Ces monstres-là… si proches

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Le monstre est là..

Le monstre est là..

Comme tout le monde, j’ai ressenti de l’écoeurement à plusieurs reprises en étant confronté au récit des événements entourant le meurtre des deux enfants du Dr Turcotte, dont le procès « sévit » actuellement à St-Jérôme au nord de Montréal. Les uns et les autres, journalistes, chroniqueurs, blogueurs, gens de la rue, se sont exprimés, chacun, chacune y allant de ses indignations. Trop d’informations? Trop de détails? Trop de jugements? Je ne sais plus trop bien…

Cette histoire est l’une parmi tant d’autres dont on voudrait qu’elle ne soit jamais arrivée, dont on ne voudrait jamais entendre parler. Mais l’actualité nous ramène chaque semaine des histoires semblables de plusieurs pays du monde. Quand ça s’est passé si près de nous, quand « le gars » pourrait être notre voisin, notre médecin, notre frère, ça prend une dimension nettement plus dramatique. La proximité a ceci de particulier qu’elle nous atteint plus profondément. Et l’étalage de tous les détails du meurtre sanglant, de la vie intime de ce couple semblable à tant d’autres, ne fait que nous entraîner collectivement dans une sorte de socio-psychanalyse qui n’en finit plus.

Pierre Foglia parle de « ce monstre en nous », toujours prêt à bondir sauvagement. Et il se reconnaît dans l’histoire de ce couple, dans les déchirements, les insultes, tout en se dissociant du geste fatal, celui qu’il n’a pas commis, que la plupart des gens ne commettront, heureusement, jamais.

Nataly Dufour reconnaît que ce monstre intérieur est là qui veille, en chacun et chacune, mais refuse de voir dans cet homme-là-qui-a-tué-ses-deux-enfants-de-cette-manière-là un monstre ordinaire, comme celui qui sommeillerait en nous. Elle met le doigt sur deux réalités, la jalousie extrême et le désir de possession qui poussent à faire toujours plus de faire mal à l’être qui veut s’échapper de cette emprise.

Je suis tourmenté par ces deux propositions réalistes. L’humain que je suis et que nous sommes doit se reconnaître humble devant cet événement, ces faits, ces récits, ces émotions, ces passages à l’acte. Quand on sait qu’un tel monstre est là, on doit demeurer vigilant, se donner des conditions qui l’apaisent par exemple en se faisant du bien, en chérissant ses amis qui nous font du bien, et en faisant soi-même du bien aux autres.

Au Rwanda, en 1994, des milliers de monstres se sont réveillés en même temps, tuant à coups de machettes près d’un million d’êtres sans défense, incluant des dizaines de milliers d’enfants. Beaucoup de similarités avec le monstre du Dr Turcotte. Ces monstres-là vivaient tranquilles, dans l’un des pays les plus civilisés de l’Afrique, celui en lequel les Occidentaux se reconnaissaient le mieux, celui qui faisait la fierté des missionnaires catholiques, une société assez proche des valeurs québécoises, finalement. Ça me dit bizarrement que je dois prendre conscience que ce monstre-là fait peut-être aussi partie de moi.

Je dois rester alerte. Je veux vivre dans une société où ces monstres-là sont maîtrisés par les hommes et les femmes. Je crois toutefois qu’ils ne s’éveillent que lorsque les conditions sont réunies pour les faire surgir de leur coin sombre. Le seul pouvoir que j’ai, en fait, est de travailler à ce que ces conditions ne surviennent jamais…  J’en arrive à comprendre qu’il faut plus de solidarité, plus de soutien et d’amitiés, plus de compassion face à ceux qui souffrent peut-être sans que je ne le sache. Aimer davantage cette humanité blessée, en moi et chez ceux et celles qui m’entourent.

Si l’exposition de tous ces faits dans un procès autant médiatisé m’aura conduit à cette réflexion intime sur moi-même et sur l’humanité, peut-être alors que tant de détails n’auront pas été inutiles…

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 6 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe diocésaine de pastorale pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean et en tant que professeur à l'Institut de formation théologique et pastorale. Ce n'est pas un travail pour convertir les gens à la foi chrétienne, c'est plutôt pour accompagner ceux et celles qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, accueillait et discutant avec quiconque se montre respectueux, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion d'orientation sexuelle ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

réponses "

  1. Comme à ton habitude, tu poses de bonnes questions.

    Quelle est la part des circonstances dans l’apparition du monstre? Quelle est la part des dispositions intérieures? Est-ce que les circonstances créent le monstre ou le libèrent? Quand une collectivité devient monstrueuse, est-ce parce qu’elle est composé de moutons qui suivent les chefs de file? Quand le monstre est seul, est-ce parce qu’il vivait tapis sous des apparences de civilité?

    À la lecture de La part de l’autre, un roman d’Éric-Emmanuel Schmitt, on a l’impression que le monstre dépend surtout des circonstances. Ainsi Hitler n’aurait pas fait les dégâts qu’on sait s’il avait (hypothèse) été admis aux beaux-arts.

    Qu’est-ce qui manque au monstre? Le sens de l’autre?

    • Merci Jeff pour ce commentaire. Je pense, comme toi et E-E Schmitt, que les circonstances ont un réel impact sur le surgissement ou non du monstre… d’où cet appel à rendre les circonstances moins favorables à son apparition.

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