Pas des objets qu’on déménage!

La semaine dernière, je me sentais romantique, après un beau mariage. Mais le lendemain de noces a tôt fait de me ramener à une dure réalité. Il semble en effet que je fasse partie désormais de la confrérie grandissante des grands-parents qui subissent la rupture de couple de leur enfant. Soutenir son fils ou sa fille qui vit une séparation est un événement qui porte en soi toute sa lourdeur. Que son enfant soit l’initiateur de la fin pour une raison ou l’autre ou bien qu’il subisse le départ, la situation n’est jamais à ce point simple qu’elle le laisserait sans peine.  Même le ras-le-bol, dans ce cas, ne peut que cacher une peine contenue. Rien de simple, rien de facile non plus.

Le pire est à propos des petits-enfants que nous voyons malmenés au coeur de la rupture. Un couple sans enfants se sépare, chacun des partenaires vit sa peine, entraînant avec lui ou elle les sentiments de ses proches, notamment ses parents. Mais lorsque des enfants sont présents, les grands-parents ne peuvent que s’inquiéter davantage, car leur attachement à ces petits vient « les chercher » dans leur élan naturel à les protéger. Papy et Mamie sont donc souvent écartelés entre le souci de leur enfant qui a mal, et celui de leurs petits-enfants qui sont là, impuissants, et voient se déconstruire le seul monde qu’ils ont connu.

Un mode de vie différent

Jeune universitaire, je me rappelle avoir fait un travail dans un cours de morale sur « le mariage à l’essai ». C’était comme ça qu’on appelait encore le fait de se mettre en couple sans être mariés à l’époque. J’avais adopté une position plutôt favorable à l’idée que l’expérimentation faisait partie des valeurs montantes et que le concubinage (« s’accoter » comme on disait chez nous) devenait peu à peu la norme. Le mariage traditionnel après de longues fréquentations où l’on habitait toujours chez papa-maman n’était définitivement plus en vogue. Les couples se formaient, choisissaient très tôt de vivre ensemble pour apprendre à se connaître, à tenter d’harmoniser leurs personnalités à la dure, dans la réalité du quotidien. Le mariage pourrait venir ensuite ou non. Ce choix de l’union de fait est devenu la norme en 2011 : au Québec seulement le tiers des citoyens en viennent à se marier au cours de leur vie et les deux-tiers des enfants naissent désormais au sein d’un couple non marié (Source).

On ne se surprend donc plus quand l’un de nos jeunes vient annoncer, parfois quelques jours seulement après que le ou la partenaire s’est fait connaître : « Bon, on va s’installer en appartement ensemble! » Si l’amour est davantage un projet qu’une réalité statique, faire vie commune est devenu un moyen pour que l’amour se déploie. Certains couples réussissent, mais il semble que ce ne soit plus la majorité. Les ruptures sont devenues, elles aussi, si fréquentes qu’elles en deviennent banales. L’amour n’est qu’un oeuf fragile qu’on laisse se casser avant même qu’on marche dessus!

Dans mon travail d’étudiant, je voyais de manière idéalisée cette conception expérimentale du couple en progression d’amour et j’insistais pour que l’arrivée d’enfants soit repoussée au moment où le couple trouverait sa vitesse de croisière. Mais ce n’est pas ce qui arrive chez une tranche importante de la population des jeunes couples. Malgré les moyens de contraception devenus si normatifs, les couples encore en apprentissage de la vie à deux font des enfants… Plus encore, il arrive que les nouveaux-nés alternent entre rupture-nouveau partenaire-nouvel enfant-nouvelle rupture et on recommence le cycle.

Les enfants ne sont pas des meubles qu’on déménage

Les enfants sont parfois comme des meubles qui font partie du patrimoine commun. Normalement, lors d’une séparation, on se sépare les choses entre les ex. Depuis Salomon, il semble évident qu’on ne tranche plus les enfants en deux pour en donner une part à chacun (c’est une blague :)). Alors ils sont tiraillés entre la maman, pour la plus grande part, et le papa. Les arrangements ne viennent jamais assez vite et rarement dans la sérénité. Alors les enfants vivent au cours de ces ruptures des traumatismes graves qui auront des conséquences sur leur développement et sur leurs propres relations.

On trouvera toujours des psychologues et des travailleurs sociaux qui parleront avec détachement de ces situations en mettant en avant la capacité de résilience des enfants. Mais il serait faux de croire que tous les enfants parviennent à surmonter la séparation de leurs parents et l’adaptation à une nouvelle vie, un nouveau beau-père ou une nouvelle belle-mère, sans y laisser quelques plumes.

Une étude récente a montré que le bonheur de la maman a une influence directe sur celui des enfants… Dans la situation que nous sommes appelés à soutenir, mon épouse et moi, nous avons choisi de prendre soin également du bien-être de la mère de nos petits-enfants. Nous pensons sincèrement que si nous pouvons l’aider à se remettre debout rapidement et favoriser la mise en place d’une relation respectueuse avec notre fils, nos petits-enfants s’en porteront mieux et pourront, avec de la chance et des prières, poursuivre leur développement. Quant à leur blessure, nous ne pouvons qu’espérer qu’elle se cicatrise au mieux.

En Afrique, on dit qu’ « il faut tout un village pour élever un enfant. » C’est peut-être de cette manière, en élargissant le cercle de leurs parents souffrants et en demeurant présents dans leur vie, que les grands-parents pourront contribuer, un peu, au bonheur de leurs petits-enfants.

5 réflexions sur “Pas des objets qu’on déménage!

  1. Mylène dit :

    Très touchant ton commentaire Jocelyn. Merci de t’ouvrir sur une expérience qui déchire ton coeur de grand-père. Ils sont chanceux de vous avoir dans leur vie. Courage!

  2. corine dit :

    Merci pour ce témoignage Jocelyn, touchant de vérité…
    « On trouvera toujours des psychologues et des travailleurs sociaux qui parleront avec détachement de ces situations en mettant en avant la capacité de résilience des enfants. Mais il serait faux de croire que tous les enfants parviennent à surmonter la séparation de leurs parents et l’adaptation à une nouvelle vie, un nouveau beau-père ou une nouvelle belle-mère, sans y laisser quelques plumes. »…
    Tout à fait d’accord et, dans mes classes, dans mon entourage, oui je peux témoigner qu’ils y laissent souvent beaucoup de plumes…

  3. Anne Vaillancourt dit :

    C’est une belle leçon d’amour que vous venez de nous livrer, Jocelyn. Je suis émue par le fait que vous vous occupiez de la maman de vos petits-enfants afin que ceux-ci ne soient pas trop perturbés par cette séparation. Votre femme et vous êtes des grands-parents remarquables et de fins psychologues.

    Je vous souhaite bon courage et sérénité dans cette épreuve.

    Anne

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