Être libre jusqu’à l’être religieusement !

Attentats en Irak
Quand cesserons-nous de voir de telles scènes ?

Rêver d’un monde où plus personne ne sera contraint d’être comme tout le monde, où chacun pourra être lui-même. N’est-ce pas un rêve partagé ? Être vraiment libre, libre pour aimer, libre pour respecter, libre pour être heureux.

A l’occasion de son message pour la Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier, le pape Benoît XVI adresse une invitation courageuse à dénoncer toutes les formes d’intolérance et d’extrémismes qui conduisent à mépriser, emprisonner, condamner, extrader, torturer ou assassiner toute personne du simple fait qu’elle confesse une foi religieuse différente de la majorité.

L’un des passages de son texte est particulièrement bien tourné : « La liberté religieuse est une arme authentique de la paix, et elle a une mission historique et prophétique. » La liberté est toujours scandée comme l’exercice le plus élevé de l’autonomie individuelle. Dans notre société très occidentalisée, la liberté est une valeur incontournable. Devant la montée des intégrismes et du fanatisme, qui n’ont rien à voir avec l’enseignement réel et profond des religions, la réaction est souvent de vouloir effacer toute trace du religieux dans l’espace public. On a eu les débats ici sur les accommodements raisonnables. On voit même cette semaine le règlement qui interdit toute forme de transmission de foi religieuse dans les garderies, pour éviter quoi ? De corrompre les enfants avec des valeurs religieuses ? Ce genre d’intégrisme laïc n’est pas mieux que le fanatisme religieux. L’un engendre l’autre et vice versa.

Benoît XVI discerne deux obstacles à la liberté religieuse, en pointant implicitement non seulement les États islamiques, mais aussi les démocraties occidentales :

Le fondamentalisme religieux et le laïcisme sont des formes spéculaires et extrêmes du refus du légitime pluralisme et du principe de laïcité. Tous deux, en effet, absolutisent une vision réductrice et partiale de la personne humaine, favorisant dans le premier cas, des formes d’intégralisme religieux, et dans le second, de rationalisme.

La liberté religieuse est particulièrement menacée dans les pays qui se durcissent dans l’intransigeance religieuse, comme en Irak et au Pakistan, par exemple. En Irak, les chrétiens sont de plus en plus la cible de fanatiques qui cherchent à les faire mourir. Rappelons cet attentat dans une église :

« Ca suffit, ça suffit », a crié un petit enfant de 3 ans avant d’être tué à son tour le 31 octobre 2010, lors de l’attentat qui, pour la première fois dans l’histoire des persécutions chrétiennes en Irak, s’est passé à l’intérieur d’une église, celle de Notre Dame du Perpétuel Secours à Bagdad. Bilan : 2 prêtres et 44 fidèles ont trouvé la mort (chiffres variables selon les sources), sans oublier les innombrables blessés. Source

Même dans certains pays européens, les réfugiés chrétiens d’Irak sont menacés (La Suède a renvoyé en Irak des réfugiés dont des chrétiens suite à l’attentat du 31 octobre). Rappelons aussi cette femme au Pakistan, Asia Bibi, qui a osé affirmé qu’elle était chrétienne et qui, pour cela, a été condamnée à mort par la justice pour blasphème. Cette femme et un nombre inquiétant d’autres personnes dans certains pays islamistes (intégristes) sont en danger en raison de leur différence religieuse.

Dans notre pays, a-t-on déjà traité des croyants de religions minoritaires de cette façon ? On pourrait se rappeler ces camps pour les Japonais durant la Deuxième Guerre Mondiale, moins pour leur appartenance religieuse qu’ethnique, mais cela revient au même, car c’est la peur de l’autre qui règne dans ce type de mesures extraordinaires. Devant l’intégrisme laïque qui force tout le monde à se dépouiller des éléments culturels de leur foi, y compris parfois de leurs symboles religieux authentiques, il est probable que nous commencions à voir ici aussi se développer de plus en plus une forme de réaction violente.

Chaque fois qu’une personne est maltraitée au nom d’une différence, quelle qu’elle soit, et plus encore si elle est religieuse, les autres devraient se lever pour condamner les gestes malveillants. Ce n’est qu’en assurant une réelle liberté religieuse, respectueuse des lois et des coutumes de la société, vécue dans l’harmonie, que la paix se construira en vérité. On ne peut pas simplement laisser faire les choses parce qu’elles concernent des gens qui ne sont pas des nôtres…

 Un pasteur protestant, Martin Niemöller (1892-1984), arrêté en 1937, a été envoyé au camp de concentration de Sachsenhausen parce qu’il avait contesté ouvertement le régime nazi. Il fut transféré en 1941 au camp de concentration de Dachau et libéré par la chute du régime nazi, en 1945. Il a écrit un texte largement cité qui sonne comme une hymne à la défense de ces « autres » qui ne sont pas de notre camp :

Quand  ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand  ils sont venus chercher les Juifs,
je n’ai pas protesté parce que je ne suis  pas Juif.
Quand  ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai pas protesté parce que je  ne suis pas syndicaliste.
Quand  ils sont venus chercher les catholiques,
je n’ai pas protesté parce que j’étais un protestant.
Et  lorsqu’ils sont venus me chercher,
il n’y avait plus personne pour protester.

La chapelle de L'Arche Kolkata

L'Arche Kolkata (Inde) : un lieu où chacun peut être soi-même, incluant sa religion (Photo Ivan Miral)

Si nous comprenons bien Benoît XVI, « le fondamentalisme religieux est un effet miroir du rationalisme ». Le rationalisme est présent dans notre esprit laïque qui frise de plus en plus l’intégrisme. Si nous ne nous soucions pas des Asia Bibi de ce monde, chrétienne dans un pays musulman, ni des musulmans et autres croyants chez nous qui veulent tranquillement vivre leur vie et leur appartenance religieuse dans la paix et le respect de nos lois, si nous consentons trop docilement à des arrestations douteuses sous prétexte de soupçons basés sur l’appartenance à une religion plutôt qu’à des faits, nous tombons dans le piège du laisser-faire et de la complicité… Y aura-t-il, à la fin, comme l’a regretté Martin Niemöller, personne pour protester lorsque ce sera le tour d’un de nos proches ou de nous-mêmes ? 

Noël sera là dans une semaine. Le message de Noël est la « paix sur la terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté ». Ce ne sera peut-être pas encore pour cette année, mais les chrétiens attendent cette paix depuis 2000 ans, ils vont l’espérer encore et encore jusqu’à sa réalisation. Minuit Chrétiens : il faut changer un coeur à la fois, en commençant par le sien…

 
 
 
 
 
 

 

 

 

 
 
 
 
 
 

 

 

 

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