Pour une laïcité bien de chez nous (1)

Au Québec — c’est déjà le cas dans la région de Montréal — nous devenons graduellement et irrémédiablement une société pluri-culturelle. Même si le Québec n’a jamais été parfaitement homogène, comme on a tendance à le croire en se remémorant le temps de la grandeur de l’Église catholique, la diversité qui s’installe résolument avec l’immigration devient de plus en plus visible. Le Québec prend désormais le visage de la diversité culturelle et religieuse, à l’instar de la plupart des États occidentaux.

Livre de J. Grand'maisonCette arrivée de communautés ethniques d’horizons religieux et culturels variés a suscité son lot de questionnements et de réactions. La Commission Taylor-Bouchard sur les accommodements raisonnables a permis d’en refléter une large part. Des penseurs ont pris le relais pour apporter leur contribution au débat. Par exemple, Jacques Grand’maison, à 80 ans, prêtre catholique, théologien, sociologue et militant de toujours pour la justice, a publié l’an dernier Société laïque et christianisme dans lequel il réaffirme son appartenance profonde à l’humanité dans ce qu’elle a de plus universelle, mais également à la foi chrétienne comme véhicule remarquable d’humanisation . Dans une entrevue, il déclare que « c’est dans les pays de souche chrétienne que la laïcité est née et s’est développée; il y a donc une certaine accointance ». Et il ajoute: « On rappelle aussi aux esprits laïques qu’ils doivent beaucoup au christianisme, dont les valeurs ont été laïcisées. »

De son côté, Guy Durand, théologien et juriste, spécialisé en éthique, a publié récemment La Culture religieuse n’est pas la foi. Identité du Québec et laïcité. L’auteur démontre que les origines chrétiennes du Québec sont vitales pour la reconnaissance de son identité propre et pour son avenir. Plus fort encore, il écrit que « Les valeurs chrétiennes sont nécessaires à la vie. » Sans aller aussi loin, le sociologue et blogueur Mathieu Bock-Côté ne veut rien de moins que

réconcilier les grandes sources de notre identité. Réconcilier le Québec moderne, et notamment son indispensable laïcité, avec le Québec de nos ancêtres, qui allait à l’Église. Catholiques ? Nous l’étions, nous le sommes moins. Laïcs ? Nous le sommes, mais nous ne sommes pas que cela. (Source)

Livre de Guy Durand

Plusieurs souhaiteraient que notre laïcité soit désormais à l’abri de toute influence religieuse, reléguée exclusivement dans la sphère du privé, et que l’État se réduise à une neutralité complète envers toute religion en ne permettant à aucune d’elle de se manifester dans l’espace public. Or, le christianisme dont le Québec fut largement tributaire, a pour fondement la vie et la mort violente d’un prophète galiléen qui a notamment exercé une vraie critique anti-religieuse. Jésus a en quelque sorte invité à désacraliser les institutions religieuses par sa critique à l’endroit des chefs religieux de son époque, critique qui a été maintes fois reprise dans l’histoire par des « saints » contre les similarités de ce type de pouvoir religieux que l’Église catholique a tendance à reproduire. Au XXe siècle, les « révisions de vie » à partir de la Bible ont inspiré de nombreux chrétiens engagés dans l’Action catholique, tout en demeurant enracinés dans leur foi, à contribuer positivement à la sécularisation de la société québécoise et à l’inscription des valeurs chrétiennes dans l’identité historique des Québécois.

Il est vrai également qu’on trouve des croyants qui résistent et qui ne peuvent admettre de voir s’effriter la mainmise de leur Église sans craindre que soient détournées ou affadies les valeurs dont elle se faisait la grande promotrice. Les valeurs sans le véhicule qui les a engendrées deviendraient vaines. La société se laisserait alors entraîner invariablement dans la déchéance et le mal. À l’intention de ces religieux-intégristes, un certain Guy Paiement, jésuite très engagé, disait ceci peu de temps avant de décéder :

Nous ne sommes plus dans un monde régi par la religion. Nous sommes dans la longue marche de l’humanité qui cherche à aller au bout d’elle-même. L’essentiel n’est plus, pour l’Église, de sauver un imaginaire religieux. Il est d’apprendre à lire les signes que nous fait le Souffle de Jésus-Christ dans notre histoire et de chercher comment y répondre. (Source)

Une laïcité qui nous ressemble

Est-ce la peur, comme le pense Renart Léveillé, qui fait que les croyants défendent leur attachement à la mention d’origine des valeurs fondamentales de la société québécoise ? Possible, pour certains. Pour d’autres, c’est une question de ne pas séparer notre identité comme peuple, de ce qui en a été l’origine et l’essence. Pour que ces valeurs ne disparaissent pas au profit d’autres qui vont parfois jusqu’à sacraliser l’individu et l’économie, il faut préserver le domaine du spirituel, car c’est de cet espace « sacré » en nous que nous viennent les valeurs les plus fondamentales comme l’amour, la compassion, la solidarité, l’égalité, l’espérance envers et contre tout. Et généralement, au travers de ses misères, le christianisme parvient encore à convier ses adhérents à se mettre en marche dans la quête de sens et la recherche spirituelle.

Pour que la laïcité « à la québécoise » nous ressemble, elle doit, d’une certaine manière, se réconcilier avec son passé, faire le ménage dans ce que l’Église catholique a véhiculé de douloureux et d’asservissant pour en retenir ce qui a été lumineux et qui fait encore la fierté du peuple que nous sommes : ce tissu de solidarité sociale qui nous rend si différents du reste du continent, cette hospitalité qui nous honore, cette vision du corps qui ne permet pas d’en faire un objet qu’un autre peut s’approprier, cette égalité fondamentale entre humains, cette reconnaissance des droits des individus et des minorités, etc.

Pour que le Québec développe sa laïcité, il devrait donc faire comme tout être humain: reconnaître que tout n’était pas parfait de la part de ses parents, mais que l’amour était là le plus souvent, malgré tout, et que ce que nous sommes aujourd’hui, nous leur devons en grande partie. Il y a une forme de parentalité entre l’Église dans son rapport à la société d’antan et les valeurs qui nous restent aujourd’hui. Le reconnaître, comme la personne reconnaît le donné biologique et familial, est déjà un pas vers la maturité et l’autonomie.

