Category: Éthique


Comme il m’arrive souvent de traiter du sujet de la laïcité et que celui-ci est souvent d’actualité, je me suis permis de développer une sorte de table des matières des différents articles qui reviennent sur cette thématique. Il sera plus facile ainsi d’accéder aux différents volets de ma réflexion plutôt que de s’arrêter à l’un ou l’autre de mes billets.

Voici cinq billets dans lesquels je tente de proposer une vision de la laïcité adaptée à notre situation québécoise:

Pour une laïcité bien de chez nous (1)

Pour une laïcité bien de chez nous (2)

Pour une laïcité bien de chez nous (3)

Pour une laïcité bien de chez nous (4)

Pour une laïcité bien de chez nous (5)

Voici d’autre articles qui traitent généralement d’un sujet d’actualité en lien avec le thème de la laïcité:

Laïcité quand tu nous tiens

Un accommodement qui déraisonne

La bataille des mythes religieux

Choisir l’honneur ou le vivre ensemble

Questions sur un projet de “bureau” (des religions)

Être libre jusqu’à l’être religieusement

Prière, symboles religieux et démocratie

Voici un court texte que j’ai fait parvenir à certains journaux en marge du dépôt du projet de loi sur l’euthanasie au Québec.

Véronique Hivon – photo La Presse

Avec le dépôt ce 12 juin 2013 du projet de loi sur l’aide médicale à mourir (euthanasie), le Québec entrera prochainement dans le groupe des pays qui ont imposé à leurs corps médicaux une rupture entre leur engagement à soigner et à sauver des vies depuis toujours et l’obligation de tuer délibérément une personne dont la volonté de mourir serait protégée par une loi qui imposerait à un tiers l’assistance requise.

Introduire la mort provoquée dans l’exercice de la médecine au Québec est loin d’être un progrès. « Tuer la personne qui souffre, même avec la plus grande compassion, n’est pas un soin. Il n’est jamais nécessaire de provoquer la mort d’un patient pour mettre un terme à ses souffrances. » (cf. Manifeste des médecins contre l’euthanasie). Près de quatre patients en fin de vie sur cinq n’ont pas accès à des soins palliatifs au Québec. Pourtant, les malades qui ont cette chance ne revendiquent nullement d’en finir le plus rapidement. 70 d’entre eux ont pris la peine de témoigner devant la Commission pour dire qu’ils ne souhaitaient pas que quelqu’un provoque leur mort avant sa fin naturelle. Qu’est-il donc plus facile de faire devant la peur de la mort? Mettre en place un réseau étendu de soins palliatifs ou plutôt injecter un poison létal qui économiserait des semaines de soins coûteux? La dignité humaine intrinsèque ne se réduit pas au respect du désir d’un patient ou de ses proches, mais à la manière dont on l’entoure jusqu’à son dernier souffle.

Ce gouvernement ne semble pas tenir compte des conséquences et des dérives qui sont pourtant documentées là où on pratique l’euthanasie et le suicide assisté, notamment des taux élevés d’euthanasies sans consentement; l’impossibilité de faire respecter les balises instaurées; des effets dommageables sur la relation médecin-patient; des conflits et des traumatismes chez les soignants et au sein des familles. Pour tout citoyen du Québec, l’hôpital doit demeurer avant tout un lieu sécuritaire pour les malades et leur famille et au sein duquel ils puissent garder intacte la certitude que personne ne va tuer un être cher fragilisé par la maladie…

Mme Hivon et son gouvernement parlent de consensus au Québec. Même si une majorité, selon certains sondages, semble donner un appui à un tel projet, on est encore loin du consensus! La seule option qui vaille, celle de donner des soins de qualité, impliquant le contrôle de la douleur, jusqu’à la fin de notre vie, n’est pas promue à sa juste valeur. Après et après seulement, pourra-t-on considérer les quelques rares demandes qui pourraient subsister.

Je m’oppose à toute législation qui imposerait aux médecins une modification majeure à leur déontologie et au rapport de confiance qu’ils entretiennent avec leurs patients. Je veux que nous mettions plus d’efforts à mettre en œuvre des soins de compassion dans des conditions qui favorisent la qualité de vie des patients en fin de vie et des relations avec leurs proches.

Mme Hivon, cette loi que vous défendez fera grand tort à notre société, en particulier aux plus fragiles d’entre nous que nous devons protéger et soigner. J’espère qu’elle sera tout simplement balayée par les députés, tout parti confondu.

Drogue du viol GHBIl y a toujours eu des garçons aux hormones émoustillées qui ont tenté de persuader, en les manipulant, des jeunes filles à passer un “bon moment” avec eux. Stimulées par l’attrait qu’elles suscitaient chez les garçons, certaines d’entre elles finissaient par succomber à leurs avances et regretter, le lendemain, leur reddition, car le garçon de la veille, loin d’être le nouveau petit ami, s’était mué en vilain crâneur qui se vantait auprès de ses copains de sa réussite, ne laissant à la jeune fille qu’une réputation salie et sa propre honte. Voilà un scénario plus qu’habituel que tant de films américains de High School nous ont rabâchés au point où ça n’intéresse plus vraiment personne.

Avec l’avancée de la science pharmaceutique, le scénario s’est toutefois transformé, en pire. Les garçons prévoient leur coup d’avance. Ils se procurent du GHB ou “gamma-hydroxybutyrate“, communément appelé la drogue du viol et apparemment facile à trouver. Certains prétendent même que des bars de ma région l’offrent à leur client comme s’il s’agissait d’un produit “normal”. Il suffit donc aux jeunes hommes de repérer leur proie et de trouver le moyen de s’en approcher. En se montrant d’abord un peu lourdauds, ils bousculent une jeune femme pour lui faire renverser sa consommation et lui offrir gentiment de la “remplacer”… Même plus besoin de séduire, de faire l’effort de se montrer aimable, galant ou quoi que ce soit. Il suffit d’attendre l’effet qui lui garantira une soumission complète. La fille n’est plus qu’un objet, une poupée jetable après usage, peu importe les conséquences qu’elle aura à vivre. Même si elle n’est plus “responsable” comme autrefois d’un consentement plus ou moins forcé, elle vit pourtant la même conséquence: la honte.

Cela s’appelle… un viol

En comparant les jeunes hommes d’aujourd’hui qui agissent de cette manière à ceux d’hier, je ne peux que conclure qu’ils sont encore bien plus lâches. Cette lâcheté les conduit à un acte criminel, indépendamment qu’il soit sanctionné ou non. Malheureusement, il est de plus en plus difficile aux policiers de prouver le viol, car les moeurs ont bien changé aussi. Personne aujourd’hui ne mettrait en question le droit des jeunes femmes à fréquenter des bars et consommer de l’alcool. On leur reconnaît également le droit d’avoir des relations sexuelles librement consenties à la fin d’une soirée et on peut présumer que c’est devenu habituel. Bref, les situations sont toujours confuses lorsque, le lendemain d’un viol sous GHB, elles croient pouvoir dénoncer leur agresseur qui, le plus souvent, s’est fait aux yeux de tous le bon samaritain en proposant de raccompagner une pauvre fille qui a visiblement trop bu! Il y a bien eu “rapport” sexuel, mais le non consentement, donc le viol, est bien loin de pouvoir être démontré hors de tout doute, cette drogue étant pratiquement impossible à détecter. Le garçon s’en tire et rien ne l’empêchera de recommencer, c’est si simple après tout. Et l’idée se propage et fait des adeptes.

