Category: Générations


Voici le dixième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de mars du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

Le mois de mai évoque la saison forte pour le monde agricole et les emplois saisonniers. C’est aussi le 1er mai que les évêques du Québec publient leur message annuel à l’intention des travailleurs.  Quel est le lien entre la foi chrétienne et le travail ? Quel héritage l’Église a-t-elle laissé face au travail humain?

Les conditions de travail au début du siècle dernier – Pulperie de Chicoutimi

Si, dans la Genèse, le travail est surtout lié à la malédiction suite à la chute originelle, la tradition de l’Église a compris peu à peu que travailler, c’est aussi contribuer à réaliser le règne de Dieu, lorsque les conditions du travail favorisent la dignité humaine, notamment l’autonomie et la liberté, des aspects essentiels de la pensée sociale de l’Église.

À l’occasion du 175e anniversaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mgr André Rivest s’est plu à rappeler que c’est au cœur de son diocèse que fut créé le premier syndicat canadien. Il fut fondé par Mgr Eugène Lapointe qui s’était mis au service des travailleurs de la Pulperie de Chicoutimi dont les conditions de travail étaient particulièrement inhumaines. À sa suite, d’autres syndicats se sont formés, souvent inspirés par des militants membres de groupes d’action catholique en milieu ouvrier. Entre la crise de 1929 et la fin des années soixante, les aumôniers de syndicats ont ainsi contribué à l’amélioration des conditions de travail en liant l’engagement des militants à l’appel de l’Église pour la justice sociale.

Gagner sa vie dans la dignité

À l’époque où les premiers syndicats, soutenus par l’Église, se sont mis à réclamer des conditions plus décentes, personne n’aurait pu souscrire à l’adage « le travail, c’est la santé »! Au contraire, un grand nombre de nos ancêtres ont laissé tout ce qu’ils avaient d’énergie afin de gagner la pitance pour leur famille. Si l’Église n’avait pas encouragé les travailleurs à se regrouper, ceux-ci profiteraient-ils des conditions qu’ils ont obtenus depuis? Même les travailleurs non-syndiqués sont beaucoup mieux traités dans notre société qu’en ces époques de servitude. N’est-ce pas de cette manière que l’Évangile « en acte » fait oeuvre de libération?

Les travailleurs syndiqués de Rio-Tinto-Alcan en lockout en 2012

Si le mouvement syndical est sujet au mécontentement de bien des gens dans la société et même souvent de syndiqués, c’est peut-être qu’il s’est un peu éloigné des intentions de ses pionniers. Ceux-ci avaient la conviction, appuyés par leur fréquentation des évangiles, qu’ils rendaient le monde meilleur en réclamant des conditions de travail plus humaines. Le monde du travail est effectivement bien meilleur, mais le contexte de mondialisation rend les acquis vulnérables partout. Que dire alors des travailleurs des pays émergents qui sont devenus les fournisseurs de pratiquement tout ce que nous consommons? Leur sort est directement relié à notre volonté de développer un monde plus équitable, exactement comme le désiraient les fondateurs du syndicalisme.

Un héritage à reconnaître

L’engagement des chrétiens pour la justice en milieu ouvrier a transformé notre monde. Il a permis de dégager du temps pour les loisirs, de réduire les heures de travail et d’augmenter les jours de vacances. Grâce au combat mené par les croyants engagés d’autrefois, nous profitons d’une vie plus saine et du temps que nous pouvons choisir de donner librement.

La famille idéale

La famille idéale ? (Photo: http://www.cote-momes.com)

Par intérêt personnel, j’observe chaque jour de mon Québec séculier la situation française où le débat fait rage autour du projet de loi sur le mariage gay et l’ouverture à l’adoption par deux papas ou deux mamans. De mon pays, où cette situation existe depuis plus de 10 ans, je tente de voir le changement anthropologique majeur que nous aurions dû vivre et je n’y parviens pas. Ou si peu. Et là, devant la radicalisation des tensions en France, je me demande sincèrement si ce combat en vaut le coup. Je suis choqué surtout par la démagogie des discours et les invectives réciproques. On a déjà vu un peuple français plus réfléchi, plus inspirant aussi dans sa capacité d’analyser les situations et les risques, et dans sa facilité à débattre de grands enjeux s’en se mettre à frapper son adversaire aussi bassement qu’à travers tout ce qu’on peut lire de la part des deux camps… Peut-être me suis-je fait une image idéalisée de ce pays. Pour l’heure, je serais incapable de m’associer ni à l’un ni à l’autre des camps en présence.

Dans le rêve, il y a le mieux…

En réfléchissant à tout ceci, je me suis mis à imaginer un monde idéal dans lequel tous les enfants conçus naîtraient. Dans un tel monde, pour qu’ils arrivent à trouver le bonheur, il vaudrait mieux que tout soit parfait…

  • Il vaut mieux que les parents ayant conçu un rejeton l’ait fait dans un contexte d’amour authentique, engagé et durable.
  • Il vaut mieux qu’un enfant ne soit jamais importuné durant toute sa grossesse, ni par les comportements à risque pour son développement (fumée, alcool, substances, etc.); ni par l’angoisse de sa mère qui pourrait être allée jusqu’à penser le supprimer; ni encore par le désir de cette dernière qu’il soit autre chose que ce qu’il est déjà, à savoir une fille, un garçon, dont l’orientation soit tournée vers le même ou l’autre sexe, avec ou sans anomalie génétique, éventuellement autiste ou déficient intellectuel, bref, qu’il ne serait pas parfait…
  • Il vaut mieux que les circonstances de sa naissance soient optimales: un père aux côtés de sa maman, l’ayant soutenue durant les mois qui ont précédé afin qu’elle soit au meilleure de sa condition physique et psychologique; un accouchement sans problème; les premiers souffles de vie au sein d’une famille dont l’accueil et l’amour sont déjà à leur sommet.
  • Il vaut mieux que le papa et la maman de cet enfant demeurent unis tout au long de sa croissance et même après, et qu’ils l’éduquent juste comme il faut sans jamais trop le corriger, afin de lui assurer une parfaite stabilité affective et qu’il se développe au meilleur de son potentiel.
  • Il vaut mieux que sa famille soit équilibrée, avec juste assez de frères et soeurs pour lui permettre de développer des habiletés sociales, un sens du partage et de l’entraide, et que jamais un accident ou la maladie ne vienne briser cet authentique paradis terrestre.
  • Il vaut mieux que le papa gagne beaucoup de sous et que la maman ait tout le temps nécessaire et plus encore pour s’occuper de lui, le cajoler, répondre à ses besoins, le sécuriser, lui apporter tout ce que la vie moderne a inventé afin qu’il soit heureux et que sa croissance soit harmonieuse.
  • Il vaut mieux qu’il n’ait que des succès scolaires afin qu’il développe la meilleure estime de soi et qu’en grandissant il lui soit toujours possible de réaliser le meilleur de lui-même.
  • Il vaut mieux qu’il soit clairement hétérosexuel et que cette orientation soit reconnue très tôt dans son enfance afin qu’il se développe selon les attributs de son genre et qu’il sache se positionner en face des autres, en tant qu’homme ou en tant que femme, inspirant ainsi le respect de tous.
  • Il vaut mieux qu’il décroche un emploi qui correspond parfaitement à ses rêves et à la formation qu’il s’est donnée et que ses patrons sachent le valoriser, le promouvoir et l’assurer d’une sécurité qui le rendra serein et performant.
  • Il vaut mieux que la maladie ne vienne jamais affecter le cours de sa vie, ni les ruptures, ni les deuils, car ces expériences de souffrance pourraient brimer son potentiel et le rendre inquiet.
  • Il vaut mieux que sa vie soit sans failles: un amour qui arrivera de la manière la plus romantique, des enfants qui naîtront dans un contexte tout aussi parfait que le sien, une fierté de les voir grandir et se développer, la joie de finir ses jours entouré des siens, en laissant, avec son dernier souffle, un profond sentiment d’une vie bien remplie et heureuse…