Une laïcité qui nous rassemble

La laïcité « pure » comme en rêvent plus d’un, qui ne ferait plus de place au religieux, qu’il soit catholique ou autre, ne peut pas être une solution pour le Québec. Je me permets de citer encore J. Grand’maison:

La laïcité a ses limites. Il y a des ancrages historiques, des visions du monde qui débordent de la simple citoyenneté. La laïcité a besoin d’une éthique à elle. Ce n’est pas tout de critiquer la morale d’hier, il faut qu’elle se donne une profondeur spirituelle. À la fin de ma vie, ce qui me turlupine, c’est que j’ai connu la confessionnalité mur à mur. Est-ce que je vais connaître la même chose avec la laïcité? Il m’arrive de penser qu’il y a des éléments dans le discours laïque qui me rappellent ce qu’il y a de plus détestable dans mon héritage religieux. […] «Si tu n’acceptes pas que les groupes religieux interviennent dans le débat social, tu paves le chemin de l’intégrisme. Et le discours laïciste devient abstrait.» (Source)

Quand il ne serait plus qu’abstraction, le discours laïciste perdrait de sa pertinence. Quand il exclurait toute prise de parole de groupes religieux, il s’exposerait irrémédiablement aux revendications et tout ce qu’elles génèrent d’instabilité et de tensions. À l’occasion d’un discours adressé aux Brésiliens, mais qui s’applique totalement ici, Benoît XVI va dans le même sens.

Une « saine laïcité » ne doit pas considérer la religion comme un simple sentiment individuel à reléguer dans la sphère privée, mais comme une réalité à laquelle reconnaître une dimension communautaire et publique. (Source)

La laïcité que nous allons construire pour le Québec pourrait devenir exemplaire, en reconnaissant notamment la part de religieux qui se perpétue comme une quête intérieure en chacun des êtres humains. Cette quête, loin de se limiter à des manifestations extérieures ou de surface, comme peut parfois le donner à penser le programme Éthique et Culture religieuse (ECR) offert à tous nos élèves du primaire et du secondaire, conduit l’humain à se dépasser lui-même et à atteindre une stature qui le rend fécond et solidaire des autres et de l’univers tout entier.

Notre laïcité devrait donc se réjouir du fait religieux plutôt que de simplement le tolérer en l’accommodant minimalement. Elle devrait créer des espaces de parole pour les groupes religieux sur les débats de société, cadrant ainsi ces prises de paroles publiques en leur prêtant voix au sein même de l’espace démocratique. Les religions, lorsqu’elles n’ont pas à revendiquer leur place ou à se défendre contre des groupes hostiles, ont toujours contribué à la cohésion sociale là où elles sont implantées. Leur participation ne serait-elle pas une façon positive de les rendre partenaires de notre projet « laïque » de société?

Notre laïcité peut-elle être source de ralliement collectif au lieu de nous diviser davantage ? Ce billet est le premier d’une série que je désire publier. Je tenterai d’approfondir mon souhait d’une laïcité unificatrice en apportant quelques exemples et d’autres réflexions. Vous êtes invités à revenir de temps en temps et à entrer en dialogue avec moi sur ces questions vitales pour notre avenir.

Voici les quatre autres billets sur le même thème:

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

42 réflexions sur “Pour une laïcité bien de chez nous (1)

  1. corine dit :

    ah oui je suis d’accord avec toi Jocelyn notre laïcité devrait se réjouir du fait religieux. Et pas qu’au Québec, ici, en France aussi.Et je suis d’accord pour des espaces de discussion et d’échanges, c’est d’ailleurs cela le vrai sens de la laïcité pour moi.Mais j’ai l’impression que des espaces de parole quels qu’ils soient font peur: peur de la parole de l’autre, volonté d’uniformiser une pensée, reléguer le fondement de nos sociétés judéo-chrétiennes au passé, avoir peur des mouvances, des autres religions aussi…je crois aussi qu’il ne faut pas tout attendre des états car au quotidien, dans nos vies, villes et villages, je trouve souvent que les échanges peuvent se faire et existent, c’est peut-être d’ici qu’il faut insuffler un vent contraire, un vent porteur de dialogue.
    Et belle fête de Toussaint…à ce propos tous les espaces verts de ma ville sont fleuris de chrysanthèmes par la municipalité jusqu’aux abords de nos églises comme autant de boules de soleil offertes à tous nos morts, ou… prières à tous nos Saints…
    à bientôt!

  2. M Girard

    Il sera toujours très difficile de discuter entre athées et croyants car au niveau des prémisses, nous ne nous entendons pas.

    Vous vendez l’idée que nous devons beaucoup à la religion catholique, j’ai des grosses réserves…

    En tant qu’athée, je peux concevoir l’idée que l’identité d’une nation puisse se définir sans la religion, enfin, pour débattre librement, il faudrait ne pas partir la discussion avec un biais si favorable…

    Je sais, vous trouverai que je suis moi aussi biaisée, je viens en plus de ressasser un papier de Bricmont chez Jeanne qui parle du lien entre la science et la religion.

    Au final pourtant, je pense que nos visions de la société laïque pourraient concorder même si nos vues sur la religion diffèrent diamétralement. Mon problème, c’est que vos prémisses figées me dérangent…

    Je lis aussi ces autres biais dans votre texte, vous citez dans les excès des groupuscules athées qui veulent laver plus blanc que blanc et je suis d’accord avec vous mais vous ne citez pas les excès des religieux qui énervent aussi en société. Vous ne citez aussi que des références qui disent comme vous.

    Pour ces raisons, je ne sens pas une grande ouverture ici au sujet de ce débat Ô combien important pour notre futur comme vous le dites.

    Je crois que si on veut débattre vraiment entre croyants et athées, il faut accepter en partant que nos divergences sont profondes et irréconciliables, cela n’empêche aucunement de philosopher sur le reste des choses, à savoir, vers où on veut aller en tant que société…

    • Bonjour Koval,
      Vous avez raison, nos prémisses ne sont pas les mêmes et pourtant elles peuvent être justes de chaque côté où nous nous trouvons… En fait, nous ne pouvons pas véritablement savoir ce que nous serions devenus comme société si nous n’avions pas été « soumis » à l’influence du christianisme catholique comme nous l’avons été, dans un cadre doublement enfermant qui était à la fois celui d’une nation colonisée étouffée dans une mer anglo-saxonne et d’une religion qui s’est fait un devoir de nous prendre en charge, nous éduquer et organiser les différents services dont les soins de santé et l’éducation. Ceci dit, je serais intéressé à lire un sociologue ou un anthropologue raconter comment des sociétés semblables à la nôtre ont pu arriver à un ensemble de valeurs équivalentes sans l’apport des grandes traditions religieuses. J’y ai réfléchi et je n’en ai pas trouvée, pas encore, alors aidez-moi!

