Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Les voiles de l'Islam

Je suis allé à la messe dans un monastère mixte ce dimanche. D’un côté les hommes, de l’autre les femmes, dignes moniales, avec leur costume caractéristique et surtout leur voile blanc recouvrant bien leurs cheveux. Je n’ai pu m’empêcher de faire un lien avec les femmes voilées qu’on voit de plus en plus dans nos lieux publics. Les moniales ne sortent pas beaucoup, mais lorsqu’elles le font, elles ne quittent jamais leur costume ni leur voile. C’est ainsi. Elles ont fait voeu d’appartenance à une communauté religieuse et ce voeu implique notamment le port d’un costume spécifique. Ce n’est pas tant leur religion que l’appartenance au groupe religieux spécifique qui conduit au port de cette robe particulière et de ce voile.

De la modestie en toutes choses…

Les religions prônent généralement une certaine modestie vestimentaire. Celle-ci fait cependant partie d’un ensemble d’attitudes qui sont demandées au croyant. La modestie est cette attitude générale qui s’oppose à l’orgueil. Le croyant ou la croyante, dans sa relation à l’Être suprême, se reconnaît dans un statut de créature et en dépendance à son créateur, c’est-à-dire en besoin permanent d’être « relevée » par Dieu plutôt que de s’y élever soi-même. L’humilité est la vertu qui découle de cette attitude. Elle n’est que rarement parfaite, plutôt constamment recherchée.

Derrière la modestie vestimentaire qui est souhaitée, c’est l’importance du respect du corps dont il est question. Le corps est précieux, selon les religions. Il est le soi médiatisé dans le monde. Il est l’expression de la personnalité et de son intériorité. Une certaine pudeur est toujours appréciée, car elle est invitation à la rencontre, au-delà de la réserve naturelle de la personne. Certaines traditions, religieuses ou non, vont codifier la modestie vestimentaire en lui imposant des formes précises. C’est le cas des moniales dont je parlais: le vêtement fait partie de l’engagement. Dans le Québec du milieu du XXe siècle, les femmes portaient généralement un foulard (je me rappelle qu’on l’appelait le « fichu ») ou un chapeau dès qu’elles sortaient de la maison, en particulier si elles allaient à l’église où c’était même être un affront d’y entrer la tête non couverte. Pour les hommes, au contraire, il fallait se décoiffer en présence des femmes de même qu’à l’église. Nous avons perdu ces coutumes, mais il est important de s’en rappeler parfois, car elles avaient l’importance de règles admises dont la transgression pouvait offenser les autres.

Ce ne sont pas toutes les femmes arabes qui portent le voile, toutes les femmes musulmanes non plus. On trouve des femmes arabes voilées sans qu’elles ne soient pratiquantes de leur religion. Il y a aussi des femmes chrétiennes et arabes qui sont voilées ! Il se trouve donc que des femmes portent le voile. Dans certains cas, il se peut que ce soit une forme de soumission à l’autorité d’un groupe ou d’un mari. Mais dans la plupart des cas — interrogez ces femmes et vous verrez ! — le voile est un choix librement consenti pour refléter cette attitude générale de modestie. Il n’est pas certain que ce tissu particulier soit prescrit comme tel. À voir la différence des voiles (voir l’image ci-haut), on peut comprendre qu’il n’y a pas d’unanimité sur la manière, mais plutôt sur le fond.

Ces femmes, chez nous

Les femmes voilées souhaitent généralement qu’on respecte leur choix. Pour certaines femmes d’ici, qui ont lutté et obtenu à l’arraché qu’on les respecte dans leurs choix vestimentaires individuels, le voile prend une dimension symbolique renvoyant à une certaine oppression des femmes dont elles se sont émancipées. Le retour du voile peut paraître comme un retour au passé, à la soumission… Il est fort probable qu’une certaine proportion des femmes voilées aimeraient se libérer de ce symbole. Nous n’avons qu’à penser à l’affaire Shafia où les témoignages montrent avec éloquence à quel point ces quatre femmes assassinées l’ont été pour affront aux coutumes propres à cette famille de tradition afghane qui portaient notamment sur la modestie vestimentaire mais plus encore sur la soumission des femmes à une autorité ici concentrée dans les personnes du père et du fils aîné.

Malheureusement, cette forme d’abus tourné contre les femmes masque le vrai désir individuel de ces autres femmes qui choisissent paradoxalement d’afficher leur modestie en portant le voile. Comme société, nous avons à respecter le droit des individus de se vêtir comme ils l’entendent, tant qu’ils se vêtissent ! Le fait d’appartenir à une tradition religieuse est également un choix libre. Si, avec ce choix, un mode vestimentaire précis prend figure d’obligation, l’adhésion individuelle libre demeure un critère essentiel en tout temps. Il ne nous revient pas de juger du symbole et de ce qu’il représente, tant et aussi longtemps que cette femme, en face de moi ou qui passe près de moi, a toujours la possibilité de modifier son choix et de se « dévêtir » tant du symbole que de sa religion.

Il reste bien sûr, les questions plus pratiques. Le niqab et la burqa ne permettent pas de voir le visage. Le visage est le véhicule des émotions qui font partie de la communication. En ce qui me concerne, même si je suis toujours mal à l’aise devant une femme intégralement cachée, tant que je n’ai pas de relation directe avec elle, je n’ai pas à m’en soucier. À partir du moment où il faut communiquer, avec un médecin, un juge, un fonctionnaire ou simplement un ami, il me semble que la modestie devrait également commander une certaine confiance manifestée par le visage découvert…

Quant aux femmes qui occupent une fonction dans les écoles, les services publics, les entreprises, les commerces, etc. Cette règle du visage découvert me suffit pour accepter le vêtement et le voile. Une enseignante, par exemple, adhère à un ensemble de valeurs, souvent à une spiritualité, parfois à une religion qui contribuent à faire d’elle ce qu’elle est comme personne et qui se manifestent dans sa manière de se comporter. Qu’elle porte ou non un costume, qu’il ait ou non une connotation religieuse ne change rien de ce qu’elle est, mais ne fait que rendre une part de son identité plus visible. Pour moi, cela n’est que communication, non pas révolution !

J’ai pris l’exemple du voile pour illustrer mon propos, car il est le plus largement commenté. Je pense que ma position va dans le sens d’une laïcité de reconnaissance qui peut s’appliquer à toute manifestation visible du religieux dans la dimension vestimentaire. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Voici les quatre autres billets sur le même thème:

Pour une laïcité bien de chez nous (1)

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

6 réflexions sur “Pour une laïcité bien de chez nous (3)

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