La corde et les aiguilles à tricoter

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Curieuses coïncidences. Aujourd’hui, je découvre une lettre d’opinion publiée dans le Nouvel Observateur Plus, écrite par une femme qui réagit vivement à la proposition d’un politicien français du Front national de « dérembourser » les avortements dits « de confort ». La dame, enceinte, interpelle le politicien ainsi: « prêtez-moi une aiguille à tricoter », voulant insinuer que sa proposition ne ferait rien d’autre que de ramener la France à l’ère des « on s’arrange comme on peut » et des « charcutages ». La même journée, je tombe sur un billet de Pascal Henrard intitulé « Vite, donnez-moi une corde », en lien avec l’actualité canadienne. Une corde de pendu et des aiguilles à tricoter, quel drôle de mélange. Pourtant, c’est P. Henrard lui-même qui m’amène à faire ce lien quand il dit « que s’est-il passé pour qu’en quelques années, l’avortement soit de nouveau un sujet de conversation? » Voilà… Dès qu’on parle de la peine de mort, on en vient d’une manière ou de l’autre à l’avortement.

Une grosse bourde

La bourde du sénateur Pierre-Hugues Boivenu, qui admet avoir toujours pensé que chaque meurtrier devrait disposer d’une corde dans sa cellule, impliquant qu’il puisse ainsi choisir de se donner la mort quand il le voudrait, a produit de nombreux commentaires et a fait jaser tout le pays cette semaine. Comme il est de mise face à de tels sujets de polémique, de profondes divisions se sont vite mises au jour. La rétractation du sénateur n’a pas eu l’effet d’apaisement escompté, au contraire. Et lui-même en a remis une couche en présentant pour sa défense qu’il disait tout haut ce que beaucoup de gens pensent, pour preuve les centaines de courriels qu’il aurait reçus en appui à sa déclaration. Morale de cette histoire: le débat sur la peine de mort n’est pas définitivement réglé au Canada. Comme le démontre d’ailleurs l’éditorialiste André Pratte, les différents sondages, à l’exception du plus récent, donnent un appui majoritaire et constant des Québécois depuis 1990 au rétablissement de la peine de mort au Canada (c’est aussi ça, notre société distincte!). Cette constance ne peut qu’alimenter les aspirations du Parti Conservateur à obtenir une occasion de légiférer et les justifier d’incendier les médias de temps en temps avec cette question… Tout comme l’avortement?

Les aiguilles à tricoter

Je lis souvent des gens réfléchis qui affirment avec fermeté que le débat sur l’avortement est réglé définitivement au Canada. J’en avais même fait un billet quand le ministre de la Santé et des Services sociaux avait été accusé d’avoir financé un organisme pro-vie. Or, les sondages montrent également une grande division au Canada sur cette question. Depuis quelques semaines, en France, le débat revient dans l’actualité, alors que ce pays a pourtant une loi très claire permettant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu’à 12 semaines avec un remboursement à 70% des frais et l’interdisant après ce terme. Si les Français continuent de débattre de cette question alors qu’ils ont une loi encadrant l’avortement, pourquoi faudrait-il déplorer que des Canadiens et des Québécois souhaitent définir un cadre législatif dans leur pays? Car peu de gens savent que depuis le jugement de la Cour suprême du Canada en 1988, aucune loi n’est venue remplacer celle qui avait alors été invalidée. Cela signifie que « les avortements peuvent être pratiqués en tout temps pendant la grossesse et pour n’importe quelle raison. »

Les gens intelligents font des catégories

J’en ai un peu marre de voir la facilité avec laquelle les commentateurs de l’actualité font généralement des amalgames simplistes, soit: la droite = les conservateurs = pour la peine de mort = contre l’avortement. À l’inverse, ils diront: la gauche = les progressistes = contre la peine de mort = pour l’avortement.

Dans une des discussions sur l’un de mes billets, un interlocuteur (Papitibi) me confiait : « Je vais sans doute vous surprendre, mais le “go-gauche” que je suis n’en appartient pas moins à la “droite morale” ». Et il poursuivait en affirmant qu’il était contre l’avortement sauf dans des cas extrêmes. C’est bizarre, mais j’avais l’impression de trouver quelqu’un qui me ressemblait, et qui ressemblait peut-être aussi à des milliers d’autres. Les gens de gauche peuvent avoir un projet social, progressiste, égalitaire, équitable, écologique, mais pas forcément acheter l’idée d’un droit absolu des femmes à l’avortement. De même, des gens de droite peuvent avoir un projet de libéralisme économique et défendre les libertés individuelles à outrance et ne pas forcément vouloir enlever quoi que ce soit au droit des femmes à disposer de leur corps ou même vouloir à tout prix que la peine de mort soit rétablie! Pour moi, c’est là que réside la pensée unique: quand on vous enferme dans un camp ou dans l’autre sans aucune nuance.

Et finalement, la religion ?

Je crois en Jésus-Christ et je suis catholique. Je suis contre la peine de mort, dans tous les cas. En fait, je suis contre toute possibilité qu’un être humain soit autorisé à donner la mort à un de ses semblables, en toutes circonstances. Je suis donc contre l’avortement, contre l’euthanasie, contre le suicide assisté, contre les armes, contre la guerre. Comment pourrez-vous donc me cataloguer: conservateur fini ? Rétrograde idiot? Religieux intégriste? Essayez en mettant tous ces « contre » ensemble, vous n’arriverez pas à me caser autrement que comme… catholique.

En tant que tel, je suis donc aussi pour la liberté de conscience. Qu’un prisonnier en arrive à attenter à sa vie, s’il n’a bénéficié d’aucune aide, c’est une affaire entre lui et son dieu tant qu’il en confesse un. Qu’une femme en vienne à choisir d’interrompre sa grossesse, c’est bien sûr son affaire, mais une donnée supplémentaire est en cause: il y a une autre vie en jeu en plus de la sienne. Quel est le statut de cette vie? Nous n’en avons reconnu aucun à l’heure actuelle. Est-ce que poser la question nous fera revenir à l’époque des aiguilles à tricoter et des femmes mutilées? Non merci. Est-ce que cela conduira l’État à supprimer tout financement aux cliniques d’avortement pour empêcher les moins nanties d’y avoir accès en toute sécurité? Non merci. Ouvrir le débat sur l’avortement peut faire que certains groupes militants pro-vie appellent à une politique « zéro-avortement » et manifestent dans les rues, mais ça ils le font déjà. Dans un monde idéal, ils auraient tout mon appui. Dans le monde actuel, une telle politique n’est certainement pas réaliste ni rassembleuse. Il faut donc viser quelque part au centre.

Je vais donc avoir à pleurer tout ce qu’il me reste de vie chaque fois qu’une vie sera supprimée en toute conscience, n’importe quelle vie humaine, celle qui a à peine commencé ou celle qui est objet de toutes les admirations ; celle qui semble n’apporter que des emmerdes ou celle qui ne serait qu’un fardeau excessif. Je donnerai mon aval aux politiques visant à assurer la sécurité qu’il est nécessaire et raisonnable d’appliquer, tout en favorisant la réhabilitation, car je crois en une deuxième et même une troisième, voire une quatrième chance de se reprendre en main et de changer… Oui, tout comme Jésus, je crois en la personne humaine. Et si telle est ma croyance, je me dois de respecter cette femme qui, en son corps, porte une autre vie dont elle ne veut pas, qu’elle ne veut ou ne peut pas mener à terme, malgré toutes les possibilités qui s’offrent à elle, dans la mesure où elles lui ont été présentées. Nous vivons dans cette société où la liberté a été chèrement gagnée. Et la liberté aura toujours un prix. Parfois ce prix, c’est malheureusement une autre vie…

Une fois là, à moi, le catholique, qui ne veut ni corde ni aiguilles, il me reste encore la foi (la prière), l’espérance (en la miséricorde) et la charité (un amour gratuit pour toute personne au-delà de ses actes). Et ça, c’est déjà énorme…

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 6 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe diocésaine de pastorale pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean et en tant que professeur à l'Institut de formation théologique et pastorale. Ce n'est pas un travail pour convertir les gens à la foi chrétienne, c'est plutôt pour accompagner ceux et celles qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, accueillait et discutant avec quiconque se montre respectueux, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion d'orientation sexuelle ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

réponses "

  1. Et Papi a rajouté:

    « Je veux bien m’y opposer, à l’avortement, mais entre deux maux, il faut parfois choisir le moindre… et faciliter l’accès à des avortements pratiqués en clinique, selon un procédé éprouvé. This is where I stand. Opposé en raison de la morale que je défends, mais “tolérant”, par la force des choses et pour des motifs d’ordre humanitaire. »

    C’est pas mal là où réside tous les gauchistes, nous trouvons tous déplorables un tel geste, mais nous n’imposerons pas notre morale aux autres. Je pense comme Papi.

  2. Tu es contre qu’on enlève la vie d’un autre, tu es pour la liberté, mais tu respectes le fait qu’une femme enlève la vie d’un autre dont elle est responsable?

    C’est pas mal mou comme position.