On pourrait ajouter bien d’autres éléments d’une vie parfaite. Mais la vie n’est jamais comme ça, jamais complètement en tout cas.

Dans la vie, il y a ce qui est…

  • Il arrive que bien des enfants soient conçus d’un désir confus, d’un amour flou, parfois même dans la violence; que l’enfant ne soit pas attendu pour lui-même, qu’il soit accidentel ou même utilitaire dans une tentative de recoller les morceaux d’un couple en dérive. 
  • Il arrive que la vie intra-utérine soit marquée par de nombreux incidents: le choc d’apprendre que cette vie s’installe dans le corps d’une femme à un moment inopportun; le souci financier car la situation est précaire; le stress et l’anxiété poussant la mère à continuer ce qu’elle faisait déjà, parfois avec plus d’insistance (boire, fumer, consommer des substances, travailler dans un cadre défavorable, etc.); l’angoisse de cette mère devant les possibilités que l’enfant ne corresponde pas à ce qu’elle voudrait; devant l’éventualité d’un accouchement difficile; devant la perspective de choisir entre l’enfant et le conjoint; de se retrouver seule et sans soutien… Bref, il arrive que “la vie avant la vie” ait déjà marqué fortement l’enfant avant qu’il ne voit le jour.
  • Il arrive que le couple n’est pas à son meilleur au moment de son arrivée, qu’il se soit déjà défait et que la maman soit abandonnée ou bien réengagée avec un autre conjoint; que les frères et soeurs, ou demi-frères et demi-soeurs, ne soient pas disposés à partager l’espace et le coeur de leurs parents déjà bien occupés; qu’un grand frère ou une grande soeur soit atteinte d’une maladie ou d’un handicap qui occupe toute l’attention des parents; que cet enfant arrive lui-même avec une différence et qu’il suscite des réactions diverses, allant du choix de l’abandonner à la charge d’autres (adoption) à celui de l’assumer, parfois avec des efforts qui grugent la capacité de manifester son amour.
  • Il arrive que les conditions financières soient désastreuses en raison d’un emploi perdu, d’une situation d’appauvrissement chronique, une rupture précédente coûteuse; et que l’enfant n’a parfois même pas le nécessaire pour assurer son développement de base.
  • Il arrive que l’enfant soit confus dans son rapport aux autres alors que des attentes face à son orientation sexuelle lui imposent d’être autrement que ce qu’il “sent”; et qu’il devienne ainsi l’objet de rejet, d’intimidation, de haine; qu’il soit alors si marqué par tout ceci que son estime de soi descende à zéro, que son avenir devienne inexistant, que sa vie soit un enfer.
  • Il arrive que la santé se dégrade ou qu’un accident survienne, parfois même dans l’enfance, et que tous les rêves s’effondrent.
  • Il arrive que, suite à une série de situations comme celles qui précèdent, un jeune arrive à la  maturité avec de grandes carences affectives ou développementales, qu’il ne sache pas se comporter comme un adulte libre et responsable; qu’il fasse des choix malsains et parfois malicieux; qu’il se retrouve dans un groupe aux comportements non recommandables; qu’il devienne un véritable cauchemar pour ses parents.

Il arrive ce qui arrive et le mieux n’est pas toujours au rendez-vous! Par exemple, le début de la vie n’a pas été au mieux pour mes cinq enfants adoptés, nés dans un monde inadéquat pour les accueillir tels qu’ils étaient. Elle n’a même pas été parfaite pour moi qui suis né dans une famille traditionnelle, car il eut mieux valu, selon mon analyse, biaisée, que tant de choses aient été différentes… Un professeur de philosophie au collège nous avait cité ce fameux proverbe afin de nous sensibiliser aux dangers du perfectionnisme: “Le mieux est l’ennemi du bien”. En ne voulant que d’un monde idéal, on risque de n’être plus en mesure de voir le bien dans l’imparfait. Car il est réellement présent, le bien, dans le monde actuel, tel qu’il est.

On trouvera toujours des témoins qui viendront affirmer qu’ils ont vécu plus ou moins l’enfer à cause de leurs parents ou de la société et qui soutiendront la thèse du mieux plutôt que de faire le meilleur avec ce qui arrive:

  • “Si je suis comme ça, c’est à cause de mon père alcoolique…” 
  • “Si je suis comme ça, c’est à cause de ma mère dominatrice…”
  • [Ajoutez ici vos propres] “Si je suis comme ça, c’est à cause de…”
  • Et, pour arriver à mon sujet: “si je suis comme ça, c’est parce que j’ai eu deux papas (ou deux mamans) qui m’ont privé d’une mère (ou d’un père)…”

Nous avons probablement tous rêvé un jour d’avoir d’autres parents que ceux que la vie nous a donnés. Nous portons des marques psychologiques et affectives de leurs faiblesses et de leurs erreurs, parfois de leur incapacité à aimer pleinement. Et nous voudrions recommencer notre vie d’enfant dans un contexte idéal, en imaginant qu’ainsi nous serions différents de ce que nous sommes devenus et qu’alors nous nous aimerions davantage tels que nous serions!