      Je fais une parenthèse pour vous inviter à relire la dernière citation de Jacques Grand’maison, qui dit bien qu’il en a eu marre de la confessionnalité mur à mur et qu’il ne voudrait pas revivre cela avec la laïcité… C’est, à mon sens, un pas dans la direction que vous souhaitez, c’est-à-dire la reconnaissance de certains excès religieux…

      Comme vous, je suis convaincu qu’au coeur de l’humain, nous trouvons des valeurs positives de solidarité et d’entraide; d’accueil et de tolérance; d’égalité et de partage des tâches; de souci des démunis et des plus faibles; de dépassement de soi… La religion catholique n’a peut-être fait que les mettre en valeur, mais elle l’a fait effectivement, tout cela à travers ses autres réalisations plus ou moins réussies et aussi ses erreurs notoires.

      Maintenant, si nous ne pouvons pas nous entendre parfaitement sur les prémisses, alors concentrons-nous sur le projet à construire ensemble. Reconnaissons qu’un grand nombre de nos concitoyens accordent du crédit à leurs institutions religieuses et veulent qu’elles soient entendues également. « Cadrer » leur place ne revient surtout pas à leur donner toute la place ni pas de place du tout. J’aspire à cette forme de laïcité où tant les athées que les agnostiques et les croyants de diverses allégeances puissent défendre leurs points de vue sans avoir à se déshabiller de ce qu’ils considèrent être totalement intégré à leur personne. On ne peut pas trouver un unique dénominateur commun. La religion ne s’extirpe pas de l’être croyant. Voilà pourquoi je pense qu’il faut ouvrir la porte à leur participation dans un espace public positivement engagé.

  3. luc dit :

    C’est la première fois que je vois cette question de cet angle là.
    J’ai encore certaines difficultés, mais ce texte m’aide dans ma réflexion sur ce sujet.

  4. @ Jocelyn Girard

    «Ceci dit, je serais intéressé à lire un sociologue ou un anthropologue raconter comment des sociétés semblables à la nôtre ont pu arriver à un ensemble de valeurs équivalentes sans l’apport des grandes traditions religieuses.»

    Y a-t-il des sociétés «semblables à la nôtre» qui n’ont pas de «grandes traditions religieuses» ?

    S’il n’y en a pas, on ne peut pas répondre à votre question…

  5. « J’y ai réfléchi et je n’en ai pas trouvée, pas encore, alors aidez-moi! »

    Ce n’est pas parce que quelque chose n’a jamais existé qu’on peut extrapoler que cela n’existera jamais..

    La question est: « Peut-on imaginer une société qui ne base pas ses valeurs sur la religion? » Personnellement je trouve cela très facile à imaginer!

    Il y a 1000 ans, on aurait posé la question suivante: « Peut-on penser à une société non patriarcale? » Il y aurait un un fou rire général!!!

    • @Darwin
      C’est ce que j’essaie de démontrer, qu’on ne peut pas répondre à cette question. Alors laissons-là en plan.
      @Koval
      J’en suis venu à cette réflexion parce que vous dites avoir de grosses réserves quant à l’influence du christianisme sur les valeurs actuelles du Québec. Moi, je n’ai pas ces réserves puisque je vois que dans le christianisme nous trouvons ces valeurs. Il est plus que probable qu’il ait donc contribué à ce qu’elles soient vivantes dans notre culture.
      Trouvez 100 personnes complètement athées qui veulent fonder un village sans aucune référence religieuse, isolez-les et voyons ce que ça donnera. Ce serait une expérience intéressante à tenter. Je ne serais pas surpris de voir poindre un sentiment religieux (premier niveau de la spiritualité) à un moment ou l’autre de l’expérience et chez plus d’un participant. Ou non. Et alors, qu’aurons-nous prouvé? Qu’une société peut en venir à se déterminer sans référence à la religion? Je suis en mesure de l’imaginer moi aussi.
      Mais nous sommes dans le pur hypothétique. Nous ne pouvons pas le savoir, alors à quoi bon tenter d’avoir raison? Nous n’avons pas besoin d’être d’accord sur les prémisses, comme je l’ai déjà écrit, il suffit de nous mettre d’accord sur le projet de société. Moi, j’ai envie de le bâtir avec vous et avec d’autres, de vous prendre tel que vous êtes et qu’on me prenne tel que je suis, avec tout, ce qui inclut mes croyances… et les vôtres!

  6. @ Jocelyn Girard

    «Moi, j’ai envie de le bâtir avec vous et avec d’autres, de vous prendre tel que vous êtes et qu’on me prenne tel que je suis, avec tout, ce qui inclut mes croyances… et les vôtres!»

    Bravo, on se rejoint là-dessus. Inutile de tenter de prouver qu’elle est la posture, religieuse, agonstique ou athée, la plus propice.

  7. « J’en suis venu à cette réflexion parce que vous dites avoir de grosses réserves quant à l’influence du christianisme sur les valeurs actuelles du Québec. »

    Hummm, ce n’est pas tout à fait ce que j’ai dit, je me cite:

    « Vous vendez l’idée que nous devons beaucoup à la religion catholique, j’ai des grosses réserves… »

    Je faisais référence à cette analogie que vous avez faite:

    « Pour que le Québec développe sa laïcité, il devrait donc faire comme tout être humain: reconnaître que tout n’était pas parfait de la part de ses parents, mais que l’amour était là le plus souvent, malgré tout, et que ce que nous sommes aujourd’hui, nous leur devons en grande partie. »

    En fait, oui je suis d’accord pour dire dire que l’influence du christianisme est énorme mais que je leur doit beaucoup…bof…..

    • Le sentiment de « devoir à quelqu’un ou à un groupe religieux » ne commande pas une adhésion personnelle universelle… C’est une affaire de choix individuel et d’histoire intime.

      Mon point est plutôt qu’il s’agit d’une prémisse collective. Le Québec est marqué par la présence et l’influence du catholicisme ultramontain, anti-moderniste et puritain (ça c’est pour le côté « ombre ») et par de grandes réalisations sociales en matière d’éducation et de santé, de même que de cohésion sociale qui a notamment permis aux Canadiens-Français devenus Québécois de garder leur langue et leur culture envers et contre tout. Collectivement, notre société peut reconnaître cela, simplement. Ce faisant, cela nous entraîne alors dans la direction des auteurs que je cite dans ce billet dont le « jeune » Bock-Côté qui fait partie de cette génération qui est sans doute moins encarcanée par les torts et le passif de l’Église. Cette génération aura besoin de retrouver ses origines, comme une orpheline adoptée (je suis assez expert dans ce domaine) veut connaître ses parents biologiques. Ce travail collectif est en voie de s’étendre, car la crise des accommodements raisonnables a provoqué un réveil du Canadien-Français endormi au fond de la cabane du Québécois ouvert et tolérant qui ne sait plus d’où il vient. C’est en cela que le cours ECR sera insuffisant pour répondre à ces attentes, car il nivelle toutes les religions représentées au Québec en surface.

