Archives d’auteur : Jocelyn Girard

À propos de Jocelyn Girard

Marié depuis 1984, 5 enfants (que des "gars"), 5 petits-enfants... Je travaille dans l'équipe de la Mission catéchétique pour l'Église catholique au Saguenay-Lac-St-Jean. Ce n'est pas un travail pour convaincre les gens de croire, c'est plutôt pour accompagner ceux qui ont choisi de croire... Je ne suis donc pas très effrayant et plutôt de bonne compagnie, sans distinction d'origine, d'ethnie, de religion ou de handicap. J'ai auparavant fait partie de L'Arche de Jean Vanier (en France et à Montréal) à laquelle je continue d'être attaché spirituellement. Autre blogue: http://lebonheurestdansleoui.wordpress.com Twitter : http://twitter.com/#!/jocelyn_girard Facebook : Jocelyn.Girard.9

Miséricorde, bien sûr! Mais encore?

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Avec le Synode des évêques sur la famille qui vient de se clore, peut-être n’avons-nous jamais autant lu ou entendu les mots « miséricorde » et « vérité », soit pour les opposer, soit pour les accorder, soit encore pour en privilégier l’un plutôt que l’autre. Depuis quelque temps, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche avec cette perception que les couples divorcés-remariés ou encore les personnes homosexuelles (seules ou en union) ont nécessairement besoin d’être vus comme ayant besoin de miséricorde pour que l’Église leur accorde de l’attention. Et c’est ici que je me dis: « en réalité, pas plus que moi! » En effet, moi qui suis marié comme un bon catholique, qui pratique encore sa religion en assistant à la messe et qui s’occupe plutôt bien de sa famille, oui moi, j’ai pourtant bien besoin de la miséricorde divine tout autant que ceux et celles dont on a discuté (sans eux bien sûr) durant toute une année et dont on parlera encore toute l’année qui vient.

Voir le bonheur et s’en réjouir

Un amour imparfait… comme le mien!

Ce qui me chicote, en fait, c’est l’incapacité de considérer le bien qui se fait en « territoire peccamineux ». Je m’explique, si mon statut par rapport à l’Église est « ok », celui des divorcés-remariés et des personnes homosexuelles « actives » est, selon la « doctrine vraie et immuable »: « vivent dans le péché ». Comme il s’agit de leur statut permanent, leur contexte est donc toujours marqué par la réalité objective du péché. C’est pourquoi l’Église veut leur prodiguer la miséricorde divine, non sans avoir préalablement brandi la vérité sur leur condition d’existence que Dieu ne peut que réprouver.

Or, il se trouve bien des témoins tout aussi crédibles partout autour de nous qui voient les choses différemment en observant la vie au sein d’un grand nombre de familles recomposées et d’autant d’unions homosexuelles. Plusieurs y reconnaissent de belles valeurs. Par exemple, ces couples formés de divorcés qui s’efforcent d’instaurer dans leur foyer une atmosphère de sérénité. Ils tentent de faciliter les choses pour leurs enfants dont certains peuvent être partagés entre un « nid » et l’autre. Ils font en sorte que leur adaptation soient la plus aisée possible et qu’ils ne cessent de se sentir aimés. Ils sont même parfois ouverts à la vie en projetant d’ajouter à leur progéniture. À la suite d’un premier échec conjugal, ils connaissent les chemins risqués ou dangereux pour leur fidélité et sont devenus habiles pour les éviter. L’amour qu’ils dégagent dans leur couple devient rayonnant. Il est bon d’être avec eux et ils font du bien autour d’eux. Si quelque témoin observait tout cela dans ma propre maison, il dirait certes : « Voilà un couple qui accomplit remarquablement bien sa mission chrétienne dans le monde en faisant rayonner l’amour divin dans son foyer ». Mais c’est là que le bât blesse: ces couples se sont écartés de la vraie voie et l’Église dont je suis ne cesse de le leur rabâcher afin qu’ils ne l’oublient jamais. C’est ainsi qu’on les prive officiellement de bénédictions et d’eucharistie pour les maintenir en état de pénitence publique. Comment pourrait-on alors reconnaître que tout ce qu’ils font de bien et de bon, tout ce qu’ils ont réparé à la suite de leur première union, tout ce qu’ils ont mis en oeuvre pour le bien de leurs enfants, tout ce qu’ils font dans la société en gagnant honnêtement leur vie, aurait à voir avec l’Évangile et les commandements du Dieu?

Famille recomposée

Il en est de même pour certains couples homosexuels. À l’Association Emmanuel, nous avons choisi de ne pas refuser les couples gais qui se proposent d’adopter des enfants en grand besoin d’amour en raison de leurs différences. C’est ainsi que nous pouvons voir, année après année, des familles où grandissent ces enfants entourés du même amour que celui qui est prodigué par des familles « ok » comme la mienne. L’amour des parents n’est-il pas nourri par la source de tout amour? Et cet amour pour des enfants qui, pour toutes sortes de raisons, n’ont pas été gardés par leurs parents biologiques lorsqu’ils ont découvert leurs « particularités », peut-il venir d’ailleurs que du coeur du Père céleste et sa préférence pour les plus petits?

