Avant la mort, n’y a-t-il pas la vie ?

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Image by elbfoto via Flickr

Mon dernier article traitait de la mort dans le contexte du débat sur l’euthanasie et le suicide assisté. Depuis quelques semaines, ce thème revient constamment dans l’actualité et c’est tant mieux. J’ai participé à plusieurs discussions de couloir, durant des pauses et même à une journée complète de formation sur le sujet à Alma récemment. Ça fait beaucoup de temps passé sur la mort. Il m’est venu à l’idée que nous ne réfléchissons peut-être pas tant que ça sur la vie, cette période de notre existence qui est la seule réelle sur laquelle nous ayons prise… Je suis tombé, par hasard, sur cette citation du Père Marcel Provost, décédé en août dernier, et qui s’étonnait ainsi:

« Ne pensez-vous pas qu’il serait autrement plus urgent de nous demander quel genre de vie nous allons mener avant notre mort? La vie de beaucoup d’entre nous est un énorme bâillement avant de rendre l’âme. Avant de s’interroger sur la mort et ce qui la suivra, il est capital et incontournable de prêter la plus grande attention à notre vie de tous les jours. » (Le Messager de Saint Antoine, nov. 2003).

Un énorme bâillement: quelle tristesse ! Les bouddhistes tibétains voient la chose de manière intéressante : en fait, penser à la mort, ils ne font que ça… jamais pour la mort en elle-même, mais comme un passage à un autre état de conscience. Et la seule manière de faire un transfert de conscience positif, c’est de s’y préparer par une vie bonne, une vie de qualité. C’est ainsi qu’on influence son karma de manière positive et qu’on peut aspirer à une vie future meilleure que la précédente. Bien entendu, on parle ici de réincarnation.

En ce qui me concerne, je ne crois pas en la réincarnation. J’aime plutôt l’idée de la résurrection où, en toute confiance, je me laisse accueillir dans les bras d’un Dieu d’amour infini qui me donnera de vivre auprès de lui dans un horizon éternel. Mais tant dans le bouddhisme que dans le christianisme, la qualité de ma vie présente est vitale pour m’aider à « finir en beauté ».

Ainsi donc, en vivant et en agissant sur cette terre d’une certaine manière, j’en arrive à développer un goût du bonheur qui n’est pas que promesse future, mais plutôt quelque chose que je peux savourer à petites doses dès à présent. Comment puis-je me procurer ces petites doses de bonheur ?

L’enfant qui m’éduque à l’amour

À un moment de ma vie où j’étais défait, brisé par le sentiment d’avoir échoué dans mon rôle de père auprès de mes fils aînés que nous avions dû forcer à quitter la maison dès leur majorité, j’ai fait l’expérience de l’amour du Père, au sein d’un groupe de tradition évangélique. J’ai un autre fils, François, trisomique 21, qui accourt vers moi à chaque fois que je rentre à la maison. À ce moment, je ne peux que tout laisser tomber de mes mains pour les rendre disponibles à l’accueillir au terme de sa course vers moi. Il s’y jette entièrement, sans freiner, au point, parfois, de me faire perdre l’équilibre, et au son d’un « Aaaaah, papa ! » qui m’enlève tous les tracas de la journée et me force à sourire de son geste si souvent répété… Voilà le meilleur exemple d’amour d’un fils envers son père. C’est cette image que j’ai transformée dans ce groupe de prière en m’identifiant à mon propre fils et en me projetant moi-même dans les bras de ce Père du ciel. J’ai alors compris l’amour de ce Père, à partir de mon propre amour pour mon petit François. Comment pourrait-il en être autrement ?

Je veux donc me préparer sur terre à courir vers ce Dieu au terme de ma vie. Pour cela, je dois cultiver plusieurs attitudes:

– la gratitude. La vie est reçue comme un don précieux. Chaque instant est une création nouvelle de vie. Chacune de mes respirations est un cadeau de vie. Tout ce que je vis est aussi occasion de devenir moi-même. Il me faut de temps en temps m’ouvrir à l’action de grâce pour cette vie qui me permet d’être ce que je suis.

– L’émerveillement. Chaque petite parcelle de vie est un miracle.  La configuration de la terre et de l’univers, l’eau, la végétation, les montagnes, la couleur du ciel, la vie sous toutes ses formes, l’animal de compagnie, etc. Et ce petit être qui naît dans une fragilité absolue, l’enfant que j’ai et que nous avons tous été et que nous demeurons sans cesse…

– La famille. C’est dès notre entrée au monde que nous sommes inscrits dans une famille. Des parents, souvent une fratrie. La vie commence toujours dans une famille, parfois aussi de remplacement comme pour mes enfants, et quelquefois dans une absence dramatique… La famille est le premier lieu pour découvrir la vie en société, les modes de relations, le respect. La famille est à investir plus que jamais.

– L’ouverture sur le monde. Notre terre est peuplée de plus de 7 milliards d’habitants. Notre univers immédiat en compte souvent quelques dizaines, mais l’ouverture réelle à la différence de ces autres proches est la source de nos relations avec l’humanité. C’est par une expérience positive de cette ouverture que nous créons un monde plus humain !

– L’entraide. Il ne suffit pas d’être ouverts, il faut parfois se mettre les deux pieds dedans ! S’ouvrir aux autres conduit toujours à s’ouvrir davantage. Les appels de la vie nous entraînent peu à peu vers les plus démunis, les exclus. Nous les aidons vraiment quand nous le faisons avec tout notre coeur, pas juste pour la « frime » comme on dit. Et si le coeur y est, le retour en rendement affectif est assuré  !

– Le pardon. J’ai beau être ouvert et vouloir aider, je trébucherai un jour ou l’autre sur un os, sur « l’écœurant » qui m’a fait du mal, quand moi-même je ne suis pas cet écœurant pour un autre que j’ai peut-être rejeté, engueulé ou même agressé. Alors il n’y a qu’une seule route possible, celle du pardon. La vie nous conduit sans cesse sur cette route car il faut la franchir pour grandir. On peut longtemps tenter de trouver des voies alternatives, mais un jour on doit se résigner positivement dans une démarche de pardon, c’est le prix de la croissance personnelle. Lorsqu’on grandit ainsi, la vie future est assurée, car on dispose des outils indispensables pour avancer.

Oui, la vie est plus importante que la mort. Pour le présent, comme pour l’après-mort. Alors je vote pour cette vie en abondance. Je vote pour que la vie continue de me mettre en relations avec tant de personnes bonnes au fond d’elles-mêmes et dont la bonté ne demande qu’à être mise au grand jour. Je veux de cette vie qui me comble en comblant les gens qui m’entourent.

Cette vie est possible ! Y croyez-vous ? Comment la faire surgir encore et davantage ?

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