    La job d’un pro-vie c’est de faire en sorte que reconnaître les droits du foetus devient réaliste. On n’a pas le droit moral de baisser nos bras à cause de la volonté mal-informée et –disons-le– égoïste de vouloir tuer au nom de la prétendue « liberté. » Permettre la tuerie ce n’est pas la liberté. C’est enlèver la liberté du foetus, qui a droit à l’amour et à la responsabilité de sa mère.

    Imagine si, au Sud des États-Unis, on aurait dit « c’est irréaliste de poursuivre les gens pour le lynchage. » Ce qui était le cas– le lynchage était très courrant et personne en parlant contre. Personne n’a dit ça. On a seulement oeuvré pour que le lynchage soit chose du passée.

    • Bonjour Suzanne. Merci d’avoir commenté. Tu peux me juger « mou », c’est ton droit. Je vais pointer deux éléments pour discuter avec toi:

      1. Je suis un homme. Tu sais que 70% des gens qui sont contre l’avortement sont des hommes? Chaque fois que je parle de ce sujet, j’ai en face de moi 70% de femmes qui me renvoient que je ne suis pas crédible pour parler de ce sujet et accusent les hommes de vouloir reproduire le patriarcat dominateur. Avec l’affaire Shafia, je vois mal comment les hommes pourraient reprendre une quelconque autorité sur les femmes, par les temps qui courent… Tu es une femme et tu es concernée par toute vie qui peut débuter en ton corps. Tu me vois, moi, pouvoir te dire à toi ce que tu dois faire de cette vie? Si nous n’avons pas une relation de confiance, je n’aurai jamais accès à cette discussion… Généralisons ceci et tu verras combien il est inconfortable et délicat d’être un homme « pro-vie » en évitant de se « durcir » comme tu le voudrais. Le durcissement ne peut que radicaliser les parties qui s’opposent plus que jamais… Vois ce qui se passe dans le monde, les radicalismes et les intégrismes provoquent plus de conflits et de morts que de justice!

      2. La différence avec le lynchage, c’est que cette vie nouvelle n’est pas autonome avant plusieurs mois et qu’elle est irrémédiablement liée à une femme qui peut choisir de devenir une mère ou refuser ce rôle. Le « lieu de vie » du foetus est dans le corps d’une femme. Quel droit ai-je de lui imposer par la force de garder cet être jusqu’à son terme? On ne peut porter atteinte à l’intégrité d’une personne, en lui imposant malgré elle des contraintes qui l’affectent dans son corps, c’est le sens de la victoire de Mortgentaler en 1988 en Cour suprême. Cette « victoire » des femmes devrait avoir des limites pour viser le bien commun. C’est à cela que sert une loi. Voilà le sens de mon billet: à quand une loi encadrant l’avortement au Canada? Tu as déjà montré des images d’enfants quasi à terme, avortés alors qu’ils étaient viables. Là, nous approchons de la notion d’infanticide. Enfin, partout où il existe une loi pour encadrer l’avortement, sauf en France apparemment, l’avortement a diminué, n’est-ce pas un résultat dont il faut se réjouir, comme une étape vers le mieux?

      Je regrette, mais je ne me considère pas mou du tout. Je milite à ma façon pour protéger la vie et je réclame qu’on respecte cette manière concrète, pratique, d’être pro-vie. J’ai vécu et témoigné de la vie extraordinaire de personnes présentant une déficience intellectuelle dont un grand courant actuellement voudrait qu’elles ne naissent plus. J’ai adopté des enfants dont certains que personne ne voulait et qui font la joie de mes jours. Je préside une association qui fait la promotion de l’adoption d’enfants réputés « inadoptables ». Plus de 200 enfants ont été adoptés au Québec grâce à cette association (http://emmanuel.qc.ca) plutôt que d’être laissés dans des centres ou passés d’une famille d’accueil à l’autre. Je rejette donc totalement ton qualificatif de « mou ». Si tous les catholiques s’engageaient sur le terrain pour accompagner les femmes qui hésitent quant à la décision à prendre face à « cette » vie qui grandit en elle, si l’amour pour ces femmes était plus fort que la décision qu’elles prennent, nous aurions un monde meilleur, plus solidaire, plus fraternel. Voilà le but que je poursuis, au risque de perdre quelques vies en cours de route; des vies qui, pour toi et moi, malheureusement, retournent simplement, sans avoir eu la chance d’accomplir leur destinée, vers le coeur aimant de leur Créateur, ce à quoi toi et moi aspirons au terme de la nôtre…

  3. Que l’on aime cela ou pas, l’avortement existait, existe et existera. En légalisant l’avortement, on veut éviter les broches à tricotter. La vie d’un foetus est liée à la vie de la mère. Pas de maman pas de vie. Elle a donc le droit de décider.

    Concernant le sénateur Boivenu, il a manqué une belle occasion de se taire.

  4. Dans le cas de monsieur Boivenu, c’est la souffrance en son coeur de père qui le rend inapte à agir comme sénateur pour cette question qu’est la peine de mort. J’éprouve beaucoup d’empathie pour cet homme blessé à jamais.

    Pour la question de l’avortement, il y a une solution chrétienne pour empêcher de détruire la vie d’un humain en gestation, et ce, depuis sa conception: il s’agit de l’adoption. La femme ou fille à qui cela arrive a toujours la possibilité de rendre sa grossesse à terme et de confier son enfant en adoption. Il y a tant de couples qui désireraient adopter un bébé et qui doivent se tourner vers l’adoption internationale ou les cliniques de fertilisation et attendre des années avant de voir leur désir bien légitime se concrétiser. Je connais une femme qui s’est retrouvée enceinte il y a bien des anéées et elle se félicite aujourd’hui d’avoir donné son enfant en adoption au lieu d’avoir avorté, car elle sait qu’elle a rendu une famille heureuse grâce à son geste, au lieu d’éprouver des remords toute sa vie si elle avait avorté.

  5. Bonjour Jocelyn…

    Encore une fois, bon article de ta part avec des arguments sensés.

    Bon le mot aiguilles à tricoter à côté de corde fait frémir, mais cela attire l’attention 🙂

    Oui en effet, dès qu’on parle de la peine de mort, on en vient d’une manière ou de l’autre à l’avortement.
    Ce qui m’amène à dire qu’un jour j’étais dans un forum où les gens venaient des États-Unis et débattaient de la peine de mort et de l’avortement. J’étais curieuse de savoir pourquoi certaines personnes pro-vie étaient POUR la peine de mort et CONTRE l’avortement, et j’avais reçu une pluie d’injures car on me disait que le foetus était innocent, non pas le criminel….
    Eh ben, me suis-je dit…quand donc est-ce que les tenants de la vie à tout prix ont commencé à juger qui méritait la vie ou la mort?
    Pas très chrétien comme point de vue, mais il en faut de tout pour faire un monde!

    Bon pour Monsieur Bienvenue, je dois dire que je respecte fortement cet homme et le comprend pour tout ce par quoi il est passé, cela doit être affreux de perdre un enfant, que ce soit de maladie, suicide ou accident mais si EN PLUS la personne s’est fait torturée et assassinée, alors ce doit être l’horreur totale.
    Il ne faut pas mettre de côté tout ce qu’il a fait dans le passé pour la cause des victimes de crimes violents.

    Par contre je trouve ce commentaire horrifiant, car il est bien trop poussé. Ce monsieur remplissant des fonctions publiques maitenant en tant que sénateur devrait pourtant ne jamais faire de tels commentaires en public.
    De là à ce que l’on demande qu’il démissionne ou qu’on le traite de criminel, c’est exagéré. Un avertissement de la part de ses boss d’en haut et aussi tout le remue-ménage qu’il a récolté devraient le rappeler à l’ordre.

    Maintenant en notre âme et conscience, qui donc n’a pas pensé cela dans le cas de Turcotte? Pourquoi donc ce meurtrier de deux jeunes enfants a-t-il raté son suicide? Pour être honnête, je crois que très peu de québécois n’ont PAS pensé à cela, alors qui sommes nous pour lui jeter la pierre?

    Deuxième volet de ton article:

    Oui on en vient à l’avortement et ce que cette dame française voulait dire avec son commentaire sur les fameuses aiguilles à tricoter, c’est que si on rend illégal le recours à l’interruption de grossesse, alors on ouvre la porte au « marché noir » des bouchers et faux médecins de toute sorte qui feront plus de mal que de bien. Il est notoire que l’humain malheureusement tire souvent un profit mercantile du malheur des autres, et j’ai bien peur qu’il y avait plus de décès, et en plus ce serait ET le foetus ET la femme.
    Veut-on réellement revenir à ces noires années??

    Bon pour le Québec, je serais surprise que cette loi de la légalité de l’avortement soit remise en question. Disons le tout de suite, l’électorat des femmes est fort et je ne crois pas que le plus fort lobbying va faire oser un de nos politiciens à proposer de le rendre illégal, il va se tirer dans le pied.

    Est-ce la même chose côté Canada? Je ne saurais dire, en effet les gens sont plus conservateurs. Peut-être ne rendront-ils pas l’avortement illégal à nouveau, mais rendre les choses plus difficiles pour les femmes qui veulent recourir à ce procédé va simplement donner le résultat « aiguilles à tricoter »…et j’exagère à peine. 😉

    Pour ton commentaire sur les gens qui font des catégories *noire* ou *blanche* avec la gauche, la droite, les démocrates, conservateurs etc. je suis tannée aussi car il est rare de rencontrer des gens très catégoriques et par exemple, d’accord avec TOUT ce que propose le gouvernement Harper.
    Même chose pour la droite.