La vie idéale n’existe pas. Nous naissons sans l’avoir demandé. Après coup, peut-être que certains d’entre nous auraient préféré que leur mère choisisse l’interruption de grossesse, mais ce n’est pas arrivé puisque nous sommes là. Nous devons vivre dans un monde de finitude, d’imperfection, de fragilités. Chaque jour, nous vivons sous l’influence des autres qui sont tous et toutes, eux aussi, des êtres vulnérables. Pouvons-nous, alors, choisir le bien que nous avons plutôt que de passer notre vie à regretter le mieux qui n’est pas arrivé?

Deux papas ou deux mamans n’est peut-être pas le mieux. Mais un papa et une maman non plus ou pas toujours, sinon sur papier. J’ai à décider que mes parents, ceux que la vie m’a donnés, sont ce qui est bien pour moi. J’ai à les regarder tels qu’ils sont, à les honorer pour la vie qu’ils m’ont donnée, à les aimer et à vivre ma vie du mieux que je peux. J’ai surtout à devenir l’être humain que le meilleur de moi-même m’appelle à être, peu importe ce qui m’a fait ou défait. Et pour cela, j’ai besoin des autres quels qu’ils soient, tels qu’ils sont. Ne pouvons-nous pas tenter de faire un monde meilleur, à partir de ce qu’il est et du bien que nous pouvons en tirer, plutôt que regretter sans cesse le mieux qu’il n’aura jamais été?

Si ce titre vous fait penser à la chanson de Nana Mouskouri, vous tombez juste! Mais en réalité, c’est plutôt du “temps de vie” ou de la durée des noms que portent les lieux que je souhaite vous entretenir. Au Québec, il semble que nous ayons perdu de l’intérêt pour tout ce qui “fut” avant nous, en particulier avant la Révolution tranquille. C’est comme si notre renaissance dans la modernité avait effacé notre vie antérieure, un peu comme avec la réincarnation: on ne se souvient de rien, même si ce qui a précédé continue de hanter nos jours présents!

Auditorium dufourIl en est ainsi pour de plus en plus de noms qui ont été depuis longtemps attribués à des lieux, des rues, des édifices, des parcs, des lacs et même des villages! Ceci est particulièrement vrai pour les noms qui tirent leur origine d’un lien direct ou indirect avec la religion. Je me permettrai donc d’en évoquer un seul pour l’objet de ce billet, soit l’auditorium qui portait jusqu’à récemment le nom de “Dufour” et qui a été remplacé par le nom d’un commanditaire. Cela peut paraître banal et sans conséquence: qu’est-ce donc qu’un nom? Tant qu’on sait où on va, ce ne doit pas être si important de le nommer. Pourtant, ce l’est certainement pour les commanditaires, car ils voient ainsi leurs noms apparaître sur toute promotion entourant de tels lieux! Lorsque ces lieux ont une image positive, qu’ils sont visités en masse, les commanditaires ne voudraient en rien que leur nom disparaisse! Et lorsque la fréquentation diminue, ils vendront leurs noms pour l’apposer sur d’autres lieux en laissant, sans scrupules, le lieu ainsi débaptisé.

Faire durer la mémoire

La toponymie est la seule manière intelligente que nous ayons trouvée pour faire mémoire d’hommes et de femmes qui ont marqué leur temps. Wilbrod Dufour a eu cet honneur d’avoir laissé son nom à la postérité pour identifier, entre autres, le fameux auditorium du Cégep de Chicoutimi rénové à grands frais en 2012. Qui était ce M. Dufour? Peu de gens pourrait répondre à cette question, même si on la posait aux citoyens de Saguenay. Pourtant, il est bon de savoir que cet homme, décédé en 1960, a été un grand catalyseur des arts de scène dans notre région. C’était un prêtre et un théologien, mais c’est moins pour cela qu’il a laissé sa marque. Diplômé en arts de l’Université Laval, il a été directeur d’orchestre et metteur en scène de théâtre en ces années qu’on appelle pompeusement la Grande noirceur. C’est vrai qu’il aimait beaucoup le chant grégorien, tellement qu’il en était un grand spécialiste, mais à l’époque, on en était à peine à Elvis et on commençait tout juste à laisser les jeunes danser! N’empêche que Wilbrod Dufour est peut-être pour quelque chose dans la vocation de certains de nos prédécesseurs à aimer, voire à pratiquer la musique de concert ou la comédie. Il a peut-être préparé de jeunes parents à faire aimer la musique, le chant et les arts de la scène à leurs enfants. Ceux-ci comptent peut-être parmi les personnalités de notre région qui performent ici et ailleurs. Il est fort à parier, qu’en homme de son temps, Wilbrod Dufour serait aujourd’hui aux côtés des Wauthier, Bouchard et autres concepteurs de spectacles, des Hakim et Doré qui les produisent et de ceux qui ont accompagné les Pelchat, Lemieux, Villeneuve et autres dignes représentants de notre région!

Voilà donc qu’on a retiré à l’Auditorium Dufour la référence à celui qui avait suffisamment marqué son époque pour que son nom appartienne à la postérité. Mais le nouveau nom qu’on a donné à cette enceinte n’a rien à voir avec une quelconque contribution à l’avancement des arts ou de la culture. Tenez, par exemple, le boulevard Talbot a bien failli être renommé boulevard Marina Larouche, en l’honneur de cette femme qui s’est fort bien battue pour cette route. Une femme pour un homme, ça pourrait encore passer si on juge que la contribution de celle-ci en vaut vraiment la peine. Mais cela a vite été bloqué par la réaction importante de citoyens attachés au nom d’Antonio Talbot. Rien à voir avec ce qui s’est passé avec l’Auditorium Dufour, rebaptisé Théâtre suivi du nom du commanditaire qui n’a pourtant rien fait de marquant pour le monde des arts. C’est donc simplement une question d’argent que le commanditaire a bien voulu consentir à Diffusion Saguenay, sans doute davantage en quête de fonds que de volonté de respecter les reconnaissances historiques.

Photo: Le RéveilUn groupe de citoyens a décidé courageusement de s’élever contre cette décision purement mercantile. Une pétition rassemblant plus de 1640 noms s’avère relativement importante dans le contexte actuel, mais le groupe n’a jamais été pris au sérieux par les responsables concernés à tous les niveaux. C’est dommage. Au Québec, nous sommes en train de devenir peu à peu une société alzheimer… Nous avons tous à l’esprit le malaise ressenti devant une personne qui n’a plus accès à sa mémoire. Pour elle, nous ne sommes plus personne. Plus rien de connu. Qui êtes-vous, dit-il à sa fille? Un jour, nous regarderons ce que nous sommes devenus et nous ne saurons plus d’où nous sommes venus et qui nous a menés jusque là. Nous serons une société quelconque, marquée davantage par les noms affichés des compagnies capables de tout acheter. Nous aimerons leur argent, mais nous détesterons intérieurement le sentiment que nous aurons à nous rappeler comment nous l’avons obtenu. La prostitution n’est pas seulement affaire de moeurs individuelles, elle est beaucoup une question d’éthique sociale. Quand nos élus ne savent plus être autre chose que des mendiants acceptables aux yeux des grandes entreprises, on peut se demander à quoi ça sert de se donner autant d’efforts à vouloir s’engager pour améliorer la société et la rendre meilleure pour la postérité. Laissons cette charge aux entreprises et nous deviendrons vite des citoyens de seconde zone, assoiffés de petites récompenses éphémères plutôt que de grands ouvrages qui traversent le temps.

Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. Maréchal Foch

Je lève mon chapeau à ces hommes et ces femmes, animés par Florent Villeneuve et Marc Rainville, qui ont cru que cette cause en valait la peine, pas moins que d’autres, et qui ont tenté d’éveiller nos consciences endormies.

Voici le sixième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de janvier-février du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

L'église St-Dominique (Jonquière) illuminée pour ses 100 ans

L’église St-Dominique (Jonquière) illuminée pour ses 100 ans (photo: Courrier du Saguenay)

Occupant le plus souvent le centre des villages et des quartiers, les églises catholiques y ont été implantées pour être au cœur du réseau communautaire, là où hôtel de ville, magasins, services financiers et aménagements sportifs étaient regroupés pour rassembler les gens du coin. Les églises, depuis 1793, sont la propriété privée des baptisés catholiques qui habitent le territoire qu’elles desservent (cf. la Loi des Fabriques). La contribution des fidèles les rendait, collectivement, propriétaires de l’église, du presbytère et même du cimetière. Ce régime est d’ailleurs toujours en vigueur au Québec! Depuis cette époque, les catholiques ont voulu que leur église leur ressemble, qu’elle soit l’objet de leur fierté. C’est sans doute de là que vient la grande diversité des architectures et des ornements. C’est probablement aussi pour cette raison que nous avons développé ce fameux « esprit de clocher » qui veut que notre village ou quartier soit le plus beau du monde. On peut se demander si, aujourd’hui, les catholiques habitant près d’une église éprouvent encore un tel sentiment d’appartenance!

Une architecture pleine de sens

Parmi les milliers d’églises du Québec, certaines sont relativement austères, mais le plus souvent, même avec des moyens modestes, elles sont monumentales, décorées finement et parées d’œuvres d’art et de mobiliers imposants. En général, elles sont en forme de croix pour que Dieu et sa cour céleste puissent les reconnaître d’en-haut! Leur structure symbolise généralement une tente comme celle réservée au Seigneur accompagnant le peuple hébreu en Exil, mais plus encore celle que le Verbe de Dieu a plantée parmi nous (cf. Jn 1, 14). D’autres plus récentes représentent plutôt une barque ou un grand vaisseau conduit par le Christ sur les mers houleuses. Les clochers s’élèvent parfois très haut, leurs flèches pointant vers le ciel pour montrer aux humains vers où devrait porter leur regard. Un temple catholique est aussi une catéchèse illustrée. Chaque élément qui la compose a été conçu en accord avec la tradition croyante. En approchant d’une église, on perçoit déjà une impression de mystère. En circulant en ses murs, scrutant ses plafonds, ses ornements, ses vitraux, son chœur, on est amené à embrasser un univers symbolique qui rappelle les Évangiles. Visiter une église impose un respect pour ses concepteurs, mais surtout pour les masses de fidèles qui l’ont désirée et financée et qui l’ont remplie de leur ferveur spirituelle de génération en génération.

Les églises témoignent de la capacité des humains de croire en l’absolu, mettant en œuvre un rapport à la beauté, à la grandeur et à la splendeur qui célèbre toute leur créativité et leur inventivité dans l’expression de leur foi. L’intention qu’elles durent par-delà le temps est un rappel de l’éternité de Dieu.

Au-delà de leur vocation cultuelle, les églises ont joué aussi les rôles de lieux de rencontre, de ralliement, d’enseignement, de centres communautaires et culturels, toutes des fonctions qu’elles peuvent retrouver davantage. Avec la désaffection de la pratique et l’abandon de leur fréquentation, certaines églises se dégradent, d’autres sont vendues. Le respect dû à la foi des générations bâtisseuses ne commanderait-il pas plutôt de favoriser leur conservation en leur accordant une valeur patrimoniale publique?

Une fin de vie digne

Une fin de vie digne

Le comité d’experts juridiques mandaté par le Gouvernement du Québec sur l’aide médicale à mourir vient de déposer son rapport. Il s’agit en fait d’un rapport visant à approfondir, sur le plan juridique, les balises légales à mettre en place suite aux 24 recommandations faites par la Commission Mourir dans la dignité l’an dernier. Cette étape marquerait l’arrivée prochaine d’un projet de loi visant à encadrer l’aide médicale à mourir.

Même si l’annonce a été faite avec une certaine ampleur, le rapport des experts ne porte que sur un des aspects étudiés pendant des mois par la Commission. Il s’agit des cas d’extrêmes souffrances vécues au cours d’une maladie dégénérative dont la mort est certaine. Tout comme c’est le cas dans les recommandations de la Commission, le comité d’experts n’a pas comme tel considéré  l’euthanasie à la demande des familles ni même l’assistance au suicide pour le patient qui ne souffrirait pas d’un type de maladie présentant la certitude d’une fin rapide et dont les souffrances ne pourraient pas être soulagées. La demande formelle du patient lui-même serait requise en tout temps. C’est donc plutôt curieux que tant de voix se soient élevées pour applaudir ce travail alors que si nous appliquons à la lettre les critères et les procédures annoncées, nous risquons de ne voir que très peu de cas réels par année.

Une brèche risquée

André Bourque

André Bourque

Un ami personnel, le Dr André Bourque, médecin réputé, est décédé subitement le 29 décembre dernier. Il avait milité au cours des dernières années contre toute forme d’euthanasie au sein de l’association Vivre dans la dignité dont il a été le président jusqu’à son décès. André ne voyait pas comment il pouvait se résoudre à voir les médecins commencer à poser le geste ultime qui consiste à supprimer la vie, alors que par serment ils se sont engagés à soigner le patient pour qu’il vive.