Ces jours-ci, j’ai entendu des femmes témoigner de cette réalité. J’ai été sensibilisé à ce qui serait devenu si fréquent que le risque est élevé pour une jeune femme de se retrouver dans une situation de proie éventuelle. Des organismes communautaires du Saguenay-Lac-St-Jean oeuvrant auprès des femmes ont produit une vidéo qui vise à éduquer en ciblant le violeur. Ce court métrage réalisé par Francis Doucet est d’un réalisme troublant. Je suggère à tous et à toutes de prendre le temps de le visionner et de dénoncer tant qu’il est possible ces jeunes qui ont besoin d’être rééduqués dans leur rapport aux femmes, en les considérant d’abord et avant tout comme des personnes et non pas des objets de plaisir. J’y reviens souvent, mais une éducation à la sexualité me semble plus que nécessaire non pas seulement auprès des jeunes générations, car on dit que “la pilule” fait aussi des adeptes auprès d’hommes plus âgés.  Si vous avez le moindre souci de justice et de respect de la dignité des femmes, veuillez relayer massivement cette vidéo qui fait oeuvre d’éducation et de dénonciation.

Version longue :

Version courte:

En 1989, Michel Rivard publiait sa chanson “C’est un mur” dans laquelle il dénonçait le racisme et dont le refrain scandait “Ni tout à fait noir, ni tout à fait blanc, partout pareils sous le vent”. Avec les études de genre, il pourrait chanter “Ni tout à fait homme, ni tout à fait femme”…

En juin 2011, je publiais un article intitulé Femme ou Homme, peut-on choisir? que je relis aujourd’hui en le jugeant assez ambivalent sur la “Théorie du Genre” telle que la plupart des objecteurs l’appellent toujours. Comme ce sujet revient beaucoup dans l’actualité, après la mobilisation en France contre l’accès au mariage par les couples homosexuels et la vague qu’elle a suscitée jusque chez nous, au Québec, je crois qu’il serait honnête de partager la mise à jour de ma réflexion sur ce sujet.

J’ai pris conscience de cette ambiguïté que je colportais moi-même et que beaucoup de mes coreligionnaires perpétuent en ramenant les études sur le genre à  une théorie explicite, qu’ils appellent familièrement “le Gender”. Beaucoup de commentateurs, y compris catholiques ici, ici et ici, ont tenté, depuis, d’expliquer de manière plus accessible ce que sont réellement les études de genre, parfois avec une certaine vigueur, comme Denis Colombi, un enseignant “du genre”:

Comment [peut-on] se laisser aller à cette crétinerie de confondre travaux sur le genre et négation des différences biologiques ? Tout le monde s’accorde à dire que certains individus ont un utérus et d’autres des testicules et un pénis. La notion de genre n’a jamais remis cela en question. Elle vient simplement rappeler qu’il n’a jamais été possible d’établir un lien biologique entre cette donnée physique et le reste des différences entre les hommes et les femmes. Et que dans nos relations quotidiennes avec les autres, nous ne nous basons pas sur cette donnée biologique, que nous nous employons en plus, dans nos sociétés, à cacher aux autres. L’assimilation “études sur le genre => théorie du genre => négation des différences biologiques” est un mensonge. Les choses sont aussi simples que cela. (Source)

Je comprends donc que les études de genre ne visent pas systématiquement à “nier les différences” entre les sexes, mais plutôt à chercher à en expliquer l’origine pour, éventuellement, en déconstruire certaines qui figent parfois l’inégalité des sexes sous la conviction qu’elles seraient intrinsèques. Si ces différences ne sont pas purement biologiques, elles doivent donc provenir d’autre chose qui se situe ailleurs. Les sciences sociales suggèrent qu’elles sont le fruit d’une construction influencée par de multiples facteurs. C’est relativement simple à comprendre. Mais même si on ne peut pas prouver qu’elles sont biologiques, cela ne signifie pas pour autant, hors de tout doute, que certaines différences entre les sexes ne préexistent pas de manière organique selon que le corps est féminin ou masculin. Si nous n’en sommes plus à une théorie, les études sur le genre ont toutefois encore du pain sur la planche!

Ni de Mars, ni de Vénus donc… de Terre

Je confesse que j’ai beaucoup aimé la démonstration de John Gray sur les différences entre les hommes et les femmes, tirée de son livre Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus. Avec mon épouse, nous nous sommes délectés du spectacle-conférence du Belge Paul Dewandre, qui est le traducteur du livre de Gray. C’est une conférence humoristique où les coups de coude vont allègrement d’un conjoint à l’autre, car sa manière de décrire les différences de fonctionnement en tant qu’homme ou en tant que femme correspond très certainement à du vécu largement partagé. Tous les couples avec lesquels nous avons discuté sur cette vidéo nous ont dit unanimement que ça les aidait à comprendre leur dynamique relationnelle. Il y a donc des différences, c’est clair. Mais proviennent-elles de notre corporéité, de notre cerveau, de nos hormones? De moins en moins sûr, car même les études sur le cerveau démontrent qu’il n’y a pas plus de différences significatives entre le cerveau d’un homme et celui d’une femme que dans le cerveau de deux personnes du même sexe! En réalité, chaque cerveau présente à l’imagerie une configuration unique. La neurologue Catherine Vidal en déduit ceci:

Il est très important de souligner que le genre n’est pas une théorie mais un concept. C’est un objet de recherche, essentiellement en sciences humaines et sociales, où les chercheurs s’accordent pour montrer que le sexe biologique ne suffit pas à faire une femme ou un homme. Or, ce concept est désormais validé par les recherches en neurobiologie qui démontrent l’extraordinaire plasticité du cerveau. Une capacité que l’on ne soupçonnait pas il y a ne serait-ce que quinze ans. (Source)

Je trouve personnellement stimulant de discuter de ceci plutôt que de rejeter en bloc, au nom d’un principe immuable, toute recherche qui tendrait à démontrer qu’on ne peut pas fonder les différences sur des éléments de “nature”, mais plutôt de “culture”. Différents, nous le sommes bien réellement, mais il est probable que nos différences, notamment celles que nous nous reconnaissons dans une société occidentale comme la nôtre, soient en bonne partie distinctes de celles que nous pouvons trouver dans une culture asiatique particulière.