Moi je le dis humblement: il y a parmi ces couples certains qui m’édifient et qui m’inspirent. Si c’est là l’oeuvre de leur vie pécheresse, comment se fait-il que je grandisse à les côtoyer? L’amour et le bien peuvent-ils provenir d’autre part que de Dieu lui-même? Le diable se mettrait-il à faire le bien pour confondre les vrais chrétiens? Possible, mais ce n’est pas l’expérience que j’en fais.

Mais oui, il y a aussi la vérité, celle qui confronte chaque personne humaine pour qu’elle devienne plus vraie; mais aussi celle avec un grand V qui nous indique que nos vies ne respectent que rarement la rigueur à laquelle la religion nous interpelle. Que faire de cette Vérité? D’abord la chercher en nous-mêmes car elle y est inscrite. Et voir comment nous pouvons, dans une perspective qui respecte la croissance humaine, nous y conformer peu à peu, avec l’assistance miséricordieuse de l’Église!

Miséricorde pour tous!

La miséricorde ou la compassion qui vient du coeur aimant de Dieu est infiniment plus puissante que celle que nous pouvons nous-mêmes accorder à quiconque. Or, il se trouve que nous sommes tous faillibles et qu’en tellement d’occasions nous « péchons » en ne faisant pas le bien que nous aurions dû faire, en ayant des pensées destructrices, de jugement ou de haine, en disant des choses qui blessent ou qui intimident. Oui, en ce sens nous sommes tous pécheurs et avons tous besoin de nous en remettre à la grâce divine car Dieu seul est juge de nos vies.

Puisque nous sommes tous dans le même bain du « mal » qui nous entoure, devenons davantage solidaires du bien que nous nous efforçons de réaliser dans nos propres vies. Sachons reconnaître le bien partout où il s’accomplit et bénissons toutes les personnes, peu importe leur condition de vie, afin qu’elles poursuivent résolument dans la voie de cette option fondamentale dont Dieu se réjouit, car c’est cette option pour le bien qui rend le monde meilleur et qui peut le mieux honorer notre Créateur.

 

Synode 2014: Qui a gagné? Qui a perdu?

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S’il existait encore des gens parmi les catholiques qui croyaient que l’Église était à l’abri des influences politiques, des lobbys et des conflits de pouvoir, le dernier synode leur aura montré que ces jeux de coulisse ont toujours été présents, bien que la plupart du temps cachés ou plus discrets.

La détermination du pape François à ouvrir les vannes de la transparence et à exiger une parole libre de la part de tous les évêques participant au synode aura sans doute favorisé cette manifestation qui peut paraître incongrue avec la mission spirituelle et l’unité de l’Église. Mais en réalité, elle aura surtout permis de montrer à quel point les membres de la plus haute hiérarchie de l’Église sont d’abord et avant tout des êtres humains sensibles aux influences diverses et qu’ils se rallient naturellement au leadership intellectuel et moral de quelques chefs de file, comme nous tous…

Sur la ligne de départ

Après une année de consultation et de positionnement des uns et des autres, l’entrée en synode, alimentée par la tendance à polariser des médias, pouvait donner l’impression que le grand clash était commencé. Les dés des uns et des autres semblaient déjà joués. Il ne restait plus qu’à voir comment la partie se déroulerait. Si les médias (et nous tous) n’avaient à chaque jour qu’un résumé de l’allure de la journée à se mettre sous la dent, c’est incontestablement le rapport de mi-parcours (la relatio post disceptationem) qui a mis le feu aux poudres. Un grand nombre de participants au synode et d’autres évêques sont sortis dans les médias pour exprimer leur indignation de voir à quel point des interventions jugées minoritaires y prenaient de l’importance. C’est là que nous avons pu prendre conscience de l’importance de cette mouvance conservatrice et du poids qu’elle exerce au sein de l’Église et dans l’enceinte synodale.

Les tensions

Les questions débattues (disons plutôt exposées) par les évêques ont semblé se concentrer sur deux ou trois points de la doctrine, à savoir : la communion eucharistique qui devrait ou non être accordée aux divorcés-remariés ou réengagés; la possibilité de considérer un échec matrimonial et d’ouvrir, à certaines conditions, à un second mariage; et l’ouverture plus ou moins grande aux personnes homosexuelles en excluant cependant dès le départ toute idée d’un « mariage » pour des personnes de même sexe.

Les tenants plus radicaux de l’enseignement traditionnel se sont vite rendu compte que ce fameux rapport semblait ouvrir plus largement que ce qu’ils avaient entendu des exposés des pères synodaux, d’où leur vive réaction comme pour colmater des brèches soudainement apparues au matin d’un réveil brutal. S’il y avait une certaine proportion d’évêques qui se seraient montrés plus « ouverts » à des changements non seulement pastoraux, mais qui auraient eu pour effet de modifier « quelque chose » de la doctrine, ceux-ci sont restés plutôt discrets au cours de la deuxième semaine. Avaient-ils le sentiment d’avoir été trop loin? Ils sont effectivement assez rares à avoir osé exprimer leur ouverture personnelle en public après la montée fortement médiatisée de l’arrière-garde.