  8. « Bravo, on se rejoint là-dessus. Inutile de tenter de prouver qu’elle est la posture, religieuse, agonstique ou athée, la plus propice. »

    Ben voilà! N’essayons pas de faire valoir nos positions! Parlons du modèle que nous désirons!

  9. D’accord, allons-y alors!

    Dans votre lien sur Radio-Vatican, le pape dit ceci:

    Et notamment de sa croissance morale et éthique. D’où l’importance de l’Éducation, un secteur dans lequel l’Église est très impliquée et où son engagement est reconnu et apprécié. Pour le Pape, l’instruction ne se réduit pas à la simple transmission du savoir. Elle doit embrasser tous les aspects de la personne et notamment sa dimension spirituelle. Voilà pourquoi Benoît XVI a une fois encore insisté sur l’importance de l’enseignement religieux dans les écoles publiques. Il ne s’agit pas d’imposer un credo religieux déterminé, mais de reconnaitre la religion comme une valeur nécessaire à la formation intégrale de la personne. Cet enseignement ne doit donc pas être réduit à de la sociologie des religions. Pour terminer, Benoît XVI a assuré les autorités brésiliennes de l’engagement de l’Église à leurs côtés dans la lutte contre la faim et la misère.

    Est-ce que les croyants modérés veulent que le religieux soit plus présent au Québec dans l’enseignement? Et si oui, jusqu’à quel point?

    • Je n’ai pas beaucoup réfléchi à cette orientation et je me suis tenu assez loin des revendications des groupes catholiques opposés au cours ECR. Je vais tenter une réponse. Si vous vous rappelez les propositions du cardinal Ouellet pour le Québec (oubliez pour un instant l’allergie que ce nom vous inspire!), je vous répondrais que l’Église souhaite que l’enseignement « sur » la religion (sociologie) soit plutôt un enseignement qui admet le témoignage personnel de foi comme valeur mettant en oeuvre des énergies positives au service de la personne et de son environnement. Bref, un enseignement « intra-religieux » respectueux des autres religions plutôt que « supra-religieux » qui relativise toutes les religions. En fait, si déjà on reconnaissait que les enfants et les adolescents qui assistent à un cours d’éthique et de culture religieuse font eux-mêmes partie d’une famille ou d’un groupe appartenant à des communautés plus larges, et qu’ils peuvent au choix approfondir ces éléments de croyance plutôt que de surfer sur toutes les croyances des uns et des autres (ou en plus de…), ils auraient peut-être davantage de respect envers les croyances de leurs parents, d’une part, et le sentiment que ces croyances peuvent les conduire une vie citoyenne intégrée à une société laïque. Il peut y avoir diverses modalités, mais comprenons que les communautés culturelles pourraient être impliquées elles-mêmes dans ces sessions.

      À titre d’exemple, j’ai été invité à donner une heure de « cours » sur la prière chrétienne dans un cadre universitaire pour des étudiants se préparant à l’enseignement (un cours les préparant à enseigner l’ECR). J’y suis allé en me présentant à partir de mes convictions personnelles et mon adhésion à la foi chrétienne. Le témoignage entendu devient un partage du meilleur de moi-même à ces étudiants. Le résultat n’est pas d’avoir suscité de nouvelles vocations catholiques (qu’en sais-je, en fait?), mais, j’en suis certain, un certain respect pour le croyant que je suis. À l’heure actuelle, cette forme de participation n’est pas admise dans les écoles publiques. Je pense que c’est à cela que le pape fait référence, pour le Brésil et qui peut s’appliquer au Québec.

  10. « À l’heure actuelle, cette forme de participation n’est pas admise dans les écoles publiques. »

    Vous savez, les parents sont très chatouilleux pour bien des choses. L’armée est admise dans les écoles, si on envoyait une féministe, il y a aurait un tollé général…

    Alors si un catholique peut aller faire une conférence à l’école primaire mettons, est-ce que les autres religieux le pourrons aussi? Les musulmans pourront? La scientologie aussi? Et Raël et les Témoins?

    La question que vous soulevez semble très raisonnable à première vue mais au point de vue légal, elle ouvre les porte des écoles à Raël. Dites-moi si je me trompe mais la gang à Raël est légalement reconnue comme un mouvement religieux au même titre que tous les autres.

    • Vous touchez un point fondamental… Qu’est-ce qu’une religion? Pour moi, il y a d’abord les trois grandes religions historiques (Judaïsme, Christianisme et Islam) car leur histoire est marquée par des évènements qui donnent du sens à la vie terrestre et non pas à sa fuite. Le bouddhisme et l’hindouisme sont des religions de paix et de quête spirituelle profonde. Après, ça dépend…

      Je ne peux pas attribuer une même valeur aux raéliens ni aux scientologues, car leurs prémisses (c’est un mot qui revient souvent dans nos échanges!) sont plus discutables et on peut également douter de la « fécondité » de ces spiritualités pour le monde (pardon pour le jeu de mot en rapport avec le projet de clonage des raéliens!).

      Les Témoins, les Mormons, les Yiddish, etc. sont toutes des branches sectaires issues des grandes traditions et sont si minoritaires qu’il ne vaudrait pas la peine de leur accorder une place importante, je pense, tant que les souches desquelles elles découlent sont représentées.

  11. Hummmm….vous savez, en France, ils ont fait ce genre de ménage, certains ont été déclarés « sectes » , les Témoins par exemple…

    Des fois je me dis qu’on devrait faire pareil. d’autres fois je trouve cela délicat…

    Le ménage que vous proposez demande beaucoup de changements au niveau de chartes et des lois.

    • En effet, j’habitais d’ailleurs en France lorsque cet examen des parlementaires a été publié. Je travaillais dans une association (L’Arche de Jean Vanier) qui, en raison de sa dimension communautaire et son ouverture à la spiritualité « risquait » de se retrouver sur cette liste, mais ce ne fut pas le cas. C’est un travail délicat comme vous dites, mais il a l’intérêt d’être utile pour les citoyens. Ceci dit, toutes les sectes ne sont pas malveillantes, bien au contraire, mais leur hermétisme, leurs doctrines suspectes et leur gouvernance autoritaire doivent être connus. C’était d’ailleurs l’esprit de cette liste des sectes, non pas pour les pourchasser comme au temps des sorcières, mais pour que leurs pratiques soient connues du grand public (ça aide lorsque vient le temps de faire des dons, notamment).