Il va de soi que la corporéité a induit des différences, notamment par la force et la violence qui ont été davantage la réponse des hommes à l’insécurité et au besoin de subsister que celle des femmes, qui peuvent avoir développé plus de dons dans les relations. Il est sans doute réaliste de poser comme prémisses de la différence des sexes l’imposition par la moitié “forte” de l’humanité d’une manière de se comporter devenue avec le temps propre aux hommes, ces chasseurs, guerriers, protecteurs devenus travailleurs, militaires, politiciens! Ce que nous avons pu observer de nos civilisations au cours des siècles derniers et qui se décline en termes de comportements, attitudes, fonctionnement et postures, a pu être attribué par déduction à la nature plutôt qu’à un travail de construction d’une identité genrée qui serait le fruit de l’évolution. La neurobiologie affirme cependant que la plasticité du cerveau est une réalité biologique qui permet à chaque être humain de remodeler ses croyances, ses convictions, ses modes de relation, etc. en fonction de l’environnement, de la culture dans laquelle il se trouve, au point où “l’image” qu’il renvoie est différente d’une période à l’autre de sa vie. Si le cerveau évolue à mesure que changent nos conceptions, nos convictions, nos valeurs, alors oui, les études qui démontrent que le cerveau humain est potentiellement le même, qu’on soit homme ou femme, sont tout-à-fait crédibles.

Différents ou pas, finalement?

J’en reviens à John Gray et Paul Dewandre qui “décrivent” les différences bien plus qu’ils ne les expliquent. Mais ils décrivent ce qu’ils constatent des hommes et des femmes de nos générations dans notre contexte particulier, résultat de notre éducation et d’engrammes* qui sont inscrits dans notre corps, d’où notre propension à les relier à une “nature” masculine ou féminine. D’un autre côté, nier ces différences réelles et perçues reviendrait à nier l’autre qui est et sera toujours unique. Les absolutiser comme étant propres à un sexe ou à l’autre reviendrait à refuser leur fixation dans le temps pour différentes raisons. Maintenant, peut-on anticiper un monde où plus aucune différence n’existerait entre les sexes? Certainement pas, mais, en vertu des recherches en sciences sociales, maintenant appuyées par la neurobiologie, c’est théoriquement imaginable. Certaines oeuvres de science-fiction tendent à aller dans ce sens.

J’aime bien l’idée “rafraîchie” par les découvertes sur le cerveau que nous sommes tous uniques, donc tous différents. Et en même temps que tous les possibles nous sont ouverts, même si nous ne pouvons mathématiquement pas être tout et que, donc, nous serons toujours partiels, incomplets, inachevés. Mais notre incomplétude appelle celle de l’autre, elle-même ou lui-même différent et en besoin de se relier et de partager notre humanité commune. Y a-t-il une nature féminine et une nature masculine propres? Je ne sais pas, je ne sais plus. Ce que je sais, c’est qu’il y a une nature humaine.

C’est sans doute en cela que le travail de Marie Balmary, psychanalyste qui a “revisité” la Bible, la Genèse notamment, me revient en mémoire et peut nous éclairer. Selon sa compréhension des deux textes de la Création (cf. Genèse 1 et 2), Dieu est l’Incréé. L’auteure pose la question:

“Combien de fois ai-je cherché à comprendre la logique divine à ma façon… Discutant, réfléchissant, je me disais: comment l’Incréé peut-il s’y prendre pour faire des êtres incréés semblables à lui ?” Et sa réponse est décapante: “Les créer le moins possible et leur permettre d’advenir.” (La divine origine, p. 116).

Pour elle, l’humain est à peine créé! Il a donc à s’inventer à partir du moment où il dit “JE”. Cette lecture a de quoi requestionner certaines visions étriquées de l’ordre naturel créé et voulu par Dieu. Car, à l’origine, Dieu a voulu l’humain libre, en lui fournissant la matière de base et en le laissant à sa responsabilité de devenir. Nous sommes bien loin d’une création figée dès le commencement et qui marquerait à jamais une différence de nature entre l’homme et la femme.

Comment conclure? En fait, il n’y a rien à conclure, car c’est un sujet in-fini. Je ne peux que m’adresser en particulier aux chrétiens et aux chrétiennes. Plutôt que de nous élever comme une force morale qui voudrait à tout prix défendre une conception, elle-même propriété d’une institution, aussi divinement inspirée qu’elle puisse l’être, ne devrions-nous pas nous repositionner en co-créateurs qui encouragent chacune et chacun à devenir. Ne devrions-nous pas être des faiseurs de liens auprès de tous ceux et celles qui sont en recherche, quitte à nous faire remballer parfois? Personnellement, à travers le dialogue, la lecture ciblée d’auteurs pensant différemment et surtout à l’extérieur d’une certaine métaphysique, j’ai trouvé d’autres “fragments” de vérité. S’ils concourent à l’approche de LA vérité, ils ne peuvent donc être si étrangers aux chercheurs de Dieu, car en cherchant la vérité, ne risquent-ils pas de croiser Dieu quelque part? Redevenons chercheurs et chercheuses avec tous les humains plutôt que des donneurs et donneuses de réponses toutes faites. L’histoire a bien montré que le dogmatisme en matière de connaissance sur l’humain et sur l’univers créé a souvent humilié, à posteriori, nos prédécesseurs dans la foi et nous-mêmes par conséquent.

* L’engramme serait la trace biologique de la mémoire (trace ou artefact mnémonique) dans le cerveau (cf. Wikipedia).

En 1988, après la victoire en Cour suprême.

Henry Morgentaler est décédé aujourd’hui à 90 ans. Lorsqu’il a commencé son combat pour le droit absolu des femmes à disposer de leur corps librement, dans les familles traditionnelles comme la mienne, il était jugé comme un véritable monstre. Comment pouvait-on imaginer tuer des bébés dans le ventre de leur mère? Mes parents étaient révoltés lorsque ce médecin affichait ses convictions, soutenues par les groupes féministes purs et durs à coups de manifestations qui montraient une autre image de la femme que celle habituellement valorisée!

Enfant, j’étais révolté tout comme mes parents. Lors du jugement de la Cour Suprême en 1988, je n’arrivais pas à comprendre comment on pouvait célébrer l’exécution annoncée de tous ces foetus, moi qui fut élevé dans une famille de huit enfants voulus, désirés, aimés.

Une certaine ouverture

Ma vie d’adulte allait me conduire à rencontrer ces femmes qui pensaient autrement que dans mon milieu familial. D’abord des professionnelles dont la vie de travail paraissait fondamentale, tout autant qu’à moi. Celles qui étaient ouvertes à l’enfant le souhaitaient au moment favorable. Elles affichaient l’importance de la planification des naissances. La contraception faisait “naturellement” partie de leur vie. Avec ma conjointe, nous avions fait le choix de nous en passer. Nous voulions des enfants, point. J’étais donc en contradiction apparente avec mes collègues sur ces questions tout en respectant leur choix.

Le premier choc de l’avortement nous frappa alors que l’anxiété commençait à nous envahir face au fait de ne pas parvenir à procréer. Nous apprîmes qu’une jeune cousine était partie à l’extérieur de sa région pour subir une interruption de grossesse, à l’encontre de l’avis de ses parents, des catholiques pratiquants et très engagés. Je me rappelle avoir pleuré avec ma femme au moment où nous parlions avec sa tante et la priions de convaincre sa fille de laisser naître l’enfant en nous engageant à l’adopter ou à en prendre charge jusqu’à ce que sa maman le puisse et le veuille. Rien à faire. C’était un vrai drame pour notre couple infertile. Cependant, nous avons été touchés par le témoignage de ses parents qui, après toutes les tentatives de persuasion auprès de leur fille, s’étaient résignés à la laisser faire sans pour autant jamais la renier. L’amour était plus fort que le crime commis.