André m’a beaucoup aidé à demeurer rationnel dans ce débat. Il a montré qu’un très grand nombre de médecins, au Canada, sont toujours défavorables à l’éventualité d’agir pour devancer l’acte de la mort. Nous avions échangé quelques documents émanant notamment de pays comme la Belgique et les Pays-Bas qui démontrent assez clairement les dérives réelles qui se passent et qui sont pourtant peu médiatisées. Et notre ministre, Mme Véronique Hivon, affirme sur toutes les tribunes que ces dérives ne sont pas avérées. Je lui ai même fait parvenir moi-même, via Twitter, un document relatant plusieurs témoignages sous anonymat de professionnels belges de la santé, qui montraient que des anomalies ou des “arrangements” survenaient dans la pratique. Jetez un oeil à ces quelques articles pour vous en donner une idée. On parle notamment du consentement qui n’est pas toujours donné par le patient, que des personnes handicapées sévèrement sont euthanasiées sans jamais avoir eu l’occasion de le demander, que parfois la fin de vie est précipitée de manière à ce que les organes encore sains puissent être prélevées, etc. Je crois que Mme Hivon ne veut pas prendre en compte ces dérives possibles en croyant, sincèrement, que nous pourrons les éviter ici. Mais sommes-nous si différents des autres pour nous croire à l’abri de tels comportements?

Lors de son passage à l’Université Laval, la cancérologue Catherine Dopchie, responsable d’une unité de soins palliatifs en Belgique, a critiqué le recours à l’euthanasie tel qu’il existe chez elle depuis 2002.

La loi belge sur l’euthanasie a été votée dans une société matérialiste et individualiste «où la peur de la souffrance, conjuguée à la perte d’autonomie vécue comme une déchéance, est devenue phobique». Même s’ils sont très efficaces pour atténuer les douleurs, les soins palliatifs ont leurs limites. Pour la communauté médicale, ces limites sont devenues peu à peu des sujets de honte, de révolte ou d’échec. Avec le résultat que la formation et la recherche en soins palliatifs a perdu des points au profit de l’euthanasie, présentée comme la solution idéale de maîtrise sur sa vie ou sur sa mort. Dans cette logique, les partisans de l’euthanasie n’hésitent pas à classer les soins palliatifs dans la catégorie de l’acharnement thérapeutique. (Source)

Ce médecin spécialisé dans les soins en fin de vie, tout comme André Bourque et une majorité de membres du personnel médical le plus près des personnes mourantes, croit que les soins palliatifs de qualité sont la solution, même si dans quelques cas la douleur n’est pas toujours atténuée de manière satisfaisante, pour le moment du moins. Heureusement pour nous, la Commission et la ministre semblent sur la même longueur d’ondes, à savoir qu’il faut accorder une priorité à l’amélioration des ressources en soins palliatifs.

Le loup sera dans la bergerie

Nous avons tous peur de la douleur extrême. Nous sommes terrassés à la vue de gens souffrants. C’est notre impuissance à soulager par nous-mêmes cette souffrance qui nous guide dans le choix de l’aide médicale à mourir plutôt que de demeurer présents et compatissants envers les malades qui sont dans ces situations. Ouvrir cette brèche, chez nous, peut nous paraître une manière convenable de répondre à cette détresse, mais c’est aussi faire entrer le loup dans la bergerie… Une fois ouverte, la brèche ne pourra qu’entraîner vers une acceptation étendue des cas et ces “arrangements” qui ont cours ailleurs, et que le code criminel canadien empêche actuellement.

Faire en sorte que le procureur général ne poursuive pas les médecins qui auront, sous l’autorité d’une loi leur accordant une sorte de sauf-conduit, est aussi un pari risqué. On se base sur le fait que le Québec a déjà agi de cette façon du temps où l’avortement était encore un acte criminel, avant 1988. Les médecins qui avaient accompli cet acte étaient, en quelque sorte, protégés par une absence de procédures contre eux. Mais comment peut-on imaginer qu’un acte parfaitement semblable serait un crime au Nouveau-Brunswick ou en Ontario alors qu’il serait ignoré au Québec? Qui empêcherait alors de porter ces cas jusqu’en Cour Suprême? Qui garantit que les neufs juges abrogeraient tout simplement le droit tel qu’il est actuellement? Que faire si des dizaines de médecins ayant aidé leurs patients à mourir redevenaient des meurtriers potentiels? Cette question des champs de responsabilité entre le fédéral et le provincial n’est pas si simple à résoudre. Ne faudrait-il pas plutôt attendre un consensus plus large qui amènerait à amender le code criminel? Est-il possible, démocratiquement, que ce consensus survienne un jour?

Mme la ministre Hivon déclare qu’elle a observé un large consensus social sur cette question lors des auditions de la Commission. Pourtant, rien ne laisse croire que ce consensus inclut les premiers concernés par l’ouverture à l’euthanasie, d’abord les mourants eux-mêmes, mais aussi et surtout les soignants qui, jusqu’à présent, ont toujours cherché à humaniser les soins en fin de vie et l’accompagnement des personnes malades, plutôt que de devenir ceux qui causent leur mort prématurée.

La vie n’est pas facile, même pour les gens actifs et bien portants. Elle peut devenir insupportable si nous sommes atteints de maladies incurables et douloureuses. Avec un tel projet de loi à venir, les malades pourront comprendre que leur vie a moins de valeur “vivante” que “finie”. C’est peut-être davantage pour nous accommoder nous-mêmes, plutôt qu’eux, que nous nous battons, au final. N’avons-nous pas, au contraire, des devoirs de fils, de filles, de frères, de soeurs et d’amis auprès des malades en fin de vie? Ne devrions-nous pas être de ceux qui sont auprès d’eux pour apporter le réconfort d’une présence aimante et chaleureuse? L’euthanasie répond-elle vraiment à ce besoin? J’en doute fort.

recommandation 13

Voici le cinquième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de décembre 2012 du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des manifestations culturelles actuelles.

Je vous propose ce mois-ci de quitter le patrimoine « matériel » pour aborder une autre forme d’héritage presque « génétique ». Il s’agit de ce qui subsiste de croyances à propos du baptême pour lequel les paroisses reçoivent encore de nombreuses demandes. Les catholiques d’ici sont restés attachés à ce sacrement qui implique traditionnellement la participation de deux personnes essentielles : le parrain et la marraine.

Une garantie légale?

parrain-marraineAu-delà du sens proprement religieux, certaines croyances populaires traversent les générations. Ainsi entend-on : « Pour être parrain ou marraine, faut se faire proche de l’enfant, aider à son éducation, remplacer les parents au besoin. Si tu acceptes d’être parrain, ça veut dire que c’est toi qui va prendre l’enfant si jamais les parents décèdent! » Un grand nombre de parrains et marraines connaissent ce sentiment mystérieux de devenir tout à coup responsables d’un enfant qui n’est pas le leur.