    Même chose aussi en religion. On peut être croyant, pratiquand, mais aussi conserver en ce domaine notre esprit critique, une bien belle chose que le créateur nous aurait donné (s’il y en a un!).

    Pour finir, je sais que beaucoup de provie ont des beaux idéaux et tendent à l’idéal et au meilleur à la fois pour la femme et le foetus, mais moi je suis pratico-pratique et bien ancrée dans la réalité quotidienne qui peut être facile pour un, mais une autre elle peut en arracher et décider qu’elle n’a pas d’autre solution que de recourir à l’avortement.

    Pour une fois j’aimerais bien voir ces manifestants qui au lieu de brandir des pancartes parfois agressives pourraient répondre franchement à mes questions:

    – C’est quand la dernière fois où vous avez fait du bénévolat dans un milieu défavorisé avec mères célibataires, que vous avez offert de garder l’enfant d’une de ces filles pauvres et épuisées pour qu’elle aille se détendre?
    – Avez-vous adopté un de ces bébés mal aimés, handicapés, souffrant de dépendance à cause de la haute consommation de drogue de la mère pendant sa grossesse?
    – Encouragez-vous votre gouvernement en lui écrivant, en faisant du lobbying pour faciliter le retour au travail de filles ayant perdu leur emploi à la suite d’une grossesse, ou leur retour aux études avec de quoi les soutenir financièrement et que l’enfant n’en souffre pas?

    Ok, il y en aurait sûrement, mais soyons réalistes…très peu.

    En terminant, félicitations encore pour ce billet intéressant.

  6. encore merci d’exprimer cela aussi clairement ,je suis dans le meme dilemme dans mon travail ,accepter l’autre c’est deja beaucoup et rien lui imposé

  7. Par conviction je suis contre l’avortement ; j’ai pourtant lutter, au sein d’un syndicat pour la légalisation de l’avortement (loi Weil en France). Travaillant en service de néphrologie, j’avais vu les dégâts irrrémédiables provoqués par les aiguilles à tricoter… Je sais de plus qu’il faut bien comprendre que tout ce qui est légal n’est pas pour autant moral. J’accepte que la justice de mon pays choisisse parfois des décisions
    Non pleinement satisfaisante pour des catholiques. Je me réjouis que la gauche en France ait aboli la peine de mort (contre la pensée majoritaire) et je m’indigne qu’elle envisage de légaliser l’euthanasie. Le faire c’est mettre toute la population en danger : en situation de faiblesse (maladie grave, handicap) il se trouvera bien toujours quelqu’un pour vous convaincre que la mort est préférable.

    • Bonjour Christiane. Merci de votre visite, vous m’honorez. J’ai vu que vous avez mis mon blogue en lien sur le vôtre et je l’apprécie. Je vous remercie de votre témoignage. Vous avez un âge honorable que vous ne cachez pas et votre expérience ne peut que nous enrichir. J’ai relu votre présentation (http://christianegrimonprez.blogspot.com/2009/11/jai-eu-la-chance-de-commencer-ma-vie.html) et j’ai été cette fois-ci plus attiré par les objets de votre résistance, en particulier celui-ci : « RESISTER à la pensée que le christianisme est minoritaire et assiégé. Certes nous ne sommes plus en chrétienté, et alors… faut-il s’en plaindre ? » Je vous dis mon admiration pour vous rendre disponible et présente sur les réseaux sociaux, à travers votre blogue, sur Twitter et autres. Il me semble que vous êtes une personne qui ne peut que nous amener à RÉSISTER à l’âgisme, à la mise au rancart des gens d’expérience qui peuvent nous aider à prendre un peu de distance et voir le paysage qui est, sans doute, moins ravagé qu’il n’y paraît à courte vue… Merci, tout simplement.

  8. J’ai toujours été contre l’avortement par conviction profonde. Mais aujourd’hui avec l’expérience qu’est ma vie, je ne le suis plus. Pourquoi? Parce qu’un jour, j’ai eu à faire un choix et cela a changé mon regard, j’ai compris …J’ai compris que quand tu ne veux pas d’enfants, quelle que soit la raison, c’est un choix personnel. Tu le fais non pour la société mais pour ta survie à toi. Lorsque j’ai fait mon choix, il était libre et éclairé. Je ne suis pas pour l’avortement et je ne le serai jamais, je suis pour la liberté.

    • Allo Super Mom. En passant, ton commentaire est le 400e sur mon blogue! Merci! Je trouve que tu as beaucoup de courage pour témoigner ainsi de ta propre expérience. Tu as tout mon respect. Puisque tu es mon amie est que je t’aime bien, le seul regret que j’ai, c’est de n’avoir pas pu être à tes côtés lorsque cette situation est arrivée. Non pas pour en changer le cours, mais pour entrer dans ta souffrance, ton déchirement, ta décision et tenter de tout comprendre à partir d’un compagnonnage… à la manière de Jésus. Merci encore d’avoir posé ta pierre dans le vif de cet échange.

    • Merci de votre témoignage, supermon….

      Comme quoi on peut changer d’avis!
      L’inverse est aussi vrai, il y a des prochoix qui deviennent provie.

      Personnellement je crois que c’est comme vous dites une question de survie, de liberté.

      La vie de la mère a tout de même préséance sur celle d’un être pas encore né et qui n’a rien vécu.
      L’idéal serait de sauver les deux….à nous en tant que société de la rendre accueillante et de faciliter des prises de décision qui iront de plus en plus vers mettre l’enfant au monde…mais tant qu’on n’est pas dans les souliers de ces femmes, je crois qu’on ne peut pas les juger.

  9. Bonjour M. Girard.

    Je crois que la question de l’avortement est plutôt une question scientifique: L’enfant à naître doit-il être reconnu comme une personne ou pas. Et je crois, pardonnez mon insolence, que c’est complètement stupide de faire dépendre ses droits de sa relation à une autre personne. Le fait qu’une personne soit dépendante ou pas d’une autre personne ne change rien à ses droits. Ce n’est pas parce qu’un préposé se charge de moi, par exemple, parce que je serais handicapé, que cela fait que j’ai moins de droits! De même pour l’enfant à naître. Il est certainement un « être humain » et non pas un animal ou je ne sais pas quoi. Doit-on lui donner le statut de personne? Je crois que oui. Il est déjà prouvé que l’enfant à naïtre ressent la douleur dès la 20e semaine, que lors d’un avortement, les signes vitaux, battements cardiaques, mouvements brusques pour tenter de s’enfuir, indiquent un état de panique virulent. Donc il doit être protégé, indépendemment du grand inconfort que cela peut procurer à une autre personne dont la vie n’est pas en danger!

    Et dans le doute, dans les premiers instants de la conception, je crois qu’il vaut mieux s’abstenir d’avorter, tout comme un chasseur s’abstient de tirer, s’il n’est pas certain de ne pas avoir affaire à un humain!

    Enfin, pour ce qui est de l’argument des aiguilles à tricoter, c’est comme dire qu’il faut installer des cliniques de suicides assistés pour que les suicides se fassent sans douleur et proprement! Cet argument n’a aucune valeur. Un suicide, ou un avortement est un acte désespéré et on ne le permet pas pour des raisons hygiéniques ou pour qu’il se fasse sans douleur, cela ne tient pas la route!

    • Bonsoir M. Laffitte. Merci de votre visite. C’est drôle, car j’avais l’impression de lire pour la deuxième fois les différents arguments que vous évoquez. J’avais relu quelques billets du site Campagne Québec Vie aujourd’hui même et je crois deviner que vous pourriez être cet « ami provie » dont il est question dans cet échange!

      La question de la reconnaissance juridique de la personne humaine est très importante, je vous l’accorde. Sur le lien que j’ai mis dans le billet, on assiste à un débat où, notamment, trois représentants religieux (Juif, Musulman et Catholique), on voit bien que c’est important également pour eux. Mais ils ne parviennent surtout pas à s’entendre sur « le moment humain » initial. Le Juif et le Musulman parlent plus ou moins de 40 jours, l’un sur un argument de tradition, l’autre sur un argument scientifique. Et le prêtre catholique, bien entendu, parle de l’instant même de la conception. Bien qu’il soit critiqué de toute part, le député ontarien qui demande à ce que le Parlement fixe le moment qui ferait consensus sur le début de la vie humaine a lancé une question qui mérite d’être débattue, car elle n’a jamais été résolue au Canada depuis que la loi a été invalidée. Pour moi aussi, la vie humaine commence dès sa conception. Pour moi aussi, le sens de la responsabilité qui m’a été transmis me dit que je devrais ne pas supprimer une vie en devenir. Pour moi aussi… oui, mais nous ne vivons pas en vase clos.