Au plus profond de moi, je le confesse, toutes les raisons évoquées ne me paraissent jamais vraiment inéluctables, car elles ont toutes une solution réelle et envisageable: l’adoption. N’avons-nous pas, ma femme et moi, adopté cinq enfants qui sont nos véritables amours? Pour cela, il a bien fallu qu’ils naissent! Et c’est cette générosité de la femme qui accepte d’accoucher et de confier son enfant à l’adoption que nous avons souvent célébrée, ma femme et moi, parce qu’elle nous offrait ainsi la chance d’être parents. Et c’est pour cela aussi que nous nous sommes engagés dans une association qui fait la promotion de l’adoption des enfants les moins “désirables“. Mais je vois que cette solution est rarement prise en compte par les femmes qui choisissent l’interruption de grossesse… Je dois donc accepter ce choix par respect de la liberté et de la conscience.

Avec le temps et la minimisation de ma culture machiste au sein de groupes de travail équitables, j’ai commencé à mieux saisir le dilemme qui envahit une femme aux prises avec une grossesse non désirée. Je crois comprendre de mieux en mieux (du mieux que je peux serait plus juste) le trouble qui envahit une femme lorsqu’une altérité s’installe et se met à jouer avec ses hormones. Mon observation des changements hormonaux est assez aiguisée avec les années de mariage (oups, ça c’est le macho qui remonte en moi)! Bref, j’en suis venu, avec le temps et peut-être une certaine compassion, à au moins ne plus m’objecter à ce qu’une femme, une fois qu’elle a toutes les données en main, puisse faire le choix – malheureux quoi qu’on en dise – de supprimer cette vie en devenir.

La première raison qui me porte à cela, c’est que je suis un homme et que jamais je n’aurai à faire ce choix. Je ne pourrai jamais le comprendre totalement. M’y opposer, en tant qu’homme, ne semble pas recevable, même si en tant que père potentiel (n’oubliez pas que j’adopte des enfants), je revendique le droit de me sentir concerné. La seconde raison est plus philosophique. Mener une guerre à coups de pancartes, de manifestations et de slogans ne peut que nous diviser davantage comme peuple et susciter la haine viscérale de l’autre camp. C’est d’ailleurs un peu la leçon que je tire de la dernière année des Français autour du mariage gay. L’opposition s’est tellement cristallisée qu’il faudra des années et peut-être des générations avant que les blessures ne guérissent et que le respect revienne peu à peu. L’amertume des “perdants” dans cette cause est palpable. La vindicte de l’autre camp l’est tout autant. Ce n’est pas ce je que souhaite pour mon pays.

Un respect pour l’homme

Bref, le Dr Morgentaler ne peut pas être identifié à un monstre car c’est une cause humaine qu’il a défendue alors que très peu d’hommes ne l’auraient fait comme il l’a fait. Il a été vu comme un héros par un grand nombre de femmes. Pour moi, il ne le sera donc qu’à moitié même si, aujourd’hui, c’est cette figure qui semble célébrée alors qu’on annonce son décès. Sur les médias sociaux, je vois à quel point il a su gagner le respect d’une grande partie des femmes et de toutes les féministes. Cependant, pour moi, maintenant, c’est l’humain que j’aimerais reconnaître. Je voudrais lui demander pardon de l’avoir jugé comme un monstre, même si je déteste, sans pouvoir rien y faire, l’idée d’imaginer qu’on aspire ou qu’on découpe un foetus, un être-humain-en-devenir conçu dans une rencontre sexuelle qui n’a pas suffisamment pris en compte la possibilité qu’il fasse partie de l’équation… Le Dr Morgentaler restera pour moi un homme qui s’est battu pour ses principes, ses convictions, au service d’un grand pan de l’humanité, la moitié en fait, afin qu’elle puisse avoir le droit de dire non et d’être traitée avec respect dans un contexte médical de qualité. Voilà, quand même, un être humain qui a de la valeur…

Vous le sentez, chacun des mots qui précèdent est difficile à écrire. Et c’est bien là que réside mon malheur: pour chaque femme qui fait le choix d’interrompre sa grossesse, une vie humaine est supprimée. Malgré toute mon ouverture, je ne peux taire cette douleur qui revit en moi, chaque fois que je viens à savoir qu’un avortement a eu lieu… Heureusement que je n’ai pas cette conscience pour les 100 000 qui ont lieu chaque année au Canada et près de 30 000 au Québec seulement. C’est un fait et c’est sans doute irréversible.

Alors peut-on, à tout le moins, réclamer tous ensemble qu’une véritable éducation à la sexualité et à l’amour soit mise en place et qu’elle valorise la prévention plutôt que la solution fatale? J’aimerais bien qu’un nouveau (plutôt une nouvelle!) Dr Morgentaler se lève pour défendre cette cause-là, aussi.

Fille ou Garçon

Un garçon, c’est bien; une fille, c’est non !

Depuis quelques années, les avortements sexo-sélectifs sont de plus en plus révélés au grand jour dans notre pays. Ce qui était au départ l’affaire de quelques individus serait en train de prendre des proportions inquiétantes. Pour la majorité des parents, connaître le sexe de son enfant à la première et surtout à la deuxième échographie est une source de fébrilité et d’amusement. Dans nos familles, on y va souvent de pronostics quand ce n’est pas carrément un jeu de paris ouverts! Mais il ne nous est jamais arrivé de mettre en question la poursuite de la grossesse si le sexe ne correspond pas au souhait des parents. Pour le premier, cela va de soi qu’on prend “ce qui vient”. Pour le deuxième, on peut espérer que ce soit l’autre sexe. Au troisième, les attentes peuvent être plus fortes si les deux premiers sont du même sexe… Mais si c’est encore une fille, alors que le couple veut bien un enfant, personne n’imaginerait un avortement en vue d’une autre grossesse qui, celle-là, donnerait, peut-être enfin, le sexe attendu. Non, jamais !

L’importance du mâle

La chasse aux fillettes est désormais bien documentée dans quelques pays. Elle semble arrivée chez nous, au Canada et même de plus en plus au Québec. Si cette situation survenait auparavant dans quelques cas isolés, le médecin ne devait pas s’interposer dans la décision de la mère de ne pas poursuivre sa grossesse. Il est plutôt convenu que c’est le choix de la femme qui prédomine et que ses raisons lui appartiennent à elle seule. Mais quand le phénomène s’accroît au point où il devient courant, on peut comprendre que les personnes qui font parties des équipes d’obstétrique se mettent à murmurer au point d’alerter les autres que nous sommes.