      Quant aux changements à faire dans nos chartes et nos lois, ne trouvez-vous pas qu’il faille réviser tout cela de temps en temps? Est-ce que notre charte canadienne des droits et libertés ne gagnerait pas à être dépoussiérée quelque peu? Le bien commun est totalement absent de cette charte, d’où le grand pouvoir laissé aux juges qui ne peuvent que donner plus de droits aux individus et jamais les modérer avec le bien commun…

  12. @jocelyn G.
    « Est-ce que notre charte canadienne des droits et libertés ne gagnerait pas à être dépoussiérée quelque peu? Le bien commun est totalement absent de cette charte, d’où le grand pouvoir laissé aux juges qui ne peuvent que donner plus de droits aux individus et jamais les modérer avec le bien commun… »

    = = =

    Hum… le dépoussiérage de la Charte canadienne des droits et libertés pourrait être souhaitable, à plus d’un égard. Le problème est d’ordre constitutionnel: la Charte a été enchâssée dans la Loi constitutionnelle de 1980 (la Loi de la nuit des longs couteaux), si bien qu’aucune modification ne saurait être apportée sans un large consensus des provinces… et du Fédéral.

    Vous comprendrez qu’avec ce gouvernement que nous avons à Ottawa, l’atteinte de ce consensus est une utopie. Là où l’un des partenaires met l’idéologie et SA morale devant la raison, on n’y parviendra pas de sitôt…

    = = =

    Je me définis comme agnostique, mais dans une autre vie, il y a de cela quelques décennies, j’étais plutôt un catholique militant. Le rigorisme de Jean-Paul II m’a poussé hors du nid.

    Je m’étais intéressé de près à la dynamique des divorcés remariés; et c’est la réponse officielle de l’Église à cette problématique qui m’en a éloigné. Je ne vous ferai pas un dessin, mais ma femme et moi, nous avions les deux pieds dedans… Par la suite, il y a eu la question des prêtres pédophiles; quelle ne fut pas ma surprise de retrouver à Montréal, aumônier de mouvements de jeunesse dans la paroisse de mon enfance, un prêtre qui avait plaidé coupable à des accusations de pédophilie dans le diocèse d’Amos…

    Quand au cardinal Ouellet, dont vous citiez le nom, je lui reproche le silence honteux dont il a fait preuve, après que son propre frère eut non seulement plaidé coupable en 2010 (à Amos, encore) à des accusations de pédophilie (relations complètes avec une ado de 14 ans, cunnilingus avec une autre de 13 ans), mais, et surtout, d’avoir publié dans tous les hebdos de l’Abitibi-Témiscamingue une lettre ouverte dans laquelle il accusait ses deux victimes de l’avoir séduit, lui qui était de 30 ans leur aîné au moment des crimes.

    Vous comprendrez que devant les commentaires de Marc Ouellet face à l’avortement d’une enfant qui avait été violée, son silence ultérieur à l’égard de son propre frère m’a semblé teinté d’hypocrisie. Or le gars appartient au groupe sélect des « papabiles ». Ouille…

    = = =

    Mais parlons plutôt de sectes et de religions!

    Le terme « religion » est plus noble que le mot « secte »; l’un des commentateurs les plus réguliers (et en même temps le plus honni) de mon blogue parlait, il y a quelques jours à peine, de la « secte musulmane », ce qui traduit chez lui de forts sentiments islamophobes et un mépris profond de ce milliard et demi de croyants qui se tournent vers La Mecque…

    J’ai aimé votre commentaire du 1 novembre, 20h08; il me paraît essentiel, dans le monde pluri-culturel qui nous entoure, de livrer aux enfants un discours honnête sur l’ensemble des croyances auxquels ils seront confrontés dans leur vie d’adulte. L’ignorance de ce qu’est l’autre engendre la peur de l’autre, et de la peur naît la haine. Que des parents s’y opposent aux seules fins d’éviter toute « contamination », ça me hérisse le poil.

    Il ne faudrait pas, toutefois, que le cours d’éthique et de culture religieuse serve à propager un certain mépris de la non-croyance (athéisme ou agnosticisme).

    Pour ma part, si j’en suis arrivé à questionner avec autant de véhémence les « enseignements » et dogmes de MON Église, c’est après avoir longtemps cheminé et réfléchi.

    • Bonjour Papi,
      Merci pour ce commentaire qui prouve qu’on peut discuter jusque dans le détail !

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      La charte… vous avez tout dit ! Je continue de crier dans le désert, on ne sait jamais !

      —-
      Je comprends bien votre indignation face aux gens d’Église. Un petit nombre d’entre eux a commis des gestes impardonnables et leur hiérarchie n’a pas su faire autrement que de camoufler par peur du scandale. Le voilà bien servi, le scandale, quand on n’en finit plus de déterrer de telles histoires! Pour le frère de Marc Ouellet, je ne suis pas au courant. Je ne crois pas cependant que ce que fait mon frère devrait m’empêcher de continuer à croire en ce que je crois et à défendre ce que je défends. La position d’un cardinal est délicate lorsque son frère est pris dans une telle histoire. Je ne sais pas ce que j’aurais fait à sa place. La justice a suivi son cours étant donné le plaidoyer de culpabilité. Faut-il que toute une famille soit clouée au pilori lorsqu’un des siens se montre coupable d’actes criminels?
      Quant à sa désignation éventuelle comme pape, je fais confiance en l’Esprit Saint! J’espère qu’il pensera un peu comme moi… (blague)

      —-
      Je suis d’accord pour encourager le respect face à toutes les différences religieuses. Benoît XVI, la semaine dernière, avait invité 300 représentants des religions ainsi que 4 athées à un rendez-vous pour la paix. Je pense que c’est une réponse à votre inquiétude.

      Enfin, je porte également de nombreuses questions sur la religion catholique. Plus d’une fois j’ai été tenté de lui tourner le dos. Ma foi et l’expérience de rencontre d’une personne unique, un Vivant qui s’appelle Jésus de Nazareth, m’a toujours empêché de céder. Il y a une différence entre la foi et la religion. La foi naît d’une expérience que certains font, je ne comprends pas toujours pourquoi. La religion, dans ses origines, est toujours une construction humaine à partir de cette expérience initiale qui est répétée par tant d’autres. La religion est toujours perfectible, mais dans l’Église catholique, généralement, en relisant les sources et les documents, en les ramenant dans le contexte de leur temps, on finit par comprendre les choix qui ont été faits. C’est ce que John Henry Newman a fait. Anglican, il est passé au catholicisme au tournant du XXe siècle et a laissé de grandes méditations. Entre autres, il a écrit la « Grammaire de l’assentiment » pour éclairer ceux qui, comme vous et moi, auraient la tentation de tout jeter par dessus bord. Dans ce document, il donne les éléments-clés qui permettent d’entrer toujours plus profondément dans les doctrines de l’Église et pour… y consentir. Je me fais un devoir de lire ce bouquin poussiéreux un de ces jours.

      Merci de votre désir de dialogue. Vous m’inspirez.