      Je n’adhère toutefois pas à votre argument sur le préposé qui aurait la garde d’un handicapé. La personne handicapée n’est pas dans le corps du préposé! Ce dernier quitte après ses heures de travail, il a sa vie en propre. Une femme enceinte porte cette vie en son corps. Ce qui serait stupide, serait de nier cette réalité. Un droit a été reconnu à la femme (qui vaudrait également pour un homme enceint si cela se pouvait). Nous devons sans doute éduquer encore plus que jamais au sens de la responsabilité de nos actes, notamment en matière de sexualité, car on ne doit pas jouer avec la vie. Mais cette femme a un droit à disposer de son corps comme elle l’entend, alors que le foetus ne se voit pas reconnaître ce droit, même aux États-Unis avec l’arrêt Roe vs Wade. Si cette « vie humaine » était viable par elle-même, avec ou sans assistance, hors de la femme, peut-être en viendrait-on à proposer une césarienne après 20 semaines pour sauver l’enfant. Je n’ai lu nulle part cela comme une option envisageable. Mais si la maîtrise de la science donnait à une femme l’opportunité d’arrêter sa grossesse avant terme — ce qu’elle fait habituellement par l’avortement — et ne plus avoir à se soucier de l’enfant grâce à un tissu de solidarité de parents adoptifs, cela pourrait devenir une autre façon de sauver quelques vies.

      Je conçois mal, après les jugements et toute la jurisprudence actuelle, qu’un combat mené pour supprimer tout avortement en vienne à remporter de grands succès. Cela ne fait pas de moi quelqu’un qui abandonne ou qui est paresseux, comme le pense Suzanne F. Il est plus que temps que les provie mettent leurs efforts à sauver cette vie-là, celle-ci, encore celle-là grâce à une approche axée sur la compassion et, pourquoi pas, aidée par des techniques modernes. Je ne serais pas surpris si, dans un même hôpital, on se mettait à voir passer des femmes de la section interruption de grossesse à celle de la néonatalité, une fois convaincue que leur enfant viable ferait la joie d’une famille!

      Une femme, une chrétienne, qui croit en la grâce que Dieu renouvelle à chaque vie créée, peut bien recevoir l’interpellation au principe d’abstention que vous faites, par souci de ne pas déplaire à Dieu. Mais aujourd’hui, vous et moi savons très bien qu’une grande majorité de femmes même croyantes ne feraient pas ce choix en cas de situation les contraignant à choisir. Et nous deux, tout hommes que nous sommes, ne pouvons pas, dans l’espace juridique actuel, y changer quoi que ce soit, autrement que par un lien de compassion et d’engagement solidaire. C’est là que repose ma conviction…

      • Bonjour M. Girard,

        Je partage votre opinion selon laquelle une femme porte en son corps alors qu’un préposé s’occupe des personnes qui lui sont confiés, d’où une implication moindre. Mais le fait de porter un être humain ne donne pas le droit de tuer, aussi désagréable soit le fait d’être « prisonnier » pendant 9 mois, ou plutôt 5 mois, selon la solution de la césarienne que vous proposez. Toute la question est de savoir quand cet être humain doit être reconnue comme une personne. Ce n’est pas une question religieuse, plutôt une question philosophique. Et comme il n’existe pas de saut de nature ou tout à coup un embryon se transforme d’une telle façon qu’il devient personne, on ne peut constater que le processus continu de croissance que nous vivons tous, croissance et dégénérescence de la conception à la mort naturelle.

        Une femme a des droits sur son corps, mais bien sûr pas sur le corps des autres et le vide juridique canadien sur l’avortement permet cette injustice profonde qu’une personne peut décider de la vie et de la mort d’une autre personne. Vous parlez de l’arrêt de Roe contre Wade, vous savez que la Jane Roe en question a écrit un livre pour expliquer comment elle a été manipulé par les groupes « pro-choix », combien elle regrette son avortement et comment elle est devenue l’une des plus fervente « pro-vie ».

        Il existe des centres d’aide pour la femme enceinte en difficulté un peu partout au Québec. Malheureusement, ils n’ont pas le soutien financier des gouvernements et fonctionnent avec les dons du public. Mais ils sont là. Pour ce qui est de l’adoption, vous pourriez nous faire un cours sur le sujet. On affirme qu’il est plus difficile d’adopter au Québec que dans les autres provinces.

        Mais dans tous les cas, le principe de précaution consistant à s’abstenir d’éliminer ce qui est possiblement une personne humaine n’est pas un principe chrétien mais bel et bien un principe humain utilisé en justice, par exemple, lorsqu’on s’abstient de comdamner une personne s’il existe un doute raisonnable. Et dans le cas de l’enfant à naître, même au premier stade de son développement, le doute est certainement des plus raisonnable!

        • REbonjour M. Laffitte.
          Je vous suis sur le fait qu’il s’agit d’une question philosophique, voire scientifique. La logique chromosomique est implacable. Le principe de précaution devrait s’appliquer. En faire une question religieuse et surtout intégriste permet d’évacuer facilement le raisonnement que les religions tentent d’apporter. La philosophie n’est plus très courue par les temps qui courent, puisqu’une certaine idée dominante de la liberté individuelle a réduit très largement le besoin de réfléchir et de discerner le bien du mal. Quant à la science, elle se réduit de plus en plus à la technique et non plus à contribuer à définir le vrai (cf. Jacques Dufresne). Quand la technique rend possible une chose, alors cette chose devient admissible. Il est là, le travail d’éducation que nous avons à faire…

          [ajout] Ce midi (7 février), Pierre Maisonneuve a fait de cette question le sujet de sa tribune. Une femme, en toute fin d’émission, a obtenu la ligne pour constater que tous les intervenants qui l’avaient précédée étaient des hommes et très majoritairement contre l’avortement. Elle ne pouvait laisser passer cela sans intervenir elle, jeune mère, pour dénoncer un éventuel retour en arrière du droit des femmes. Je trouve que cela est assez caractéristique du débat actuellement. Nous, les hommes, serions-nous en train de vouloir imposer notre vision aux femmes? Comment pouvons-nous débattre respectueusement de nos points de vue, sans tomber dans une guerre des sexes?

          • Bonjour Jocelyn!

            Vous dites: « la liberté individuelle a réduit très largement le besoin de réfléchir et de discerner le bien du mal ».

            Pourtant, c’est Dieu lui-même qui a voulu dans sa grande sagesse que l’homme soit libre de faire ses choix.
            Une femme qui se voit ACCULÉE au pied du mur et n’a d’autre alternative que l’avortement n’est pas une personne qui choisit le mal.

            C’est mon opinion. 🙂

      • Bonsoir encore Jocelyn…

        Tiens je répond pas mal en trombe ce soir à tous les courriels que je viens de trouver dans ce blogue!

        Vous savez même les scientifiques ne s’entendent pas sur le début de la vie, de la conscience, bref sur la ligne à ne pas dépasser pour l’avortement.

        L’idéal selon moi serait en dessous de trois mois car la capacité de ressentir la douleur n’existe pas encore.
        Je me demande souvent pourquoi les femmes tardent TANT à y avoir recours si elles ne veulent vraiment pas poursuivre leur grossesse, mais quelquefois certaines ont des règles irrégulières et peu ou pas de synptômes. Comme je n’ai jamais été dans cet état de stress émotionnel intense qui suit l’annonce ou le doute d’une grossesse non désirée, je ne peux donc pas juger pourquoi elles tardent tant, peut-être sont-elles dans le déni ou ne sont-elles pas réellement capables de prendre la décision??
        Toujours est-il que cela revient à ce que je disais….

        Rendre l’accès à l’IVG ne va que faire que la liste s’allongera, la durée de semaines de la grossesse à interrompre va s’allonger et les avortements seront plus tardifs, donc on n’a pas intérêt à aller sur ce terrain là d’après moi.

        Comme je le disais dans un message précédent, ces femmes acculées au pied du mur prennent l’IVG comme moyen de défense…c’est la survie qui parle.

        Pas nécessairement survie* en ce qui a trait à une menace directe à votre santé et pour vous mettre en danger de mort, quoique ces cas existent encore et dans ces cas-là, j’espère que vous serez d’accord pour dire que l’on doit sauver la mère, non le bébé…(le mari se retrouverait veuf, des fois avec des enfants orphelins) et ces temps-là sont révolus.

        Ce dont je parle c’est souvent la survie financière, et toutes autres raisons personnelles.
        En général, je fais confiance aux femmes, je me dis que passer par là est très, très difficiles et qu’elles ne prennent pas la décision de l’avortement à la légère.

        Bien sûr vous me direz qu’il y en a qui prenne ce moyen comme contraception, et c’est définitivement irresponsable….
        Mais veut-on réellement qu’une femme rendue à son septième avortement devienne mère!!???? Si tu es si immature, alors je vois un danger à laisser cette personne prendre soin d’un enfant.

    • Bonjour Mr. Lafitte….