On attribue généralement cette situation aux familles immigrantes asiatiques, surtout chinoises et indiennes. En Chine, la politique de l’enfant unique, pour réduire la surpopulation, a provoqué cette surenchère pour que le seul enfant qui naisse soit un fils et non une fille. Avoir un fils, c’est mieux qu’une fille, peu importe les conséquences. Inutile d’énumérer les raisons qui peuvent pousser les couples à confier leur fille à l’adoption, le plus souvent en cachette, afin de pouvoir se donner une autre chance de mettre au monde un garçon. En réalité, ici-même au Canada français, le temps n’est pas si loin où nos familles préféraient encore les garçons aux filles. Quand Monsieur Dupont annonçait la naissance de son premier, cigare “bleu” en mains, c’était une joie souvent plus grande parmi les proches que s’il avait annoncé une fille… Le premier-né, s’il était garçon, était un signe providentiel. Il allait pouvoir suivre les pas de son père, que ce soit à la ferme ou dans une profession honorable et transmettre le nom de famille. Le deuxième fils serait éventuellement prêtre. Quant aux filles, leur sort était vite réglé: ou bien elles seraient ménagères ou bien religieuses. Bref, nous n’avons qu’à nous rappeler ces temps pas si anciens pour comprendre que d’autres cultures restent encore bien accrochées à la suprématie du mâle en matière de procréation.

Mais qui décide?

Comme il s’agit de phénomènes culturels qui influencent nettement l’identité individuelle des couples, il va de soi que, dans une société qui ne procure aucun droit à l’embryon ni au foetus, la tentation de recourir à l’interruption de grossesse sexo-sélective est bien réelle. En Chine, si le premier enfant est une fille, tant pis, ce sera cet enfant et ce sera le seul. Mais au Canada, seule la décision de la mère est prise en compte dans le choix d’interrompre la gestation. Il suffit de demander pour que cela se réalise. Admettons que c’est une situation inouïe pour un couple qui croit qu’il est éminemment plus souhaitable d’avoir un garçon qu’une fille pour commencer sa famille: “Ah bon? On peut supprimer et retenter le coup? Alors oui, allons-y, supprimons celle-ci et attendons de voir le prochain.”

En réalité, la femme est rarement seule à décider. C’est avec la pression de toute la famille, du conjoint et de leur culture communes que la décision de cesser la grossesse est prise. Et on assiste donc, après les handicapés, à la suppression massive de foetus féminins.

Le dilemme pro-choix

Les femmes du Canada ont bataillé chèrement pour obtenir le droit de disposer librement de leur corps, signifiant par le fait même le choix de garder ou non l’enfant qu’elles portent, peu importe la manière dont il a été conçu. Disposer librement, c’est pouvoir décider sans pression de quiconque. La pression d’autrui est un concept bien difficile à jauger. Par exemple, lorsque toute une société met en garde les couples sur la lourdeur que représente un enfant au pronostic de trisomie 21, par exemple, et que les témoignages des parents confirment souvent cette impression alors qu’ils revendiquent, au nom de la justice et de la solidarité nationale, de l’aide pour alléger leur charge, nous pouvons nous demander s’il ne s’agit pas d’une forme de pression collective sur la femme qui doit choisir de garder ou non l’enfant dont le pronostic va dans ce sens.

En ce qui regarde le sexe de l’enfant, je fais l’hypothèse que le mouvement féministe est totalement piégé. Si les féministes continuent de lutter pour que d’aucune façon le droit à l’avortement ne soit jamais discuté ou débattu dans les parlements, elles finissent par ne plus pouvoir se montrer solidaires de toutes ces filles qui ne naîtront jamais sur la seule base qu’elles seraient plus tard des femmes comme elles. Il s’agit nettement de discrimination à l’égard des femmes, à commencer par le début de leur conception. Je trouve cela insensé. Quelle est la valeur de l’enfant à naître? Vaudrait-il plus s’il est de sexe masculin plutôt que féminin? N’y voyez-vous pas une question de société? Et lorsque nous voulons débattre de telles questions, ne revient-il pas à nos députés, en l’occurrence les femmes élues aux parlements, d’aller jusqu’au bout de leurs convictions sur l’égalité hommes-femmes en dénonçant cette vague croissante de suppression des foetus de sexe féminin?

Je suis prêt à aller au combat avec les féministes sur cette question, car je suis avec elles sur les implications de l’égalité dans toutes les dimensions de notre société.

Voici le dixième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de mars du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

Le mois de mai évoque la saison forte pour le monde agricole et les emplois saisonniers. C’est aussi le 1er mai que les évêques du Québec publient leur message annuel à l’intention des travailleurs.  Quel est le lien entre la foi chrétienne et le travail ? Quel héritage l’Église a-t-elle laissé face au travail humain?

Les conditions de travail au début du siècle dernier – Pulperie de Chicoutimi

Si, dans la Genèse, le travail est surtout lié à la malédiction suite à la chute originelle, la tradition de l’Église a compris peu à peu que travailler, c’est aussi contribuer à réaliser le règne de Dieu, lorsque les conditions du travail favorisent la dignité humaine, notamment l’autonomie et la liberté, des aspects essentiels de la pensée sociale de l’Église.

À l’occasion du 175e anniversaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mgr André Rivest s’est plu à rappeler que c’est au cœur de son diocèse que fut créé le premier syndicat canadien. Il fut fondé par Mgr Eugène Lapointe qui s’était mis au service des travailleurs de la Pulperie de Chicoutimi dont les conditions de travail étaient particulièrement inhumaines. À sa suite, d’autres syndicats se sont formés, souvent inspirés par des militants membres de groupes d’action catholique en milieu ouvrier. Entre la crise de 1929 et la fin des années soixante, les aumôniers de syndicats ont ainsi contribué à l’amélioration des conditions de travail en liant l’engagement des militants à l’appel de l’Église pour la justice sociale.

Gagner sa vie dans la dignité

À l’époque où les premiers syndicats, soutenus par l’Église, se sont mis à réclamer des conditions plus décentes, personne n’aurait pu souscrire à l’adage « le travail, c’est la santé »! Au contraire, un grand nombre de nos ancêtres ont laissé tout ce qu’ils avaient d’énergie afin de gagner la pitance pour leur famille. Si l’Église n’avait pas encouragé les travailleurs à se regrouper, ceux-ci profiteraient-ils des conditions qu’ils ont obtenus depuis? Même les travailleurs non-syndiqués sont beaucoup mieux traités dans notre société qu’en ces époques de servitude. N’est-ce pas de cette manière que l’Évangile « en acte » fait oeuvre de libération?

Les travailleurs syndiqués de Rio-Tinto-Alcan en lockout en 2012

Si le mouvement syndical est sujet au mécontentement de bien des gens dans la société et même souvent de syndiqués, c’est peut-être qu’il s’est un peu éloigné des intentions de ses pionniers. Ceux-ci avaient la conviction, appuyés par leur fréquentation des évangiles, qu’ils rendaient le monde meilleur en réclamant des conditions de travail plus humaines. Le monde du travail est effectivement bien meilleur, mais le contexte de mondialisation rend les acquis vulnérables partout. Que dire alors des travailleurs des pays émergents qui sont devenus les fournisseurs de pratiquement tout ce que nous consommons? Leur sort est directement relié à notre volonté de développer un monde plus équitable, exactement comme le désiraient les fondateurs du syndicalisme.

Un héritage à reconnaître

L’engagement des chrétiens pour la justice en milieu ouvrier a transformé notre monde. Il a permis de dégager du temps pour les loisirs, de réduire les heures de travail et d’augmenter les jours de vacances. Grâce au combat mené par les croyants engagés d’autrefois, nous profitons d’une vie plus saine et du temps que nous pouvons choisir de donner librement.