Autrefois, alors que l’espérance de vie était réduite et les accouchements plus risqués, il est vrai que la substitution aux parents était possible et parfois encouragée par l’Église. Ce n’était pourtant écrit nulle part dans la loi civile ou religieuse, mais c’était dans les mœurs. En acceptant d’être « dans les honneurs », on sentait qu’il fallait être prêt à cette éventualité, jouer le rôle d’une assurance-vie! Choisir un parrain et une marraine, c’était donc procurer à son enfant une « garantie » que d’autres adultes, proches et croyants, resteraient en lien quoi qu’il advienne.

Un engagement dans la durée

Nos traditions baptismales nous ramènent à quelques valeurs essentielles au christianisme. N’est-il pas vrai que la plupart d’entre nous avons conservé une relation spéciale avec notre parrain ou notre marraine? Admettons que les cadeaux aux diverses occasions y ont été pour quelque chose, mais ce qui reste, ce ne sont pas ces innombrables babioles qui ont été reçues, mais plutôt ce lien, différent des autres. Le seul fait de savoir, intérieurement, que nous pouvions compter sur eux était déjà un soutien, une force.

Pour chaque enfant qui naît, ne devrions-nous pas avoir ce souci de lui offrir une relation affective engagée et durable « en plus » de celle de ses parents? N’est-ce pas une véritable interpellation évangélique que de demander à deux personnes de « veiller » sur un petit être fragile et de promettre d’être là pour lui dans les années qui s’écouleront? Chaque enfant qui naît en ce monde, baptisé ou non, devrait avoir accès à un parrain, une marraine.

mains-enfant-adulte1En ce mois où nous, chrétiens, célébrons la Nativité de Jésus, peut-être pourrions-nous réfléchir à une demande semblable de la part de deux parents qui nous sont proches, Marie et Joseph : « Accepteriez-vous de veiller avec nous au devenir de cet enfant-Dieu? Voudrez-vous suppléer à nos absences? Serez-vous là pour lui dans les bons et les durs passages de sa vie? Et serez-vous encore avec lui lorsqu’il sera abandonné de tous et qu’il mourra? » Répondre « oui » à cette demande, ne serait-ce pas aussi nous engager envers tout enfant qui naît afin qu’il ne soit jamais laissé à lui-même?

Voici mon quatrième article de la série “En quête de foi” publié dans l’édition d’octobre 2012 du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série d’article est de chercher les origines chrétiennes dans des manifestations culturelles actuelles.

L’Action de Grâce, une fête inspirée par la foi

Depuis toujours, les êtres humains ont manifesté leur joie à l’occasion de fêtes collectives. Les nations célébraient surtout de grandes victoires militaires. C’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui puisqu’un grand nombre de fêtes nationales dans le monde consiste en des commémorations de grandes victoires ou libérations. Les croyants de toutes confessions aiment bien, eux aussi, célébrer les événements particuliers à leur tradition religieuse.

 Les premiers chrétiens n’ont pas fait exception, en commençant avec le dimanche. Dès l’origine, les familles de croyants se rassemblaient chez l’un ou chez l’autre pour commémorer le huitième jour, celui où Jésus s’était montré vivant après sa mort tragique. Les motifs de fêtes se sont ensuite multipliés: Nativité, Baptême, Pâques, Ascension, Pentecôte, Fête-Dieu, Royauté, etc. On a aussi créé au fil du temps une quinzaine de fêtes en l’honneur de Marie: Immaculée-conception, Assomption, etc. Ajoutez la Toussaint et toutes les fêtes propres aux saintes et aux saints et vous aurez beaucoup de réjouissances au cours d’une même année! Vraiment, les catholiques sont portés sur la fête…

Fêtes chrétiennes devenues civiles

Dans beaucoup de pays à forte majorité chrétienne, certaines fêtes sont devenues des congés civils, un signe que la foi chrétienne avait une forte emprise sur le rythme de vie des citoyens. Il en est ainsi de la France qui, bien que laïque, compte encore six jours fériés à signification chrétienne sur les 11 congés annuels. Au Québec, c’est quatre fériés sur neuf qui tirent leur origine de la religion : Noël, Vendredi-Saint ou Lundi de Pâques, la Fête nationale et l’Action de Grâce.

Pour être juste, il faut reconnaître que certaines fêtes ont des origines multiples. Dans la Rome antique, Noël, qui était une fête païenne célébrant le solstice d’hiver, est devenue la Nativité de Jésus, véritable lumière du monde. En remontant plus loin encore, le solstice d’été, auquel s’apparente notre St-Jean, marquait à une époque le nouvel an égyptien et fut également célébré dans de nombreuses traditions religieuses! Au Québec, le patronage institué au XVIIe siècle entre Jean-Baptiste et les Canadiens-Français fit graduellement du 24 juin, avec ses feux de joie et ses défilés, une fête si importante et si rassembleuse que cette journée devint formellement la Fête nationale du Québec, en 1977.

L’Action de Grâce que nous célébrons ce mois-ci est d’origine américaine. Après la première année passée sur le continent, les colons britanniques eurent la bonne idée de rendre grâce à Dieu pour leur survie et leurs premières récoltes. Cette fête traversa les frontières lorsque les Loyalistes vinrent se réfugier sur nos terres. Elle fut célébrée à des dates variables et pour divers motifs de reconnaissance avant d’être fixée en 1957, au Canada, au deuxième lundi d’octobre. C’est une fête religieuse dans la mesure où les Canadiens se tournent vers Dieu (dont la suprématie est mentionnée dans la Charte des droits et libertés) pour le remercier de tous ses bienfaits, en particulier à la fin des récoltes.

En cette époque de laïcité, il faut nous réjouir de pouvoir encore profiter de ces congés offerts à tous grâce à la foi bien incarnée de nos ancêtres.

Après Dur, dur d’être un catho!, voici le second article de ma chronique “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août de la revue Le messager de saint Antoine

IXTUS

Poisson gravé sur une maison romaine

Lors des persécutions par les Romains, les premiers chrétiens se reconnaissaient secrètement par des symboles. Par exemple, ils gravaient des poissons sur des murs ou des pavés pour identifier les lieux de rencontre. Un acrostiche du mot poisson en grec (ICHTUS ou ΙΧΘΥΣ) signifiait Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. Par ce signe, les chrétiens manifestaient leur appartenance à l’Église. En apercevant ce symbole, ils avaient peut-être aussi l’occasion d’adresser une prière spontanée à leur Maître et Sauveur, d’autant plus que leur vie pouvait être menacée s’ils étaient dévoilés.