      Les scientifiques ne s’entendant même pas sur ce début de conception de la personne humaine que ce soit à partir de la conception ou plus tard, je crois que les militants pro-vie basent souvent leurs convictions sur la religion….
      Mais pendant plusieurs siècles l’Eglise refusa de reconnaitre les bébés morts-nés. Ils n’étaient pas baptisés et n’étaient donc pas considérés comme ayant fait partie des vivants. Si la sage-femme déclarait que le bébé avait vécu ne serais-ce qu’une seconde, il avait droit au baptême et à être enterrés avec les autres personnes. S’il était mort-né, il était soit enterré dans le carré des Innocents, soit il avait une tombe sans nom. Ce n’est que depuis qu’il y a le débat en faveur de l’avortement que l’Eglise reconnait que le foetus est une personne.
      De toute manière comme il a été dit sur ce fil de conversation, légiférer contre l’avortement c’est créer une situation d ‘injustice : les privilégiés iront avorter dans une clinique à l’étranger, les autre subiront l’horreur des avortements clandestins ou les chutes dans l’escalier!
      On est tous d’accord que dans un monde idéal, la question du droit à l’avortement ne se poserait pas, tout simplement parce qu’aucune femme n’aurait à avorter.
      L’avortement est une chose très douloureuse que l’on voudrait tous éviter. C’est malheureusement un droit absolument indispensable! L’essentiel a déjà été dit. Il peut s’agir d’un enfant indésiré, comme à la suite d’un viol ou de problèmes de contraception. Quel droit avons-nous de juger ou non si une femme doit garder son bébé ou non ?

      Un argument beaucoup développé par les défenseurs de l’avortement est la souffrance que représente une grossesse non désirée. Par exemple une jeune fille qui fait encore ses études et qui se retrouve malheureusement enceinte, alors qu’elle dépend encore de ses parents, doit-elle sacrifier sa vie, son avenir, pour garder un enfant qu’elle n’a pas désiré? La situation peut être encore plus difficile lorsque la famille renie leur enfant et le met à la rue, sans même parler des hommes qui abandonnent une femme lorsqu’ils apprennent qu’elle est enceinte. On peut également se demander quels sentiments peut développer une mère contre un enfant qui aurait « gâché » sa vie?
      La souffrance concerne également l’enfant non voulu qui peut être élevé par une mère très jeune et seule, dans des conditions difficiles. Gâcher deux vies (et peut-être plus) pour en sauver une qui n’a que partiellement débutée ne me paraît pas moralement meilleur que l’avortement…

      • Bonjour Diane,

        Il y a plusieurs problématiques dans votre courriel.

        « Les scientifiques ne s’entendent même pas sur ce début de conception de la personne humaine ». En fait, il ne peuvent s’y entendre parce que la question ne relève pas de la science mais de la philosophie: qu’est-ce qu’une personne?

        Le fait que l’ovule fécondé n’est pas une chose, ni un ensemble de cellules animales, mais bel et bien un être faisant partie de l’espèce humaine, un « être humain » est une évidence. Encore une fois la question est de savoir quand, quand reconnaissons nous cet être humain comme personne.

        Pour ce qui est de la non reconnaissance de l’Église des enfants mort-nés parce qu’ils ne sont pas baptisés, je ne vois pas de quoi vous parler… Dès les premiers siècles de l’Église, les Pères de l’Église, s’appuyant sur des textes bibliques de l’Ancien et du Nouveau Testament ont condamné l’avortement. Et cet enseignement n’a jamais changé.

        « Avant d’être façonné dans le ventre maternel, je te connaissais. Avant ta sortie du sein, je t’ai consacré. » (Jr 1,5)
        Dans le nouveau testament, nous connaissons le passage de la Visitation où Jean Baptiste, dans le sein de sa mère, tressaille de joie à l’arrivée de Marie portant en son sein le Messie.

        Les Chrétiens ont toujours reconnu et prié avec ces textes.

        Le fait de ne pas baptiser, où de ne pas les enterrer avec les autres chrétiens n’a nullement la signification de ne pas les reconnaître comme ayant vécu. Vous extrapolez sur des gestes qui ont une explication spirituelle et non pas biologique.

        Mais nous nous éloignons du sujet, l’avortement, pour parler d’histoire religieuse…

        Revenons à vos arguments. Vous dites que légiférer cause une injustice puisque seuls ceux qui en ont les moyens iront dans les pays où l’avortement sera légal. Je ne vois pas en quoi cela constitue un argument. La prostitution est légale en Hollande et seuls ceux qui en ont les moyens vont y assouvir leurs instincts. Les autres, au Québec doivent se rabbattre au Québec sur une prostitution cachées, insalubre. En quoi est-ce un argument en faveur de la légalisation de la prostitution?

        On ne crée pas de cliniques pour permettre des suicides propres et sans douleur parce que le millier de suicides clandestins annuels au Québec se fait dans des conditions insalubres et douloureuses…

        L’avortement devrait être perçu pour ce qu’il est: un geste aussi désespéré qu’un suicide…

        Personne n’a le droit de juger le coeur de qui que ce soit, personne n’a le droit de juger le coeur de celle qui se fait avorter, Mais le fait de juger que tuer est mal n’implique pas un jugement sur le coeur de la personne qui commet un crime. Et le législateur a le devoir d’empêcher toute atteinte à la vie de toute personne. Je n’ai vu aucun argument dans votre texte qui donne le droit de tuer. Encore une fois, il n’y a qu’une question. Quand doit-on reconnaître l’enfant à naître comme une personne.

        Personne n’est obligé de prendre soin d’un enfant pendant 15 ou 20 ans de sa vie. Il existe des procédures d’adoption qui combleront des parents en attente d’un enfant. Et permettront à cet enfant de vivre dans une famille qui l’aimera. Et pour cet enfant unique au monde, dont c’est l’unique chance de vivre, je crois qu’il est préférable de choisir l’adoption.

        En fait, votre argumentation tient en une phrase : « Gâcher deux vies pour en sauver une qui n’a que partiellement débuté… » Pensez-y, pouvez vous nommez un être qui est partiellement en vie? Un être est vivant où il ne l’est pas, il est vivant jusqu’à sa mort.

        De la conception où la première cellule de 46 chromosomes s’est formée, jusqu’à aujourd’hui, vous êtes le même être humain. Tout était inscrit dans votre ADN, y compris votre plan de développement. À aucune étape il n’y a eu transformation de nature, seulement un développement qui se poursuit actuellement jusqu’à la dégénérescence progressive vers la mort. De votre conception à aujourd’hui, vous êtes le même être vivant! Je termine par ce texte de Lise Moga:

        « J’ai écouté le témoignage d’une personne qui a survécu à l’avortement… car d’habitude, l’injection d’eau saline (peut-être plus efficace maintenant ) tue et la délivrance d’un foetus mort s’en suit. Elle est arrivée vivante et son médecin n’a pas eu le courage de la tuer davantage. Ouf! ELLE ÉTAIT UN ÊTRE HUMAIN.

        Elle, elle n’entretient pas d’ambiguïté sur la vie: elle sait intérieurement, profondément de quoi elle parle quand elle parle de son existence. Elle a toute une idée de nos tergiversations sur le quand, comment et pendant combien de temps dure l’humanité de quelqu’un. C’est cette humanité qui nous habite et je crois fondamentalement qu’en banalisant la vie, l’on s’engage sur la voie de la décrépitude accélérée »

  10. J’aimerais bien savoir quelle est la position des pro vie sur la pilule du lendemain, Je crois que depuis quelques années, elle est disponible sans ordonnance sur simple consultation d’un(e) pharmacien(ne).

    Je me demande si ce nouveau moyen ,que je trouve tout à fait approprié , a aidé à diminuer le taux d’avortement au Québec.

    • Bonjour Koval, bonne question!

      Quoique je ne connais aucune réponses à cela, j’imagine que la majorité des provie doivent être contre étant donné qu’ils ont la conviction qu’il y a vie à part entière dès sa conception.

      Tant qu’à cela, le spermatozoide est un organisme vivant également, ce qui veut dire qu’à chaque fois que vous….hahem….vous savez ce que je vous dire…que vous faites en solitaire, alors vous tuez des millions de vies potentielles!

      Bon cela dit, moi aussi j’aimerais bien voir des statistiques à savoir combien de femmes prennent la pilule du lendemain et si cela réussit, alors cela leur évite d’avoir recours à l’avortement.

      • Bonjour Diane et Kovak,

        Je me permet une petite précision car le sarcasme sur le fait que l’on devrait protéger les spermatozoïdes est bien connu. Mais il faut parfois redire l’évidence parce que ce n’est pas évident pour tout le monde. Un spermatozoïde n’a que 23 chromosomes alors que la première cellulle fécondée a ses 46 chromosomes et est tout à fait un nouvel être humain avec son patrimoine génétique complet. Elle se développe selon son plan personnel, son adn, pour grandir et être la personne unique au monde qu’elle est. La pilule du lendemain qui empêche la nidation de cette nouvelle personne est bel et bien un avortement à ce stade premier de notre existence.

    • @ Koval et @ Diane
      Dans l’esprit de la personne qui défend le caractère inviolable de la vie humaine, celle-ci commence dès sa conception, c’est-à-dire dès la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde. C’est une vie humaine en puissance ou en projet, comme vous voulez. Protéger la vie est un appel incessant au coeur de la foi chrétienne. En ce sens, tout ce qui peut contribuer à supprimer cette vie est répréhensible. Le RU-498 (pilule du lendemain) qui permet un avortement médicamenteux, serait efficace jusqu’à 5 semaines (7 semaines en incluant le temps des dernières règles). En France, cette méthode serait devenue la plus pratiquée pour les interruptions en tout début de grossesse. Elle paraît moins violente que l’aspiration ou les pinces. Elle offre également, en raison de son caractère hâtif, une certaine assurance de faire moins mal à un être qui n’est pas encore formé complètement et qui ne ressent rien encore, mais elle produit le même effet: la suppression de cette vie.