La famille idéale

La famille idéale ? (Photo: http://www.cote-momes.com)

Par intérêt personnel, j’observe chaque jour de mon Québec séculier la situation française où le débat fait rage autour du projet de loi sur le mariage gay et l’ouverture à l’adoption par deux papas ou deux mamans. De mon pays, où cette situation existe depuis plus de 10 ans, je tente de voir le changement anthropologique majeur que nous aurions dû vivre et je n’y parviens pas. Ou si peu. Et là, devant la radicalisation des tensions en France, je me demande sincèrement si ce combat en vaut le coup. Je suis choqué surtout par la démagogie des discours et les invectives réciproques. On a déjà vu un peuple français plus réfléchi, plus inspirant aussi dans sa capacité d’analyser les situations et les risques, et dans sa facilité à débattre de grands enjeux s’en se mettre à frapper son adversaire aussi bassement qu’à travers tout ce qu’on peut lire de la part des deux camps… Peut-être me suis-je fait une image idéalisée de ce pays. Pour l’heure, je serais incapable de m’associer ni à l’un ni à l’autre des camps en présence.

Dans le rêve, il y a le mieux…

En réfléchissant à tout ceci, je me suis mis à imaginer un monde idéal dans lequel tous les enfants conçus naîtraient. Dans un tel monde, pour qu’ils arrivent à trouver le bonheur, il vaudrait mieux que tout soit parfait…

  • Il vaut mieux que les parents ayant conçu un rejeton l’ait fait dans un contexte d’amour authentique, engagé et durable.
  • Il vaut mieux qu’un enfant ne soit jamais importuné durant toute sa grossesse, ni par les comportements à risque pour son développement (fumée, alcool, substances, etc.); ni par l’angoisse de sa mère qui pourrait être allée jusqu’à penser le supprimer; ni encore par le désir de cette dernière qu’il soit autre chose que ce qu’il est déjà, à savoir une fille, un garçon, dont l’orientation soit tournée vers le même ou l’autre sexe, avec ou sans anomalie génétique, éventuellement autiste ou déficient intellectuel, bref, qu’il ne serait pas parfait…
  • Il vaut mieux que les circonstances de sa naissance soient optimales: un père aux côtés de sa maman, l’ayant soutenue durant les mois qui ont précédé afin qu’elle soit au meilleure de sa condition physique et psychologique; un accouchement sans problème; les premiers souffles de vie au sein d’une famille dont l’accueil et l’amour sont déjà à leur sommet.
  • Il vaut mieux que le papa et la maman de cet enfant demeurent unis tout au long de sa croissance et même après, et qu’ils l’éduquent juste comme il faut sans jamais trop le corriger, afin de lui assurer une parfaite stabilité affective et qu’il se développe au meilleur de son potentiel.
  • Il vaut mieux que sa famille soit équilibrée, avec juste assez de frères et soeurs pour lui permettre de développer des habiletés sociales, un sens du partage et de l’entraide, et que jamais un accident ou la maladie ne vienne briser cet authentique paradis terrestre.
  • Il vaut mieux que le papa gagne beaucoup de sous et que la maman ait tout le temps nécessaire et plus encore pour s’occuper de lui, le cajoler, répondre à ses besoins, le sécuriser, lui apporter tout ce que la vie moderne a inventé afin qu’il soit heureux et que sa croissance soit harmonieuse.
  • Il vaut mieux qu’il n’ait que des succès scolaires afin qu’il développe la meilleure estime de soi et qu’en grandissant il lui soit toujours possible de réaliser le meilleur de lui-même.
  • Il vaut mieux qu’il soit clairement hétérosexuel et que cette orientation soit reconnue très tôt dans son enfance afin qu’il se développe selon les attributs de son genre et qu’il sache se positionner en face des autres, en tant qu’homme ou en tant que femme, inspirant ainsi le respect de tous.
  • Il vaut mieux qu’il décroche un emploi qui correspond parfaitement à ses rêves et à la formation qu’il s’est donnée et que ses patrons sachent le valoriser, le promouvoir et l’assurer d’une sécurité qui le rendra serein et performant.
  • Il vaut mieux que la maladie ne vienne jamais affecter le cours de sa vie, ni les ruptures, ni les deuils, car ces expériences de souffrance pourraient brimer son potentiel et le rendre inquiet.
  • Il vaut mieux que sa vie soit sans failles: un amour qui arrivera de la manière la plus romantique, des enfants qui naîtront dans un contexte tout aussi parfait que le sien, une fierté de les voir grandir et se développer, la joie de finir ses jours entouré des siens, en laissant, avec son dernier souffle, un profond sentiment d’une vie bien remplie et heureuse…

On pourrait ajouter bien d’autres éléments d’une vie parfaite. Mais la vie n’est jamais comme ça, jamais complètement en tout cas.

Dans la vie, il y a ce qui est…

  • Il arrive que bien des enfants soient conçus d’un désir confus, d’un amour flou, parfois même dans la violence; que l’enfant ne soit pas attendu pour lui-même, qu’il soit accidentel ou même utilitaire dans une tentative de recoller les morceaux d’un couple en dérive. 
  • Il arrive que la vie intra-utérine soit marquée par de nombreux incidents: le choc d’apprendre que cette vie s’installe dans le corps d’une femme à un moment inopportun; le souci financier car la situation est précaire; le stress et l’anxiété poussant la mère à continuer ce qu’elle faisait déjà, parfois avec plus d’insistance (boire, fumer, consommer des substances, travailler dans un cadre défavorable, etc.); l’angoisse de cette mère devant les possibilités que l’enfant ne corresponde pas à ce qu’elle voudrait; devant l’éventualité d’un accouchement difficile; devant la perspective de choisir entre l’enfant et le conjoint; de se retrouver seule et sans soutien… Bref, il arrive que “la vie avant la vie” ait déjà marqué fortement l’enfant avant qu’il ne voit le jour.
  • Il arrive que le couple n’est pas à son meilleur au moment de son arrivée, qu’il se soit déjà défait et que la maman soit abandonnée ou bien réengagée avec un autre conjoint; que les frères et soeurs, ou demi-frères et demi-soeurs, ne soient pas disposés à partager l’espace et le coeur de leurs parents déjà bien occupés; qu’un grand frère ou une grande soeur soit atteinte d’une maladie ou d’un handicap qui occupe toute l’attention des parents; que cet enfant arrive lui-même avec une différence et qu’il suscite des réactions diverses, allant du choix de l’abandonner à la charge d’autres (adoption) à celui de l’assumer, parfois avec des efforts qui grugent la capacité de manifester son amour.
  • Il arrive que les conditions financières soient désastreuses en raison d’un emploi perdu, d’une situation d’appauvrissement chronique, une rupture précédente coûteuse; et que l’enfant n’a parfois même pas le nécessaire pour assurer son développement de base.
  • Il arrive que l’enfant soit confus dans son rapport aux autres alors que des attentes face à son orientation sexuelle lui imposent d’être autrement que ce qu’il “sent”; et qu’il devienne ainsi l’objet de rejet, d’intimidation, de haine; qu’il soit alors si marqué par tout ceci que son estime de soi descende à zéro, que son avenir devienne inexistant, que sa vie soit un enfer.
  • Il arrive que la santé se dégrade ou qu’un accident survienne, parfois même dans l’enfance, et que tous les rêves s’effondrent.
  • Il arrive que, suite à une série de situations comme celles qui précèdent, un jeune arrive à la  maturité avec de grandes carences affectives ou développementales, qu’il ne sache pas se comporter comme un adulte libre et responsable; qu’il fasse des choix malsains et parfois malicieux; qu’il se retrouve dans un groupe aux comportements non recommandables; qu’il devienne un véritable cauchemar pour ses parents.