En roulant au Québec, en été, je suis toujours frappé par l’omniprésence des signes religieux. Il y a ces statues exposées sur les devantures de maisons, comme le Sacré-Cœur ou l’Immaculée-Conception. Elles nous disent que dans telle maison, quelqu’un veut témoigner d’une dévotion particulière. Mais je m’émerveille davantage face à ces fameuses « croix de chemin » qui abondent encore dans nos campagnes. Elles sont généralement entretenues, repeintes, fleuries, exprimant ainsi le caractère actuel de la croyance des gens qui en prennent soin discrètement.

Croix de Chemin

Une croix de chemin plantée en Charlevoix

Une croix de chemin, c’est le rappel historique d’un supplice répété des milliers de fois durant l’époque romaine pour exhiber clairement le pouvoir de l’Empire sur les nations conquises et décourager tout soulèvement. Sur une croix semblable à tant d’autres, un certain Jésus, homme bon, maître et prophète, fut cloué et mis à mort. Mais nous ne verrions pas d’évocations si nombreuses de ce supplice cruel si un événement unique et sans pareil n’avait été rapporté par des dizaines de témoins. Son histoire serait restée sans effet et oubliée si cet être singulier ne s’était pas manifesté bien vivant à ses disciples dès le troisième jour. Les mots pour décrire cette réalité n’existaient même pas. Les témoins usèrent de ceux qui s’en rapprochaient : « remis debout », « relevé », « réveillé », « vivant », « présent » autrement. Pour dire le caractère unique de la résurrection de Jésus, il faut avoir en tête tous ces mots et un autre encore : « élevé ».

Dans l’Évangile de Jean, Jésus évoque cette histoire d’un serpent coulé dans le bronze et élevé sur un bois par Moïse au désert[1]. Le seul fait de regarder ce serpent guérissait des morsures dont étaient victimes les Hébreux en marche vers leur terre promise. Pour Jean, la croix élevée manifeste le pouvoir absolu de Jésus sur la mort et sur toutes les formes du mal. La regarder, en passant, suffit donc à nous rappeler qu’il a souffert, fut crucifié et qu’il est mort pour chacun de nous.

Lors de votre prochain passage devant une croix de chemin, rappelez-vous que ce signe a été installé là par un de nos ancêtres comme un témoignage de sa foi, possiblement en reconnaissance d’une grâce spéciale reçue qui, comme pour le serpent de bronze, peut se répéter en faveur de ceux qui élèvent leur regard sur ce qu’elle représente : Jésus, mort pour nous, relevé pour nous donner la vie éternelle!


[1] Voir Nombres 6, 6-9 pour l’épisode racontée dans la Bible et Jean 3, 14.

Première étape: à une soirée de reconnaissance de bénévoles, je suis en compagnie d’un collègue dans la trentaine et une femme et un homme qui ont visiblement passé l’âge de la retraite. L’organisme qui nous rassemble veut faire des ponts avec les jeunes notamment en favorisant l’éveil aux valeurs spirituelles et à la foi. À notre table, nous parlons d’abord de religion. L’homme en face de moi est lui-même théologien. Il a écrit plusieurs livres. Notre discussion est animée. Nous nous entendons bien. La foi chrétienne que nous partageons est un vecteur de rapprochement et d’unité…

Deuxième étape: le sujet bifurque sur les jeunes. Cette année, l’organisme a réalisé plusieurs activités qui voulaient rejoindre des jeunes de 18 à 35 ans. Nous constatons, mes interlocuteurs et moi, que les jeunes sont loin de s’être présentés massivement aux activités qui leur étaient pourtant destinées. Nous le regrettons. Mais nous interprétons leur absence différemment. Nous convenons qu’au niveau religieux, au moins deux générations ont “échappé” au modèle traditionnel de formation à la vie chrétienne. Depuis les baby-boomers qui ont abandonné la pratique religieuse en moins de temps qu’il faut pour le constater, les X et les Y qui les ont suivi n’ont pratiquement pas été, disons, “entourés” par les différents aspects de la religion catholique. Par contre, nous ne sommes pas totalement d’accord sur ce qu’il faut faire… “Les jeunes ont besoin d’être éveillés à la foi, il faut être plus convaincants” vs “Les jeunes sont ailleurs, il faut surtout les rejoindre dans leurs préoccupations et leur réalité”. Bon, nous ne nous entendons pas vraiment sur les moyens, mais nous demeurons unis dans notre désir de ne pas les “abandonner” comme si  les générations pouvaient vivre en vase clos. Les jeunes pour lesquels nous nous soucions demeurent un point d’attention que nous avons en commun. 

Troisième étape: arrive l’exemple qui tue! À la question “Oui, mais ils sont où les jeunes?”, mon collègue répond: “Ils sont dans la rue!” Et là nous attaquons the question. Tout à coup, nous avons devant nous deux personnes dont le visage se crispe. Ils passent en revue tout ce que nous jugeons comme des préjugés sur le mouvement étudiant, les amalgames avec la violence, etc. Mon collègue et moi prenons notre courage à deux mains et tentons d’apporter un autre point de vue. Rien n’y fait vraiment, ils sont sur leur lancée: enfants gâtés, veulent pas se faire dire non, déjà la quasi-gratuité, moins cher que partout ailleurs, minorité, infiltrés par les syndicats et même des mouvements révolutionnaires, puis des enveloppes avec de la poudre puis des bombes dans le métro, etc. ! Enfin, on arrive à Amir Khadir… Un musulman qui se prend pour Gandhi. Il fait partie d’un groupe qui veut partitionner le Québec afin d’en faire un état islamique, comme ce qui est arrivé à l’Inde avec la création du Pakistan. Il y a même des preuves sur internet de cette machination! Conversation terminée: l’animateur demande le silence. Heureusement.  Sauvés par le micro! La situation sociale au Québec est clairement une source de confrontation et une cause de division. 

La confusion malsaine

Voilà ce qui devait arriver avec ce conflit qui pourrit depuis plusieurs mois au Québec. Des gens bien élevés qui se retrouvent dans un endroit neutre, avec des intérêts et des valeurs communes, ne peuvent que finir par se déchirer sur LE sujet qui divise tout le monde.

Le carré rouge est devenu pour certain le symbole de la révolution ultime contre le capitalisme. Porter le carré rouge est devenu risqué. On lit de plus en plus de témoignages de gens qui se sont fait apostrophés par un quidam qui s’en prend à eux parce qu’ils sont “rouges”: “Allez donc travailler comme tout le monde bande de paresseux et laissez-nous tranquilles avec vos enfantillages!” C’est assez semblable pour les verts, moins nombreux à s’afficher.