      Il y a tant d’approches possibles pour cette question complexe!
      – Une vie humaine en puissance doit-elle être protégée dès sa conception? Si oui, comment peut-on articuler les droits de la femme à disposer librement de son corps?
      – Un foetus peut-il être considéré comme une personne? Si oui, à partir de quand? En tant que personne, le cas échéant, peut-il avoir les mêmes droits fondamentaux que toute autre personne? Comment juger alors de la primauté des droits d’une « personne » sur l’autre puisqu’elles sont toutes deux liées dans le corps de l’une des deux?
      – Un foetus réputé viable peut-il être protégé en imposant un accouchement hâtif à sa mère?

      Pour un pro-vie, la réponse à toutes ces approches est la plus simple possible: aucun avortement ne devrait être permis, car nous sommes en présence d’une vie qui n’appartient à personne, sinon à Dieu. Dès qu’on met un pied dans la discussion et qu’on entre-ouvre la porte à des cas d’exception, le pro-vie vous étiquette comme un pro-avortement. Pas de discussion.

      Voici quelques considérations supplémentaires: toute vie humaine qui est supprimée par un autre humain est une chose moralement à proscrire. Même dans un cas de légitime défense, l’acte d’enlever la vie de son agresseur est un choix ultime, quand d’autres moyens n’ont pas suffi. Nous nous privons sans doute, comme société, de l’apport exceptionnel propre à chaque être humain en l’empêchant de poursuivre sa vie (meurtre) ou même de la commencer (avortement). Mais nous avons construit une société qui n’est pas si accueillante à la vie, encore moins à la différence ou à tout ce qui peut freiner notre liberté. Si nous bâtissons un monde meilleur, fondé sur les rapports humains respectueux, soucieux du bonheur de chacun et du bien commun, nous en arriverons sans doute à transformer notre regard sur les plus petits, les plus faibles, les exclus de toutes sortes, y compris ceux à qui on ne donne même pas le droit de venir au monde. Il y a beaucoup de travail à faire pour en arriver là. Reconnaître la contribution des autres dans cette direction est un premier pas à faire de la part de tous.

      • Rebonjour Jocelyn…

        Très bonnes questions que vous posez là, à partir de « Une vie humaine en puissance doit-elle être protégée dès sa conception? Si oui, comment peut-on articuler les droits de la femme à disposer librement de son corps? ».

        Je me dis souvent que c’est un dialogue de sourd entre pro-choix et pro-vie, parce que cela soulève les passions et que c’est un sujet très délicat, touchant et ramenant au jugement personnel, vis-à-vis des situations où certaines gens, pas du tout touchés par de gros problèmes dans leur vie personnelle, émotionnelle, de santé ou financière, n’ont pas à affronter quelque chose de très dur dans leur vie.
        Quand cela nous arrive, nous avons souvent autour de nous des gens qui nous aiment et nous aident à traverser les épreuves.

        Certaines femmes n’ont rien, ni personne.
        Elles ne voient pas le bout du tunnel….
        Dès lors, la grossesse devient menaçante, l’embryon une sorte « d’agresseur » qui dérange une vie déjà bien difficile….
        Alors oui, cela peut devenir une question de survie.

        Rendre les avortements illégaux ou plus difficiles à obtenir, ne va que faire que les femmes argentées se rendront dans des cliniques à l’étranger, et les autres moins riches…ben elles se ramasseront chez un avorteur plutôt douteux….on veut revenir à ces années là..vraiment?

        Pour sauver toutes ces vies, puisque l’idéal nous commande de tout faire pour cela, il faudrait plutôt continuer à mettre l’accent sur une éducation sexuelle ouverte et responsable, la contraception, faire de la recherche en ce sens pour favoriser justement de meilleurs méthodes contraceptives, éduquer les jeunes à respecter les étapes dans leurs relations sentimentales, et favoriser le support et l’aide OBJECTIVE des services des CLSC ou autres cliniques, pour que toutes les options soient présentées sans vouloir influencer la femme dans sa quête pour avoir de l’aide à la suite d’une grossesse non désirée.

        Bien sûr aussi, ne pas négliger les services d’aide après l’accouchement qui seraient de plus en plus demandant et lourds pour le gouvernement, s’il fallait qu’il y avait moins d’avortements, il faudrait bien l’admettre!

        Veut-on favoriser la vie? Oui est j’espère la réponse, mais pas au détriment du droit de la femme de disposer de son corps.

  11. « En ce sens, tout ce qui peut contribuer à supprimer cette vie est répréhensible. »

    C’est bien ce que je pensais, de l’ intégrisme. Dans la mesure où je considère qu’il y a aucune chance que les pro-vies gagnent leur point, leurs opinions fermées me laissent assez indifférente.

    Et si jamais un jour, Harper décide de faire un seul petit pas dans la direction des idées des pro-vies, ils me trouveront sur leur chemin.

    Merci pour les infos complémentaires concernant la pilule abortive

    • Koval, c’est ce à quoi je m’attendais aussi.

      Je ne connais pas les stats de comparaison différente entre nombre de femmes se rendant en clinique pour une IVG, versus nombre de femmes utilisant une pilule du lendemain, mais il me semble que cette dernière méthode semble moins pire, si l’on peut dire…

      Mais les pro-vies (pas tous, les intégristes comme vous dites) ne laissent donc aucune chance à la femme.

  12. OOOOpps il y a erreur dans mon message de 19:41….je voulais dire:
    « Rendre l’accès PLUS DIFFICILE à l’IVG….. » au 4ième paragraphe.
    Désolé.

  13. Ping : Revue de Presse : abus, froid, exclus, carême et JMJ ! du pire au meilleur ! « Lemessin

  14. Je suis présentement en train de lire un livre sur l’histoire de l’avortement: « Histoire de l’avortement: XIXe-XXe siècle ». En France, c’est sous le régime de Vichy, alors que la répression contre l’avortement était la plus forte, que le nombre d’avortement (illégal, cela va de soit), majoritairement des auto-avortements, a augmenté drastiquement.

    Alors, effectivement, légal ou pas, il y en aura toujours. Seulement, s’ils sont légaux, la vie de la femme ne sera pas mise en danger.

  15. « Personne n’est obligé de prendre soin d’un enfant pendant 15 ou 20 ans de sa vie. Il existe des procédures d’adoption qui combleront des parents en attente d’un enfant. Et permettront à cet enfant de vivre dans une famille qui l’aimera. Et pour cet enfant unique au monde, dont c’est l’unique chance de vivre, je crois qu’il est préférable de choisir l’adoption. »

    Ah oui.

    Je l’attendais celle-là!

    C’est bien d’un homme de dire cela quand il ne pourra jamais connaître ce qu’est la grossesse.

    …quoique c’est évident que des femmes pro-vie seront en accord avec vous.

    Cela paraît si simple de dire:

    « ben n’avortez pas. Terminez votre grossesse et donnez l’enfant en adoption. Il y a tant de gens qui ne peuvent en avoir, eux et qui ne demandent que cela! »

    Bien beau en théorie quoiqu’étant pro-choix, c’est une option avec laquelle je suis en accord en autant que la femme concernée est capable de le faire.

    D’abord nous ne sommes pas des incubateurs sur pattes pour ceux qui ne peuvent avoir d’eux mêmes des bébés monsieur!

    Pour ces gens il y a des tas d’enfants handicapés, ou plus vieux dans les orphelinats ou plutôt foyers d’accueil qui n’attendent que l’amour et les soins de bons parents. S’ils tiennent « absolument » à avoir un bébé, il y a toujours la Chine, Russie, Roumanie, Amérique du Sud, Afrique qui ont des bébés pour l’adoption internationnale et qui vivront ainsi une vie protégée dans notre pays, loin des maladies et de la famine.

    On sait bien qu’aujourd’hui la majorité des grossesses non désirées finissent en avortement ou bien la femme décide de le garder. Je serais curieuse de voir si les statistiques au Québec, s’il y en a beaucoup encore qui donne leur bébé en adoption? Comme on se tourne de plus en plus vers l’adoption internationnale, je crois que non.

    Ensuite une grossesse ce n’est certes pas une maladie mais c’est tout de même un grand bouleversement physique et hormonal.

    Mes trois grossesses ont été difficiles car j’ai vomis tous les matins jusqu’à la fin du sixième mois pour mes trois grossesses alors que le standard des nausées et vomissements est de trois mois. Certaines ont la chance de ne pas en avoir du tout. J’ai eu des sautes d’humeur qui ont laissé mon pauvre mari bien confus et impuissant parfois et aussi des maux de dos bien difficiles à supporter surtout au travail.
    Heureusement que mes accouchements ont tous trois duré moins de 7 heures, ce qui fait une privilégiée de moi vu qu’encore une fois le travail normal est entre 8 heures et 13 heures. Certaines ont moins, d’autres souffrent l’enfer pendant presque deux jours, quoiqu’aujourd’hui on aurait alors recours à la césarienne. Et là c’est tout de même une chirurgie comportant ses propres risques!