Il arrive ce qui arrive et le mieux n’est pas toujours au rendez-vous! Par exemple, le début de la vie n’a pas été au mieux pour mes cinq enfants adoptés, nés dans un monde inadéquat pour les accueillir tels qu’ils étaient. Elle n’a même pas été parfaite pour moi qui suis né dans une famille traditionnelle, car il eut mieux valu, selon mon analyse, biaisée, que tant de choses aient été différentes… Un professeur de philosophie au collège nous avait cité ce fameux proverbe afin de nous sensibiliser aux dangers du perfectionnisme: “Le mieux est l’ennemi du bien”. En ne voulant que d’un monde idéal, on risque de n’être plus en mesure de voir le bien dans l’imparfait. Car il est réellement présent, le bien, dans le monde actuel, tel qu’il est.

On trouvera toujours des témoins qui viendront affirmer qu’ils ont vécu plus ou moins l’enfer à cause de leurs parents ou de la société et qui soutiendront la thèse du mieux plutôt que de faire le meilleur avec ce qui arrive:

  • “Si je suis comme ça, c’est à cause de mon père alcoolique…” 
  • “Si je suis comme ça, c’est à cause de ma mère dominatrice…”
  • [Ajoutez ici vos propres] “Si je suis comme ça, c’est à cause de…”
  • Et, pour arriver à mon sujet: “si je suis comme ça, c’est parce que j’ai eu deux papas (ou deux mamans) qui m’ont privé d’une mère (ou d’un père)…”

Nous avons probablement tous rêvé un jour d’avoir d’autres parents que ceux que la vie nous a donnés. Nous portons des marques psychologiques et affectives de leurs faiblesses et de leurs erreurs, parfois de leur incapacité à aimer pleinement. Et nous voudrions recommencer notre vie d’enfant dans un contexte idéal, en imaginant qu’ainsi nous serions différents de ce que nous sommes devenus et qu’alors nous nous aimerions davantage tels que nous serions!

La vie idéale n’existe pas. Nous naissons sans l’avoir demandé. Après coup, peut-être que certains d’entre nous auraient préféré que leur mère choisisse l’interruption de grossesse, mais ce n’est pas arrivé puisque nous sommes là. Nous devons vivre dans un monde de finitude, d’imperfection, de fragilités. Chaque jour, nous vivons sous l’influence des autres qui sont tous et toutes, eux aussi, des êtres vulnérables. Pouvons-nous, alors, choisir le bien que nous avons plutôt que de passer notre vie à regretter le mieux qui n’est pas arrivé?

Deux papas ou deux mamans n’est peut-être pas le mieux. Mais un papa et une maman non plus ou pas toujours, sinon sur papier. J’ai à décider que mes parents, ceux que la vie m’a donnés, sont ce qui est bien pour moi. J’ai à les regarder tels qu’ils sont, à les honorer pour la vie qu’ils m’ont donnée, à les aimer et à vivre ma vie du mieux que je peux. J’ai surtout à devenir l’être humain que le meilleur de moi-même m’appelle à être, peu importe ce qui m’a fait ou défait. Et pour cela, j’ai besoin des autres quels qu’ils soient, tels qu’ils sont. Ne pouvons-nous pas tenter de faire un monde meilleur, à partir de ce qu’il est et du bien que nous pouvons en tirer, plutôt que regretter sans cesse le mieux qu’il n’aura jamais été?

Le corps, objet de désir

Le corps, objet de désir

Je suis parent de cinq garçons et d’aucune fille. Je constate cependant, comme tant d’autres, le phénomène de l’hyper-sexualisation chez les fillettes de plus en plus jeunes. Si ce n’était qu’une simple question de mode ou d’apparence, à la limite ça pourrait toujours passer. Les gens sont libres de s’habiller de la manière qu’ils veulent, après tout. Mais avec les événements de plus en plus fréquents — du moins c’est l’impression que j’en ai — de ces histoires de viols collectifs, de “tournantes” comme ils disent en France et des conséquences dramatiques lorsque ces crimes sont ensuite diffusés ostensiblement sur les réseaux sociaux, là je me dis que rien ne va plus. Et je me demande souvent comment je réagirais si j’étais le papa d’une jeune fille, dans un tel contexte…

Un féminisme fragmenté

Cela m’amène à me poser une question à propos de l’état actuel du féminisme. Certaines me contesteront, mais je vois une fragmentation au sein des attitudes féministes entre celles (et ceux) qui militent pour l’égalité en tout et partout, d’une part; et celles qui ont davantage pris la ligne de faire de leur corps ce qu’elles veulent. Quand les deux revendications ont convergé, de grandes victoires ont été réalisées, à commencer par le droit de vote, celui de travailler, de gérer son argent et peu à peu d’accéder aux plus hautes fonctions ou celles réservées traditionnellement aux hommes. Rappelons que le règlement sur la parité salariale a 10 ans à peine! Je me dois de saluer également une avancée réelle dans le libre choix des femmes à disposer librement de leur corps, incluant, bien entendu, le droit de consentir ou non à des relations sexuelles, mais également à pouvoir interrompre une grossesse non désirée dans des conditions cliniquement sûres (et ce, même si je persiste à poser la question de l’autre vie en cause et qui n’est le sujet d’aucun droit reconnu).

Mais quand des femmes, surtout des nouvelles générations, tendent à offrir elles-mêmes leur corps comme un objet parmi d’autres dans le marché de la consommation et que cela est fait au nom du même droit de disposer librement de son corps, là j’ai des doutes profonds sur les dommages causés dans la société. En effet, si le désir de l’autre, qui passe inévitablement aussi par la médiation de son corps, est une chose tout à fait saine lorsqu’il est réciproque, maîtrisé, encadré, protégé, et, ce qui serait souhaitable, engagé, il devient hautement pervers lorsqu’il se limite au corps seul, sans “l’autre”. On peut désirer une personne en raison de l’attrait qu’elle suscite en soi, souvent malgré elle, mais les choix qu’on a fait d’être une bonne personne, de respecter l’autre et ses engagements éventuels (par exemple si on est déjà en couple), les règles plus ou moins tacites en matière de comportement, etc. font qu’on s’en tient généralement à lui offrir son plus beau sourire, lui tendre une main ou échanger une bise décente. C’est ainsi que des gens bien élevés se comportent habituellement. Si quelque chose est appelé à se développer par la suite, les prémisses qui incluent le respect de l’autre sont prometteuses d’une relation potentiellement saine.

La maîtrise de soi, encore une vertu?