Et ça dérape. Jean Charest ne serait plus qu’une marionnette à la solde des riches conspirateurs de la planète qui veulent imposer leur modèle économique dans toutes les démocraties. Le mouvement étudiant, plus spécifiquement la CLASSE, est la pointe d’un iceberg révolutionnaire soutenu par les syndicats et possiblement par les groupuscules d’extrême-gauche, quand ce n’est pas d’extrême-droite. Tout le monde est accusé d’être manipulé par tout ce qui existe d’organisations qui surgissent soudainement d’on ne sait où: Les FARQ – Forces armées révolutionnaires du Québec, la CLAC – Convergence des luttes anti-capitalistes, les “communisses”, les “fachisses”, les “ticrisses”!

Si quelqu’un, quelque part, avait souhaité diviser la société québécoise pour des motifs obscurs, on peut lui dire aujourd’hui ”mission accomplie”! On peut même lui faire savoir que le succès dépasse les ambitions. Je ne me reconnais plus dans ce Québec. Tout ce qu’on croyait de nous, ce qu’on imaginait qu’étaient nos valeurs, il y a si peu de temps: une nation distincte, tolérante, solidaire, accueillante, ouverte à la différence, etc., tout ça semble avoir disparu comme un coup de vent. Nous sommes en voie de devenir hostiles les uns envers les autres. Les tribunes téléphoniques ou les commentaires lus dans les pages des chroniqueurs et des blogueurs, les “statuts” et les “tweets” méprisants et haineux deviennent monnaie courante. L’un et l’autre des deux camps font l’objet de menaces contre leur personne. Je suis dégoûté de lire, d’entendre et de voir tout ça… J’aurais envie de faire comme les trois singes de la sagesse (cf. photo).

Pourtant, je ne me résous pas à ce qui est en train d’arriver. Je ne peux pas m’empêcher de voir dans le mouvement social que les étudiants ont suscité une bonne chose pour que notre société s’élève de son matérialisme, son consumérisme et son abêtissement… En même temps, je suis déçu, voire outré (c’est un mot à la mode…) devant les dérapages violents et stupides de certains manifestants et les bavures de certains policiers. Ce que nous donnons à voir de notre nation est de moins en moins sympathique. Des étrangers nous jugent, un milliardaire de la course automobile, une instance de l’ONU. Nous sommes un peuple qui fait l’actualité internationale, mais je ne me réjouis pas de ce que nous montrons de nous-mêmes, plus maintenant.

Je n’ai plus de mot pour dire le caractère urgent de mettre un stop à tout ceci. Je cherche le bouton où c’est écrit emergency. Il nous faut prendre du recul,  sortir de nos ornières devenues bien trop profondes. Pour cela, il faut une trève. Et le seul qui pourrait l’imposer, c’est le gouvernement. Or, il fait partie du problème! Et pour le moment, il ne semble pas envisager de solution autre que de laisser la situation se désagréger davantage. C’est une stratégie électoraliste de plus en plus manifeste. Alors vers qui nous tourner pour trouver un peu de sagesse? Qui, dans ce gouvernement dira enfin: “C’est assez! Donnons-nous une trève jusqu’aux prochaines élections.” C’est ce que je demande sincèrement aux députés de l’Assemblée nationale, en particulier à ceux qui sont du côté du pouvoir. Allo? Y a quelqu’un ?

Voici le premier article d’une nouvelle chronique intitulée “En quête de foi” qui sera publiée chaque mois dans la revue Le messager de saint Antoine et dont je suis l’auteur. Je m’autorise donc à reproduire les articles ici après leur publication. Cela donnera l’opportunité d’échanger sur les idées véhiculées.

Il y a une vingtaine d’années, une chanson faisait le tour du monde. Jordy, un garçon de quatre ans, chantait à tue tête combien il est « Dur, dur d’être un bébé »! En 2012, un fidèle de l’Église catholique trouve qu’il est « dur, dur d’être un catho »! Et les raisons ne manquent pas… Face à l’histoire, des persécutions, des alliances politiques douteuses, du racisme antisémite, des croisades sanglantes, des schismes douloureux, la fameuse Inquisition, des conquêtes assimilatrices, l’obscurantisme face à la science, la domination des consciences, les enfants de Duplessis, les pensionnats autochtones et tous ces scandales de prêtres pédophiles nous sont constamment remis sur le nez! Tout ceci fait partie de l’histoire de la famille catholique dont nous sommes les héritiers. Difficile à contester, même si tout n’est pas toujours vrai comme c’est dit ou rapporté. Alors je comprends qu’on nous pointe du doigt comme une famille à éviter…

Quand on m’a demandé de collaborer au Messager de Saint Antoine, on m’a donné une grande liberté pour une nouvelle chronique. Frère France (le rédacteur en chef) m’a quand même un peu pisté avec l’Année de la foi qui commencera cet automne. Je crois que c’est une bonne idée de traiter des questions de foi en lien avec notre culture pour retrouver une certaine fierté de l’identité catholique.

Séparer Culture et Foi

Habituellement, nous parlons en Église d’une foi qui s’inculture, qui prend des formes propres aux cultures nationales ou ethniques. Par exemple, une célébration catholique vécue en Afrique sera semblable à celle vécue au Québec, mais chacune aura ses expressions culturelles spécifiques, ne seraient-ce que la langue, les chants, les gestes, le rythme, l’actualisation de la Parole, etc.

Pour cette nouvelle chronique, j’aimerais vous proposer un exercice de déconstruction. Chaque mois, je prendrai un thème issu de nos traditions canadiennes-françaises. Je m’attarderai à en décrire quelques aspects pour qu’on s’y reconnaisse. Par la suite, je verrai à chercher dans ces traits de famille de chez nous ce qui pointe en direction de la foi chrétienne. Nous nous mettrons ainsi en quête de foi par une relecture de notre héritage.

Nous avons été témoins de grands changements dans notre société au cours des 50 dernières années. Un Québécois de 2012 se verrait très mal vivre en 1962. La série Les rescapés diffusée à Radio-Canada, avec Roy Dupuis, est un bon exemple du décalage culturel entre les deux époques. Cela nous montre surtout à quel point nous avons changé.

Pour la foi, ce qui ne change pas, c’est la référence à Jésus de Nazareth qui est né, a vécu en laissant un enseignement et des signes, est mort et est ressuscité. En révélant à leurs contemporains cette expérience initiale incomparable, les témoins des apparitions ont jeté les bases de l’Église, puis du christianisme et de la chrétienté. Et cette chrétienté s’est imprégnée dans toutes les dimensions de notre culture. En retraçant comment la foi est inscrite dans nos vies, nos traditions, nos institutions, nous arriverons peut-être à décaper les couches pour une compréhension plus juste de la foi de nos ancêtres. J’espère que nous pourrons ainsi goûter une saveur d’Évangile fraîchement renouvelée.

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