  13. Jocelyn

    Papi reproche à Ouellet d’avoir accusé les victimes (des enfants) de séduire un pédophile, et ce, publiquement, dans le journal!

    Personnellement, je n’ai pas vu cette lettre de Ouellet, mais si c’est vrai, ça ne passe pas pour moi non plus.

    Comprenons-nous bien, il n’est pas question de reprocher à Ouellet les crimes de ses frères et/ou soeurs, mais si il a écrit que les enfants on séduit son frère, c’est grave, très grave,…
    .

  14. Jocelyn

    Le français n’est pas toujours parfaitement clair, une petite faute change complètement le sens de ce qu’on veut dire.

    Revoici la phrase de Papi épurée de quelques épithètes :

    « Quand au cardinal Ouellet, dont vous citiez le nom, je lui reproche le silence honteux dont il a fait preuve, après que son propre frère eut non seulement plaidé coupable à des accusations de pédophilie, mais, et surtout, d’avoir publié dans tous les hebdos de l’Abitibi-Témiscamingue une lettre ouverte…. »

    L’action « avoir publié dans tous les hebdos » devrait se rapporter au criminel et non au Cardinal. Une faute de syntaxe.

    Je suis certaine que Papi voulait attribué cette publication stupide au criminel parce qu’il en a déjà parlé sur son blogue et j’ai retrouvé son texte…

    M’enfin, il passera sûrement confirmer le tout!

  15. Si vous voulez effacer des commentaires, cela ne me dérange pas, mes commentaires ne valent pas de l’or et sur mon blogue, la liberté d’expression est limité et c’est moi qui juge de ces limites, pas de clips racistes pas d’appels à la haine, en revanche, je laisse passer quelques invectives, surtout celles à mon endroit, histoire d’équilibrer un peu les forces…

    Pour revenir à la discussion, je me demandais si le ménage qu’on a fait en France était plus une histoire de loi que de Charte. Pour faire comme en France, si je comprends bien, il faudrait redéfinir ce qu’est un mouvement religieux, c’est cela qu’a fait la France?

  16. @Jocelyn

    L’histoire de Paul Ouellet est racontée ici:
    http://lafrontiere.canoe.ca/webapp/sitepages/content.asp?contentid=119897&id=1533

    La « mise au point » de Paul Ouellet peut être consultée ici: http://www.cbc.ca/gfx/images/news/photos/2009/12/18/mtl-ouellet-bro2.jpg

    Koval a assez bien résumé ma pensée: ce n’est pas tant l’acte de pédophilie lui-même (aussi répréhensible soit-il) que la réaction de Paul Ouellet qui suscite mon indignation.

    Que Marc Ouellet soit mal placé pour dénoncer son propre frère, j’en conviens. Mais Marc Ouellet n’est pas le frère ordinaire d’un pédophile ordinaire. C’est un cardinal. Pire. Le pape l’a appelé à des fonctions qui le confirment dans un rôle de guide de l’Église, fonctions qui pourraient lui ouvrir la porte vers LA nomination ultime, au décès de Benoît XVI…

    Comment j’aurais réagi, à la place du cardinal? Mon jugement vous paraîtra sévère, mais à mon sens, cet épisode aurait dû constituer une fin de non-recevoir à la nomination du cardinal O. au Vatican. Tout est ici question de confiance. De perception. Et l’Église est fragile, ne serait-ce que par le vieillissement de ses pasteurs et le vieillissement de sa « clientèle ». C’était pas le temps de nommer à un poste de confiance un cardinal qui n’a pas eu le « guts » de condamner sévèrement cette lettre publiée par son frère.

    Il y a à mon profond malaise des motifs que vous ne pouvez pas partager. Jean McGuire, l’avocat de Ouellet, est un ami personnel. Le juge Jean-Pierre Gervais, qui a rendu cette « sentence »-bonbon, c’est aussi un ami personnel. McGuire savait-il que le repentir de son client était si peu sincère? Cette sentence, on ne pouvait la donner qu’à un accusé repentant ++++; manifestement, il y a eu erreur, et aussi bien l’avocat que le juge ont été bernés.

    = = =

    Le droit criminel n’entre pas dans vos champs de compétence, bien sûr; mais c’est – un peu – dans mes cordes à moi. Alors parlons-en sous cet angle, si vous permettez…

    Dans sa mise au point, Ouellet cherche à tromper ses lecteurs; il parle – comme si c’était plus léger – de simples accusations d’agressions sexuelles. Or, ce qu’il omet de préciser, c’est que l’expression « agression sexuelle » regroupe depuis 20 ansTOUS les crimes à connotation sexuelle, incluant la relation avec pénétration, le cunnilingus et la fellation. Le viol n’existe plus, en droit. Il se cache derrière l’expression « agression sexuelle ». N’ayons pas peur des mots: cette description est celle d’un lâche. Point barre.

    Pour en finir, écrit-il. Foutaise… Quand on a un frère cardinal, on ne plaide pas coupable à de telles accusations dans le seul but d’en finir! Mais il serait exact – probablement – d’affirmer que la Couronne a offert de retirer les SIX autres chefs d’accusation s’il acceptait de plaider coupable aux deux premiers.

    Je me suis rendu coupable d’accepter les avances de ces jeunes personnes, écrit-il encore. Foutaise… Il avait 45 ans; l’adulte, il y a 20 ans, c’était lui. Mais il n’avait plus rien d’un adulte quand il s’est déchargé (!) de sa culpabilité sur ces deux enfants… Les adultes, aujourd’hui, ce sont ses victimes.

    Marc cardinal Ouellet a-t-il lui-même agi en adulte? Ma réponse à moi, c’est NON.

    • Cher Papi,
      Avec cette histoire d’abus sexuel sur mineurs et de non-réprobation publique par le frère ecclésiastique de l’agresseur, il me semble que nous passons à côté du sujet de ce billet. Toutefois, « pour en finir 😉 », si j’essaie, à nouveau, de me mettre à la place de Marc Ouellet, le fait que mon frère ait été accusé et qu’il ait reconnu sa culpabilité, d’une part, et qu’il ait écrit une lettre publiée dans les médias pour « en finir » avec cette histoire, aurait-il commandé une prise de position publique de ma part si j’avais été dans la situation du cardinal? Ma réponse est non. Mgr Ouellet a dénoncé généralement les actes de pédophilie lorsque l’occasion lui en a été donnée. Il a même fait avancer d’un pas important l’Église du Québec en reconnaissant publiquement les « péchés » commis par elle jusqu’à 1960, surtout en matière de sexualité (oui, il y a encore ceux depuis 1960, mais c’est à venir, n’en doutez pas). Si j’avais été le frère de cet abuseur, peu importe mon rôle ou mon rang dans l’Église, j’aurais eu une conversation privée avec celui-ci pour lui faire part de ma réprobation des gestes mais surtout de sa lettre. Je suis convaincu que cette discussion a eu lieu au sein de la famille Ouellet… Maintenant, est-ce qu’il aurait dû ne pas accepter un poste au Vatican? Ça c’est son affaire et la sienne uniquement. Son parcours et ses expériences semblent bien être reconnus autrement dans les lieux où il est passé qu’en son propre pays…