    Il y a aussi le travail. Tous les patrons ne sont pas compatissants pour leurs employées enceintes, surtout dans le domaine privé. Je ne sais même pas si elles ont droit aux mêmes normes que moi j’avais le droit dans les années 80, soit 20 semaines?
    On pouvait prendre plus mais à nos frais, et il y a le risque de perdre votre emploi.

    Si le père vous rejette et que vous vous ramassez seule pour vivre tout cela, si vos parents vous rejettent aussi, alors ça n’améliore pas votre moral qui est déjà bien attaqué par la nouvelle dévastatrice d’une grossesse non désirée.

    Lors d’une de mes grossesse je suis entrée en pré-éclampsie avec tous les problèmes qui s’en suivent, et j’ai eu la chance de bien m’en tirer mais pas une de mes amies qui a failli y rester avec une hémorragie dûe également à un placenta praevia et qui a dû recevoir deux bonnes transfusions sanguines pour la maintenir en vie. Cela c’était dans les années 90 mais ça se peut encore se produire.

    Donc, grossesse n’égale pas le nirvana tout le temps, surtout si vous ne voulez pas de ce bébé!
    Imaginez si en plus, vous êtes seule, démunie financièrement et émotionnellement, que le père vous abandonne, votre famille, que vous êtes très jeune et encore aux études…..je continue???

    Moi j’avais au moins la chance d’avoir un emploi permanent et bien syndiqué, un mari aimant qui m’aidait et me faisait le ménage et les p’tits plats quand j’étais fatiguée, une maman aimante et heureuse de devenir grand-mère, un contexte idéal quoi….

    Ensuite…si vous décidez tout de même de donner naissance et de le donner en adoption, il n’est pas dit que vous ne changerez pas d’avis en chemin ou à l’accouchement. On dirait bien même parfois que les pro-vie y comptent bien. En effet, lors de l’accouchement il y a une énorme poussée hormonale et les émotions sont au maximum et à la vue du bébé, vous pouvez décider de le garder.

    Mais est-ce que les problèmes qui vous avaient mené à l’abandon de l’enfant vont s’en aller comme par magie??
    Vous ne serez plus pauvre, dépressive, seule et abandonnée, sans travail parce que vous avez décidé de le garder?
    La vie n’est pas un conte de fée malheureusement.

    Non, supporter une grossesse tout en sachant que je dois donner l’enfant à la fin en adoption ne serait pas une option pour moi si cette grossesse était totalement non désirée.

    Je pense aussi à la vie gâchée des adolescentes, sachant également que la DPJ rapporte souvent des cas de négligences et même maltraitance de très jeunes mères qui finissent par abandonner quand même leur bébé.
    Bien sûr il y en a qui s’en sortent très bien quand même!

    Je me souviens avoir dit à ma fille (ou si mes fils mettaient leur blonde enceinte) que si elle revenait enceinte à un très jeune âge et décidait de le garder, que papa maman ne se transformeraient pas en bonne d’enfant permanente et qu’elle devrait se débrouiller comme une adulte, prendre ses responsabilités.
    Bien sûr on serait quand même là pour elle, on ne l’aurait pas abandonnée. Mais en aucun cas je ne me serais remise à élever un enfant pendant qu’elle terminait ses études.
    Parfois leur mettre sur le nez l’autre côté de la médaille va heureusement aider.
    Il faut aussi ne pas se cacher la tête dans le sable et enseigner très tôt à nos jeunes ce qu’est la responsabilisation dans les relations sexuelles et la contraception, même si on croit que « nos chers petits anges sont trop jeunes pour penser à ça, que cela ne nous arrivera pas! » car sinon on souffre de pensée magique et la réalité peut nous rattrapper bien durement!

    Définitivement, l’adoption reste bien sûr une des trois options en cas de grossesse non désirée, mais pour tous les facteurs que j’ai énumérés plus haut, ce n’est pas aussi facile comme situation et décision que vous semblez le laisser entrevoir…..

  16. Bonjour Diane,

    Quelques petits éléments de réponses à votre très bonne argumentation. D’abord, s’il y a très peu d’adoptions de petits québécois, c’est que le Québec est reconnu pour compliquer les procédures d’adoption comparé aux autres provinces canadiennes ou au États-Unis, d’où le « choix » de l’adoption internationale pour de futur parents qui n’ont pas vraiment le choix.

    Ensuite, vous avez raison de décrire les conditions difficiles d’une jeune fille enceinte, seule pour faire face à une grossesse non désirée. C’est pour cela qu’il existe au Québec de nombreux centres d’aide aux femmes enceintes en difficultés où, en plus de l’aide matérielle, qui va jusqu’à procurer un logement, il y a une aide personnelle et morale de tout instant. Et cette aide peut se poursuivre selon le besoin, après la naissance de l’enfant, pour permettre à la mère de continuer ses études par exemple, avec un service de garderie pour l’enfant.

    Donc, la situation misérable que vous présentez, il n’est pas acceptable qu’elle existe avec les ressources existantes mais peu connues au Québec. J’ai accompagné une de mes amies dans un de ces centres où elle logeait, aux frais du gouvernement.

    Enfin, pour les problèmes de santé d’une grossesse, je peux comprendre, ma femme ayant eu des douleurs qui ont duré près d’une année après la grossesse… Mais dans le cas de l’avortement aussi, il y a de nombreux témoignage de complications, de douleurs et de traumatismes post avortement qui valent bien et même dans bien des cas dépassent les douleurs de la grossesse. Bien que cela ne soit pas publicisé, il arrive même que des femmes meurent des suites d’un avortement pourtant exécuté dans les « bonnes conditions » médicales.

    Donc, dans des situations de souffrances qui se valent bien, la solution d’espérance me semble être de ne pas enlever la vie, de donner cette unique chance à cet enfant de vivre sa vie. Connaissant plusieurs enfants qui n’ont pas été désirés, une chose est certaine, si vous voulez les mettre en colère, dites leur qu’il aurait mieux valu qu’ils soient avortés…

    • Bonjour Monsieur Lafitte…

      Vous savez je respecte votre opinion qui est toujours bien claire et documentée.

      Cependant je crois fermement que de rendre l’avortement illégal comme certaines personnes le souhaitent, ne servirait justement qu’à voir réapparaître certains bouchers et là, c’est sûr qu’il y aurait plus de morts.

      Dans un monde idéal, il est sûr que ces toutes ces souffrances n’auraient pas lieu et qu’un terrain propice pour aider les femmes à décider si elles garlent leur enfant ou le font adopter, serait la bonne chose idéale et souhaitable.

      Ayant accompagnée également deux amies, l’une qui a choisit de garder son enfant et l’autre de se faire avorter, je comprend le point de vue des deux et ne juge pas.

      L’enfant non désiré de mon amie qui a voulu le garder a reçu plein d’amour et elle a eu la chance d’être supportée par sa famille(plus tard, au début ils l’ont ostracisée) et un deux ans après elle a rencontré l’homme de sa vie. Forcément son fils est heureux de vivre!

      Personnellement pour vous donner juste un exemple, je ne serais vraiment pas heureuse d’être le résultat d’un viol….?

      Une fois une femme qui travaillait avec moi et a été adoptée m’a dit:
      « serais-tu heureuse que ta mère ait décidé d’avorter »?

      Il me semble que cet argument n’est pas valide, car il est bien évident qui si je n’existait pas suite à la décision de ma mère, je n’aurais pu ressentir ni bonheur, ni douleur physique ou morale.
      Pour ce qui est des ressources mises en place pour aider les mères célibataires, heureusement qu’il y en a mais dans une société qui s’en va de plus en plus vers la droite, avec les gens qui chiâlent et tirent la couverture vers eux, une province endettée qui vit au-dessus de ses moyens….pas sûr que ça va durer!

      Aurons-nous encore longtemps les moyens pour endetter nos jeunes? pour subventionner les garderies? Pour les retraités? les gens âgés dans les foyers qui sont plus ou moins malmenés ces temps-ci, faute de personnel?
      Tout cela a un prix….

      Déjà qu’on veut hausser l’âge de la retraite à 67 ans….

      Mais pour en revenir à l’adoption, je ne serais jamais capable de passer toute une grossesse et d’ensuite accoucher et le donner. Mais c’est mon opinion et sentiment personnel.

      C’est vrai que le Québec complique les lois de l’adoption mais encore une fois, j’aimerais voir les statistiques d’enfants en bonne santé qui sont nés et ont été donnés en adoption?

      ET je répète que les enfants comme ceux dépendants nés de femmes droguées qui les ont abandonnés, tout comme les handicapés physiques et mentaux sont en bon nombre en attente de parents. Ils ont besoin d’amour aussi, même les enfants qui ne sont plus bébés.

      Pour moi une femme aura toujours le dernier mot sur son corps et je crois que le meilleur moyen de lutter contre l’avortement est encore l’éducation pour nos jeunes et moins jeunes à prendre leur responsabilité. Si l’on consent à des relations sexuelles il faut être assez matures, garçon ou fille, pour utiliser une contraception adéquate et encourager le dialogue à savoir ce que l’on fait si un « accident » arrive?

