je prierai donc pour cette hiérarchie. Je prierai pour le pape. Je prierai pour tous les évêques et tous les prêtres. Je prierai surtout pour qu’ils se reconnaissent, tout comme je m’y efforce en peinant moi-même, d’abord comme des hommes simples, à l’image de ces pêcheurs dont ils ont pris la succession, non pas pour leur intelligence ou leur origine, mais pour leur foi au seul Roi à qui il importe d’obéir humblement: Jésus Christ, par son Esprit qui est répandu en toutes créatures, spécialement les « plus petites ».

3 réflexions sur “Ces scandales qui font obstacle à la foi

  1. Marie-Claude dit :

    Merci pour cet article, très humain et très juste. Comme on dit: « Là où il y a de l’Homme, il y a de l’Hommerie »…

  2. J.P. Dupuis dit :

    RIEN DE NOUVEAU SOUS LE SOLEIL

    Outre les scandales de bébés volés, de religieuses violées, de la pédophilie pratiquée à l’échelle mondiale pour des milliers de prêtres, l’histoire montre les liens du Vatican avec les crimes organisés et l’extrême droite. Ceux qui connaissent l’histoire de la papauté savent que plusieurs papes dans le passé ont été empoisonnés par des cardinaux appartenant à des clans rivaux. Ce n’est que l’histoire de l’Église catholique qui se perpétue.

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