      Maintenant revenons au sujet. On a reproché au cardinal Ouellet de ne pas avoir su trouver l’attitude convenable pour communiquer avec la société québécoise. Les médias se sont délectés de ses prises de position parfois maladroites sur certains sujets comme celui de l’avortement (notamment à l’occasion d’un viol) et qui lui ont été retournées avec fins de non-recevoir par différents groupes et personnalités. C’est tout. En tant que ministre de l’Église catholique qui défend le droit à la vie dès la conception, il a fait preuve de courage en osant rappeler ce qui semble, ici au Québec, indéfendable, à savoir le fait que nous sommes l’une des rares sociétés au monde où le foetus est sans droit. À titre d’exemple, la commission européenne des droits de l’homme vient de statuer dans une cause qui pourrait avoir des conséquences positives pour la dignité de l’embryon: « la cour reconnaît la notion (évidente scientifiquement) qu’il y a embryon digne de respect dès la fécondation. » (voir http://www.xaviermirabel.fr/2011/10/25/pour-la-cour-europeenne-de-justice-la-dignite-de-lembryon-humain-doit-etre-respectee/ ). Bref, ce sujet est loin d’être réglé une fois pour toutes en Occident (j’en ai traité quelque peu ici : https://jocelyn62.wordpress.com/2011/04/13/soutenir-pro-vie-quelle-honte/). Le cardinal Ouellet a simplement rappelé à notre société qu’il y a encore des réflexions à mener pour le respect de la vie dès sa conception. L’écho de ses positions a été plus grand qu’il n’en paraît à première vue.

      Dans une société laïque qui permet l’expression des groupes religieux (qui rassemblent théoriquement plus de 94% de la population québécoise), ce type de débat devrait pouvoir se faire, car la justesse des jugements et la justice des droits ne sont jamais en situation d’équilibre définitif. Par les valeurs positives qu’elles défendent, les religions (oublions les intégrismes de tout acabit) peuvent continuer d’apporter leur éclairage à une société comme la nôtre sur ses choix éthiques qui peuvent l’aider à éviter l’individualisme à outrance, le mépris des plus mal-pris, le chacun pour soi, etc. À voir l’effondrement des partis politiques et leur incapacité incessante à proposer des idées rassembleuses, je suis plutôt rassuré de voir que des Églises, des Mosquées et des Synagogues sont encore des lieux où les gens vont se ressourcer et travailler à rendre leur vie cohérente avec les valeurs spirituelles.

  17. @Bonjour Jocelyn

    « En tant que ministre de l’Église catholique qui défend le droit à la vie dès la conception, [le cardinal Ouellet] a fait preuve de courage en osant rappeler ce qui semble, ici au Québec, indéfendable, à savoir le fait que nous sommes l’une des rares sociétés au monde où le foetus est sans droit. « 

    = = =

    Je vais sans doute vous surprendre, mais le « go-gauche » que je suis n’en appartient pas moins à la « droite morale ». Et en ce sens, sur un plan strictement moral, je suis opposé à l’avortement. Mais…. Car il y a un MAIS.

    Toutes les bulles du pape et toutes les lois n’y changeront rien: l’avortement est pratiqué depuis la nuit des temps et il continuera d’être pratiqué. Pour certaines, la solution toute trouvée, c’était la fausse couche, que l’on pouvait provoquer par ingestion de mixtures douteuses ou pire, en provoquant la chute de la « parturiente ». Pour d’autres, c’était le cintre, ou l’aiguille à tricoter, avec tous les risques associés.

    Je veux bien m’y opposer, à l’avortement, mais entre deux maux, il faut parfois choisir le moindre… et faciliter l’accès à des avortements pratiqués en clinique, selon un procédé éprouvé. This is where I stand. Opposé en raison de la morale que je défends, mais « tolérant », par la force des choses et pour des motifs d’ordre humanitaire.

    Pour peu qu’il existe, Dieu n’est-il pas réputé miséricordieux?

    Marc Ouellet estime que si une jeune fille est violée et engrossée, on ne va quand même pas commettre un crime pour en effacer un autre, n’est-ce pas?

    Dans le cadre de mes activités professionnelles, j’ai rencontré plusieurs adolescentes « de même », dont certaines portaient l’enfant, qui d’un frère, qui d’un père. Vous imaginez le désarroi et les conflits de loyauté qui pouvait en résulter? Les circonstances de la grossesse n’ont pas besoin d’être aussi scabreuses pour que la jeune mère soit dévastée; ici encore, c’est le praticien qui parle.

    Dévastées, disais-je? Dépression, abus de drogues, fugues, provocation délibérée d’un « avortement spontané » – c’est moins lourd. Moins culpabilisant. Et, à l’occasion, tentatives de suicide (parfois, c’est un appel à l’aide; parfois, l’intention est bien réelle).

    Si Dieu est miséricorde, je ne crois pas qu’il soit d’accord avec la ligne dire préconisée par le Cardinal Ouellet, en accord avec les enseignements traditionnels de l’Église. Au 14e ou au 17e siècle, on ignorait bien des choses que l’on sait aujourd’hui. Aujourd’hui, on sait à quel point une jeune femme (et à plus forte raison une jeune fille violée par son père) peut être dévastée; cette évolution du savoir humain m’autorise à dénoncer la condamnation sans appel du Cardinal Ouellet à l’égard de l’avortement de cette jeune sud-américaine qui avait été violée.

    Ne pas commettre un crime pour en effacer un autre? À cela je réponds que nous vivons dans un monde TEMPOREL, qui s’est donné des lois. Parmi lesquelles, ici et là mais en particulier, chez nous.

    Au Québec, refuser pour des motifs religieux de prêter assistance à une jeune fille en détresse psychologique en raison de sa grossesse non désirée, ce serait violer la loi.

    Et j’irai plus loin: le discours officiel de l’Église, en matière d’avortement, est tout simplement immoral. En ce sens qu’il plonge la jeune femme croyante (ou ses parents) dans un douloureux dilemme: le péché mortel, ou le soulagement d’une douleur intérieure qu’un homme de 60 ans peut difficilement comprendre.

