Y avoir cru quand même un peu

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Fin du mondeJ’écris ce texte deux heures après la fin du monde, du moins ce qui était annoncé comme sa première phase, par le pasteur californien Harold Camping. Ce dernier y a cru tellement fort qu’il a dépensé une petite fortune pour faire connaître à tous sa prédiction. Mais non, la fin du monde n’est pas venue, comme prédit. Cette fois-ci comme les dizaines d’autres fois avant.

Mais M. Camping a quand même réalisé un coup médiatique extraordinaire. Faire passer le mot-clé #findumonde (en anglais et dans plusieurs langues) parmi les tendances (trends) les plus populaires sur les médias sociaux, notamment Twitter et Facebook, c’est déjà un exploit en soi. Et même si ce n’est pas encore pour cette fois-ci, un nombre incalculable de gens sur la planète auront eu un certain contact avec l’un des volets les plus étonnants de la Bible, les fameuses prophéties de fin des temps.

Comme bien d’autres, je me suis amusé de cette nouvelle prédiction. J’ai relayé l’information sur cette annonce du pasteur fondamentaliste. J’ai lu et transféré quelques blagues. Admettez que lorsqu’une histoire semblable survient, l’humour se trouve à son paroxysme. Il y a eu aussi toutes sortes de réactions : certains ont choisi de fermer leurs écrans pour ne plus entendre parler de cette lubie; d’autres ont menacé ceux qu’ils « suivaient » (follow) sur Twitter de ne plus les suivre s’ils continuaient de polluer leur fil de nouvelles avec des histoires autour de la fin du monde; etc. La grande majorité s’est plutôt mise à identifier, le plus souvent en blaguant, des choses à faire avant l’échéance.

Je trouve qu’il est là, le génie de ces annonces apocalyptiques : pendant quelques heures, une grande partie de la planète 2.0 s’est mise à nommer ce qu’elle souhaitait faire avant, à regretter ce qu’elle perdrait. Certains sont peut-être même allés, secrètement, à se demander s’ils allaient faire partie de cette éventuelle cohorte d’élus qui seraient « ravis ».

La fin du monde arrive vraiment

Peut-être que je vous surprends. En fait, notre monde n’est pas bâti pour un temps infini. Les scientifiques l’ont démontré depuis belle lurette. Et toutes les religions parlent de cycles de naissance-vie-destruction. La Bible ne fait pas exception. Jésus lui-même, en son temps, n’a pas exclu cette idée. Certains spécialistes du Nouveau Testament avancent même que Jésus pensait que la fin surviendrait peu de temps après sa mort. C’est probable qu’il l’ait cru, même s’il donne une réponse évasive*. Mais sa propre fin est arrivée comme il l’avait prédit, c’est déjà un bon point !

Que ce soit pour des raisons naturelles, par notre incompétence à gérer les ressources qui sont mises à notre disposition ou bien par une quelconque action divine à un moment déterminé de l’histoire, la vérité est que ce monde aura une fin, que cet univers, aussi grand et infini qu’il paraisse, se contractera et implosera.

La seule perspective de la finitude de notre monde nous ramène donc à notre propre finitude. Si, aujourd’hui, la plupart d’entre nous avons considéré celle-ci avec humour, il doit bien y avoir, dans un espace secret, une croyance que cette fin risque d’arriver à tout moment. Il importe donc de conserver une petite question au terme de cette journée particulière: quelle valeur aura ma vie lorsque celle-ci s’achèvera? Oui, « valeur ». Puisque nous comprenons bien le sens de la valeur, des valeurs, de donner de la valeur, ce mot peut sans doute demeurer en notre mémoire pour en faire le bilan.

Et si, par hasard, fatalité ou volonté d’un dieu, c’était vraiment maintenant, la fin, ma fin du monde? J’aimerais alors que celle-ci ait été vécue à plein, qu’elle m’ait donné de développer toutes les ressources internes qui m’ont été fournies dès ma conception, à même mon code génétique, mais également d’acquérir tout ce qui m’aura été possible pour grandir encore et toujours. J’aimerais que mes ressources, mes talents et mes dons aient pu servir à celles et ceux qui me sont proches, mais également, par ricochet ou, je l’espère, par intention, à quiconque aura surfé dans les mêmes eaux que moi, à cette époque et dans l’avenir. J’aimerais que la fin de ma vie, de mon monde, soit un immense amen et un abandon total dans les bras de celui qui est la source première et l’océan ultime de l’Amour infini, le seul qui ne passera jamais.

* Voir Matthieu 24, 34

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 6 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe diocésaine de pastorale pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean et en tant que professeur à l'Institut de formation théologique et pastorale. Ce n'est pas un travail pour convertir les gens à la foi chrétienne, c'est plutôt pour accompagner ceux et celles qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, accueillait et discutant avec quiconque se montre respectueux, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion d'orientation sexuelle ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

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