      Lorsque j’étais enceinte je n’ai jamais été aussi épanouie malgré mes problèmes mais il faut dire que j’ai voulu mes trois enfants tout autant que mon mari.
      Il a été formidable tout le long de ma grossesse à mes côtés, tout comme ma mère, ma famille et le contexte favorable dans lequel j’étais.

      Mais je n’oserais jamais juger une femme qui vit cela comme un malheur et qui a une très dure décision ;à prendre.

      Comme je suis pro choix cela ne signifie pas juste pour l’avortement, mais je supporterais également qu’elle décide de poursuivre sa grossesse, de garder le bébé ou bien de le faire adopter.

      Je sais juste que moi je ne le pourrais pas.

      • Bonjour Diane, encore une fois, vous avez de très bons arguments, mais je me permettrai de nouveau d’en discuter quelques uns.

        Vous dites: « Dans un monde idéal, il est sûr que ces toutes ces souffrances n’auraient pas lieu et qu’un terrain propice pour aider les femmes à décider si elles garlent leur enfant ou le font adopter, serait la bonne chose idéale et souhaitable. »

        Je suis parfaitement d’accord avec vous. Je fais de mon mieux pour construire ce monde idéal et je crois que dans les pays occidentaux, bien que cela ne soit pas connu, les « terrains propices pour aider les femmes à décider si elles gardent leur enfant ou le font adopter » existent. Au Québec, il y a des dizaines de centres d’aides aux femmes enceintes en difficultés, certains subventionnés, d’autres pas, comptant également sur de nombreux bénévoles pour assurer soutien, présence, aide matérielle et psychologique pour passer à travers les moments d’angoisses que comporte une grossesse et les premières années du bambin. Je travaille à faire connaître cette solution et à la répandre pour qu’elle soit aussi proposée dans les pays en développement.`

        Vous avez raison de dire que si nous avions été avorté, nous ne pourrions sentir ni bonheur, ni souffrance, mais par contre, les enfants non désirés, lorsqu’on leur pose la question préfère qu’on leur ait laissé la chance de vivre plutôt que de les avoir éliminé au départ… La résilience permet de surmonter des départs difficiles… Je ne serais moi non plus pas heureux d’être le produit d’un viol, mais je préfère vivre, connaître la vie plutôt que d’avoir été éliminé pour cette raison…

        Vous craigniez que les ressources actuelles pour les femmes enceintes en difficultés disparaissent, mais plusieurs de ces centres fonctionnent sans aucune subvention, uniquement avec les dons de particuliers ou de fondation.

        Donc les ressources sont là et elles sont là pour longtemps.

        Pour ce qui est de l’adoption, vous citez le cas d’enfants handicapés physiques et mentaux ou dépendants. Dans tous ces cas, je crois qu’il vaut mieux aider de son mieux que de tuer.

        La grande distinction entre nos façons de voir la situation est celle là: le statut de l’enfant à naître. Pour vous, il ne semble pas encore être un être humain à part entière, donc vous préconiser de l’éliminer avant qu’il ne souffre de différentes situations. Mais pour la science, il y a des données qui ne trompent pas. Les néonatalogues s’interrogent sur la capacité de l’enfant à naître de ressentir la douleur et ce, dès la 16e semaine de grossesse, alors qu’à la 20e semaine, cela est déjà prouvé… Comment peut-on avoir le dernier mot sur un autre être humain souffrant? Lorsqu’une femme est enceinte, il y a bel et bien deux personnes en jeux. Et le fait que l’une des personnes soit dépendante de l’autre n’enlève rien à son humanité, sinon, toutes les personnes de passage à l’hôpital perdraient de ce fait leur humanité. Le principe du chasseur s’applique. Dans le cas de doute sur des fourrés qui bougent, on ne tire pas avant de s’être assuré qu’il ne s’agit pas d’un être humain… De même pour l’enfant à naître… Il devrait être respecté, même si dans sa petitesse, nous n’arrivons pas toujours à voir les traits de son humanité. Mais nous savons que son ADN de 46 chromosomes en fait une personne unique au monde, en développement constant, sans aucune rupture, de sa conception à sa mort naturelle. Vous êtes le même être que cette première cellule de 46 chromosomes initiale, se développant par elle-même selon votre code génétique unique au monde.

        Enfin, je crois que « si l’on consent à des relations sexuelles il faut être assez matures, garçon ou fille », commes vous le dites, pour attendre la personne avec laquelle nous aimerions passer notre vie et avoir des enfants, parce que 75%, cela varie un peu d’un pays à l’autre, des avortements, sont faits alors même qu’un moyen contraceptif avait été utilisé… L’avortement n’est alors que le moyen contraceptif réparant l’échec d’une contraception fautive.

        • Bonjour Monsieur Lafitte….

          Eh bien vous avez également des arguments convaincants.

          Cependant mon idée est déjà faite en tant que femme qui est de par le choix de dame nature – qui est injuste parfois! – le seul sexe portant un enfant, donc je crois que si l’homme a son mot à dire bien sûr, il n’est quand même pas celui qui a ce dernier mot qui revient à la femme. 🙂

          Jeune, je n’aurais pas aimée être confrontée à une grossesse non désirée. Je crois que j’aurais choisi l’avortement dans deux cas seulement, soit un viol ou la certitude d’avoir un enfant lourdement handicapé.

          Car nous avons tous nos limites et elles doivent être respectées.

          Encore une fois ce que je constate est que certaines personnes voient la situation cliniquement et froidement lorsqu’ils affirment:

          « Elle n’a qu’à subir sa grossesse et accoucher et le donner en adoption! », ne voyant pas toutes les étapes stressantes, le poids de la grossesse pas toujours facile, le problème des études, du travail, de l’argent, et les douleurs de l’accouchement, son traumatisme et ensuite devoir le donner.

          Je pense que seulement les femmes peuvent comprendre, désolé de devoir vous dire cela quoique ne vous ne connaissant pas, je ne peux juger de votre compassion.

          Au moins vos écrits sont respectueux tout comme ceux de Jocelyn Girard et de bien des personnes ici avec qui il est FACILE de discuter, parce que dans certains forums sur le sujet, on se fait harceler et crier bien des mots haineux!

          Je ne sais pas si j’ai parlé de cette amie que j’ai accompagné autrefois lorsqu’elle a choisi l’avortement?

          Cela se passait il y a bien des années et cette amie était mariée et heureuse, du moins le croyait-elle. Au bout de cinq ans de mariage son mari ne voulait toujours pas d’enfant et elle a respecté son souhait, ne pouvant faire autrement.
          Un beau jour il lui a été révélé que le monsieur avait une maîtresse depuis un bon moment et que cette femme était enceinte, et presqu’en même temps mon amie découvre qu’elle l’est également car elle avait été malade et la médication de sa pilule contraceptive s’en était retrouvée perturbée.

          Évidemment il y a eu des retensissements épouvantables, je vous laisse deviner tous les bouleversements et les sentiments de tristesse et de trahison par lesquels mon amie est passée. Le monsieur est parti vivre avec sa blonde enceinte et il était alors très enthousiaste de refaire sa vie et de devenir père.

          Mon amie a réfléchi puis décidé de ne rien lui dire et d’avorter plutôt que de faire front à un long procès en poursuite à cause du divorce. Elle ne voulait plus rien savoir de lui et ne voulait surtout pas de son argent pour la garde de l’enfant alors elle a choisi une interruption de grossesse, étant déjà elle-même dans un état de détresse suite au traumatisme de qui lui arrivait, incapable de faire rien d’autre que de se ramasser elle-même à la petite cuillère.

          Comme dans le temps j’étais plutôt provie je n’ai SURTOUT pas voulu interférer dans sa décision, me disant que l’objectivité et mon support inconditionnel était la meilleure solution.
          Croyez-vous vraiment qu’elle se serait sentie ouverte à l’idée de l’adoption????

          Je peux vous affirmer que non, pas dans l’état où elle se trouvait.

          Elle a eu la chance d’avoir un bon support du CLSC et l’aide d’une bonne psychologue et de sa famille et amies et elle a aujourd’hui refait sa vie.

          Tout cela pour dire que parfois, la réalité de chaque cas peut prendre le pas sur l’idéal que l’on aimerait voir régner dans notre société.

          Parfois c’est une question de survie que de devoir éliminer une vie potentielle à cause de tous les impacts traumatisants d’une grossesse non désirée.

          À voir aussi tous ces enfants adoptés qui recherchent leurs parents biologiques et peuvent être déçus parfois quand ils les rencontrent enfin – si ceux ci veulent bien les rencontrer! – alors je me dis qu’il y a de la souffrance également de se demander pourquoi ma mère m’a rejeté??

          Et puis que dirais-je à un enfant qui serait le produit du viol? J’aurais de la peine à lui dire que son père m’a meurtri, prise de force et traumatisé à vie et de voir à moitié dans ses traits ceux de mon agresseur. Le viol n’est pas un acte d’amour mais de haine.

          Et puis je serais méfiante des`50% de gènes venant d’un violeur…???

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