Lorsqu’on est en contact avec la pornographie, si facile à trouver, gratuite, toujours plus “hard” et abondante jusqu’à nausée, le désir de l’autre peut se transformer en convoitise du corps pour assouvir ses propres instincts. De sujet avec lequel on est en relation d’égal à égal, l’autre devient un objet qui peut éventuellement satisfaire ses pulsions sexuelles de manière purement égoïste. Un ordinateur et l’internet peuvent suffire à un grand nombre pour se gaver d’images et se soulager en solitaire. Mais ce n’est pas ce à quoi se limitent un certain nombre de personnes. Si les clubs de danseurs et danseuses ou les événements spéciaux dans certains bars permettent à quelques-uns et unes d’aller plus loin dans leurs fantasmes avec de la vraie “chair” à voir et à toucher, quitte à les monnayer, d’autres ont besoin de passer à l’acte sexuel au-delà de tout consentement. C’est ainsi que des femmes (et parfois des hommes) deviennent des proies. On les traque, on les drogue, on les viole, on les jette et on s’en vante ensuite sur les réseaux sociaux. Voilà ce que devient une société de surconsommation lorsqu’elle est gavée des objets habituels et que les pulsions de posséder se tournent vers les humains.

Certaines spécialistes donnent une interprétation de ces gestes en affirmant qu’ils n’ont rien à voir, au final, avec la sexualité, mais uniquement avec des penchants de domination, de pouvoir, de possession. Je suis partiellement d’accord avec cette vision, toutefois je crois qu’il ne faut pas banaliser le désir pulsionnel qui est à la base d’un cheminement intérieur menant jusqu’aux excès les plus répréhensibles. Il est vrai qu’on peut dominer l’autre et le soumettre à sa volonté sans que la génitalité entre en scène. Le contraire est tout aussi vrai. Juste à relire des récits de batailles épiques pour voir à quel point les guerriers victorieux achèvent systématiquement leur combat par des viols sur les femmes (et sans doute aussi sur des hommes) des populations conquises, on voit bien que cet instinct de soumettre l’autre jusqu’à le faire disparaître peut aussi passer par l’humiliation charnelle. Mais il me semble important de ne pas tout mettre dans le même sac.

Par exemple, ces jeunes qui ont violé Rehtaeh Parsons ont-ils uniquement répondu à un instinct de domination ou bien étaient-ils d’abord excités par des images qui montrent des femmes entièrement soumises aux caprices d’hommes pervers? Et ces femmes qui se prêtent à ces scènes pornographiques, en échange de compensations diverses, surtout monétaires, n’encouragent-elles pas que ces mises en scènes de fantasmes ne fassent l’objet de désirs de réalisation chez des hommes, jeunes ou pas, dont certains finissent par passer à l’action? Dans leur école, ces scénarios où l’on peut imaginer piéger une jeune fille et la soumettre par le viol sont-ils courants? Tout ceci est bien enchevêtré et complexe. Jocelyne Robert demande depuis longtemps “le retour à l’école d’une éducation à la sexualité, à l’affectivité et à la dignité humaine” et je la soutiens entièrement. Il me paraît aujourd’hui plus que nécessaire de mettre en place une telle éducation qui prend en compte le désir et les multiples façons de lui donner satisfaction, incluant le choix de le reporter et même d’y renoncer, et qui assurerait le respect intégral de l’autre ainsi que de son corps.

Si le corps est si chèrement convoité dans notre société en apparence si libre, il ne devrait jamais être réduit à un objet de consommation. C’est pourtant ce que bien des hommes (et des femmes) ont intégré, soit par absence de repères positifs, soit par la profusion des modèles de domination, de possession et d’auto-satisfaction. Il est plus que temps d’agir, car ce que nous sommes en train de fabriquer de l’image du corps et de la relation à l’autre ne peut que nous conduire à pire encore, jusqu’à détruire certaines des plus belles victoires du féminisme…

Voici le huitième article de ma série “En quête de foi” publié dans l’édition de mars du magazine Le messager de Saint Antoine. L’objectif de cette série est d’explorer les origines chrétiennes des éléments patrimoniaux dans la culture actuelle.

Devant les situations flagrantes d’injustice ou les actes ignobles de violence, une question revient sans cesse : pourquoi? Pourquoi Dieu laisse-t-il faire cela? Quel est donc ce Dieu qui regarde tout ceci sans rien faire? Et, depuis toujours, les réponses n’ont jamais satisfait complètement l’esprit humain qui cherche à comprendre.

Or, s’il est habilité à réfléchir, l’être humain est aussi doué d’un privilège extraordinaire qui en fait presque un égal de Dieu (cf. Psaume 8). Il s’agit de sa liberté. Dès qu’il s’est mis debout et qu’il a commencé à réfléchir de manière autonome, l’être humain a pris conscience que la vie lui proposait constamment des choix à faire. Chacun de ces choix met en œuvre un processus sélectif impliquant des renoncements.

Le meilleur et le pire

L’être humain a usé de sa liberté pour construire des civilisations grandioses. Pensons aux différents empires que l’histoire nous permet de connaître et d’apprécier. Mais l’accès à la liberté a rarement été équitable dans l’histoire. Certains en ont usé davantage que d’autres, ou plutôt sur le dos des autres! Des individus l’ont espérée, des peuples l’ont réclamée, parfois à coups de révolutions. La liberté fait partie des quêtes les plus constantes de l’humanité.

Or, en Occident, surtout depuis quelques siècles, nous pouvons croire que la liberté s’est rendue plus accessible, notamment grâce à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Même si rien n’est parfait, nous constatons que notre société parvient à faire respecter ce droit tel qu’il se matérialise dans la liberté d’expression, de conscience, de religion et d’association. Il est probable que la liberté est devenue un attribut de notre civilisation actuelle, au point où parfois il est à se demander si nous savons toujours en faire bon usage…

Assez tôt, dans l’histoire d’Israël, les patriarches ont eu conscience que les choix qu’ils faisaient pouvaient comporter des conséquences non seulement pour eux-mêmes et leur entourage, mais pour le peuple tout entier!

Je place devant vous la vie et la bénédiction d’une part, la mort et la malédiction d’autre part. Choisissez donc la vie, afin que vous puissiez vivre. Deutéronome 30,19

Dans la Bible, Dieu s’en remet au peuple qui peut donc le choisir ou le rejeter. Plus récemment, nos papes nous ont éduqués à une culture de vie, qui construit résolument une civilisation de l’amour, plutôt qu’une culture de mort, qui entraîne forcément vers un déficit d’humanité.

En nous donnant l’intelligence pour anticiper les conséquences de nos choix, Dieu nous a fait le cadeau du libre-arbitre. Il ne peut donc qu’en éprouver une grande fierté lorsque nous en faisons un usage pour la vie. Lorsque la créativité humaine est encouragée, elle produit des structures et des cadres qui favorisent l’égalité, l’inclusion, l’interdépendance et la fraternité.

Saint Irénée le disait autrement : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant! » Et la vie de l’être humain ne va pas sans la liberté qui le met debout! Voilà donc un héritage du judéo-christianisme qui transparaît encore aujourd’hui dans nos institutions démocratiques et dans notre culture. Sachons donc en profiter pour le meilleur… et pour la vie!

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