    À vrai dire, il est heureux que le clergé ait perdu cet ascendant qu’il avait sur la conscience de ses ouailles; si cet ascendant avait été maintenu, nul ne sait quelles en auraient été les conséquences…

    = = =

    Cela étant, il y a avortement plus ou moins thérapeutique, et avortement.comme moyen de contraception. Moi, j’ai une fille, aujourd’hui à l’aube de la trentaine; si sa mère ne s’était pas fait avorter à mon insu 18 mois avant la naissance de ma fille, elle n’aurait sans doute jamais été conçue. Avortement-caprice, ici. J’y étais opposé, et j’y demeure encore opposé.

    • @Papi
      Vous écrivez : « Au Québec, refuser pour des motifs religieux de prêter assistance à une jeune fille en détresse psychologique en raison de sa grossesse non désirée, ce serait violer la loi. »

      Je suis parfaitement d’accord. Pour n’importe quel motif, d’ailleurs! Si vous avez lu le billet auquel j’ai fait référence et les commentaires qui ont suivi, vous verrez que j’exprime à peu près la même chose que vous. Pour moi, la liberté de conscience est première. Les évêques canadiens avaient d’ailleurs écrit un texte courageux après Humanae vitae qui disait exactement la même chose. Ils ont cependant été rabroués et avaient dû se raviser dans un document subséquent. L’étudiant en théologie que j’ai été était particulièrement sensible aux questions de morale et plus tard d’éthique.

      Lorsque l’Église, à travers ses ministres et agents, a fait son travail d’orienter la conscience vers les choix les plus en accord avec ce qu’elle croit, elle doit ensuite, je pense, maintenir son accompagnement de la personne en situation de discernement quoi qu’elle décide. Certaines, peu importe les conditions de procréation, peuvent préférer garder l’enfant. Pour cela, elles doivent savoir qu’il y a une différence entre le geste violent qui a été la cause de la grossesse et l’enfant lui-même, innocent de tout cela. Ne pas le dire serait aussi faire ombrage à l’authenticité de cette conception de la vie.

      En accord avec sa conception de la vie humaine, un évêque peut difficilement entrer dans le dialogue sur cette question dont les occurrences sont relativement rares, soit l’instinct de vie qui pousse une jeune fille violée à vouloir absolument retirer « la chose » de son corps, sans devoir aussi tenir une position à première vue très dure. Si la vie débute dès la conception, la protection de la vie doit aussi débuter dès ses premières secondes. Je ne vois pas comment un évêque peut dire autre chose que cela. L’Église a toujours annoncé, dans ce genre de cas, qu’on ne peut privilégier une vie contre une autre et qu’il revient à la nature de faire les choix. Cela se pose notamment lorsque la vie de la mère peut être en danger, je crois qu’on n’accepte toujours pas de faire périr le foetus pour sauver la vie de la mère… Par ailleurs, il y a des alternatives à l’avortement. Porter une grossesse à terme et offrir l’enfant à l’adoption et ainsi transformer une situation douloureuse en un bonheur pour une famille est une de ces options possibles, et un moyen de catharsis.

      Cela dit, cela n’empêche aucunement un chrétien de demeurer proche et et même d’offrir une vraie compassion à cette jeune fille qui est d’abord une victime et qui peut ne pas supporter l’idée d’une telle grossesse au risque de sa propre vie psychologique. Comme vous le dites, les avortements sont pratiqués depuis belle lurette et permettent au moins de protéger la santé de la mère. Ni l’Église, ni les catholiques, ne vont pouvoir faire cesser cela, à moins de faire la révolution armée. Et vous connaissez mon point de vue sur l’utilisation de la violence en contexte de foi religieuse… Marc Ouellet donnait le taux d’avortement en Belgique comme référence, qui est de moins de 12 pour 1000 grossesses, alors qu’il approche les 17 au Québec. Nous sommes deux sociétés assez semblables, il voyait là un espoir à voir diminuer le taux d’avortement pour sauver ainsi quelques milliers de vie, d’autant plus que parmi ces vies sauvées, il y a fort à parier qu’il y en a une bonne proportion dont le geste abortif est pour réparer un manque de planification… Nous revenons donc à votre conclusion du « plus ou moins » thérapeutique.

  18. @Jocelyn

    « Par ailleurs, il y a des alternatives à l’avortement. Porter une grossesse à terme et offrir l’enfant à l’adoption et ainsi transformer une situation douloureuse en un bonheur pour une famille est une de ces options possibles, et un moyen de catharsis. »

    = = =

    J’en conviens.

    Mais il faut vivre avec les lois que l’on a, et en raison de la contrainte que constitue la loi sur la protection des renseignements personnels, bien peu de mères biologiques prises de remord ont pu connaître le nouveau nom de l’enfant placé en adoption et entrer en contact avec lui. Après avoir perdu son fils « unique » dans un accident d’automobile, une amie à moi a échoué dans ses démarches en vue d’entrer en contact avec sa fille (un peu plus âgée).

    Dix ans de démarches, avant comme après le décès de ce fils qu’elle avait élevé seule. Pas de conjoint. Deux frères, pré-décédés. Elle s’est suicidée.

    C’est un peu ça, aussi, la réalité du placement en adoption.

    Je me permets, au surplus, d’attirer votre attention sur la problématique que représente l’adoption des enfants issus de parents autochtones. Je ne vais pas répéter ici mon billet, mais vous y référer: http://papitibi.wordpress.com/2010/08/10/sommes-nous-coupable-de-genocide/

    Pour ce billet, j’avais repris – et développé – un thème que j’avais abordé sur le blogue de Richard Hétu en avril 2008, au lendemain de la diffusion du Peuple invisiblede Richard Desjardins à la télé de la SRC, Desjardins n’en avait soufflé mot; le whistle blower, ici, c’était moi.

    Quelques semaines plus tard, en mai ou juin 2008, La Presse avait publié une série de trois articles sur ce sujet.

    = = =

    J’aime bien discuter avec vous, mon ami; ça me permet de montrer de l’infâme Papitibi (si vous saviez ce qui s’est écrit à mon sujet!) sous un jour un peu moins bagarreur!

    • @Papi
      « bien peu de mères biologiques prises de remord ont pu connaître le nouveau nom de l’enfant placé en adoption et entrer en contact avec lui. »

      Les choses ont changé. L’adoption ouverte est de plus en plus possible. Mes deux aînés connaissent leur mère biologique et ont passé du temps avec elle au moment de l’adolescence. Cela développe le respect pour la mère biologique et n’enlève rien à la relation parent-enfant qui n’existe réellement que dans la famille adoptive. Pour le dernier, c’est plus compliqué cependant, compte tenu de la violence du père biologique et des menaces qu’il a proférées… Chaque situation est particulière, mais l’adoption est une réelle option, et au Québec c’est possible (voir http://emmanuel.qc.ca)

      Moi aussi, j’aime bien échanger avec vous, en toute amitié.

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