Le texte final

Le rapport final du synode est très différent de celui de mi-parcours. Les grandes questions en litige n’ont pas reçu les deux-tiers des votes pour qu’elles soient adoptées (dans le sens d’une plus grande ouverture pastorale). Certains y verront donc une victoire de la frange conservatrice qui aura probablement su garder l’intégrité de la doctrine devant un pape à tendance trop laxiste. D’autres y constateront à quel point il est difficile de déverrouiller certains éléments doctrinaux lorsqu’ils sont fixés par la tradition et que la tentative aura au moins servi à montrer qu’un courant qui s’attache davantage à la « miséricorde » et même à la notion de gradualité en morale est réellement actif dans l’Église actuelle.

Et après?

Certains voient dans la proposition du pape de tenir ce synode en deux moments distincts (il n’était prévu à l’origine que la session d’octobre 2015) comme une stratégie pour que les questions débattues en 2014 continuent d’être présentes dans les esprits des pères synodaux qui participeront à la séance de l’an prochain. sur les mêmes sujets. Ainsi, dans les médias, les Églises locales et les divers forums qui s’intéressent à ces questions, le débat se poursuivrait avec l’espoir que l’ouverture manifestée cette année puisse aller en grandissant. S’il s’agit réellement d’une stratégie ainsi orchestrée, il faut reconnaître en François une intelligence hors du commun et un sens politique particulièrement déroutant pour les hauts responsables de la curie romaine et pour les tenants des positions traditionnelles.

Plusieurs cependant diront que ces ouvertures sont bien minces et très loin des vraies préoccupations des hommes et des femmes de notre temps. Il est clair que de donner la communion ou non aux divorcés-remariés peut paraître un bien petit problème pour les gens qui ont rompu avec l’Église ou pour ceux qui font fi de l’interdiction en se présentant sans trembler à la communion avec une conscience claire. Il va de soi que de rappeler que l’Église ne veut pas discriminer les personnes homosexuelles tout en maintenant que leurs unions et leurs relations sexuelles sont condamnées par l’Écriture ne peut conduire à de grandes réjouissances de la part des groupes qui tentent de lutter contre l’homophobie! Mais il faut peut-être considérer ceci: si l’Église peut faire quelques pas dans ces directions en égratignant quelque peu l’épiderme de sa doctrine associée « depuis toujours » à la Vérité absolue et immuable, ces petites avancées pourraient éventuellement permettre de rompre avec l’absolutisme de la lettre de la Loi et de tendre vers une interprétation plus nuancée qui tiendrait compte avec plus de réalisme des différentes situations particulières.

Bref, une petite brèche dans une fortification réputée imprenable pourrait peut-être donner à voir quelques ouvertures qui indiqueraient que l’Église est en train de voir le monde avec plus de compassion et d’y reconnaître, enfin, que c’est aussi dans ce monde que l’amour de Dieu s’incarne lorsque son Esprit Saint peut souffler librement.

« Vous m’avez accueilli »

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Cet article est le vingt-troisième de la série intitulée “En quête de foi” publié dans l’édition d’octobre 2014 du Messager de Saint AntoineL’objectif de cette série est d’explorer les éléments de la tradition chrétienne dont les traces sont toujours perceptibles dans la culture actuelle.

Le banc du quêteux

De nombreuses personnes d’un certain âge ont le souvenir d’une table familiale où il y avait un couvert de plus que le nombre de places prévues pour le repas. On raconte même que c’est souvent le père qui tenait à cette habitude. En effet, on ne savait jamais quand pouvait se présenter le « quêteux » des environs ou n’importe qui, à l’improviste. Cette tradition de charité chrétienne a duré longtemps. Pour plusieurs, c’était une façon de répondre à l’interpellation de Jésus qui invite à accueillir l’étranger. Cet étranger, anonyme ou non, se révèle être Jésus lui-même, car le Seigneur s’invite effectivement à manger chez ceux et celles qui l’entendent frapper à leur porte (cf. Apocalypse 3,20).

Menace ou richesse ?

Lorsqu’un invité surprise s’installait à table, la plupart du temps assez gêné de se retrouver là avec toute la famille, tous les regards pointaient vers lui. Ce soir-là, la conversation allait bon train. Les enfants posaient des questions ou lui faisaient raconter des anecdotes ou bien il donnait des nouvelles d’ailleurs. L’horizon familial s’élargissait grâce au regard de l’étranger sur le monde externe. Rarement a-t-on entendu des expériences qui tournaient mal. L’étranger accueilli avec sa différence savait se comporter correctement et respecter ses hôtes en exprimant sa reconnaissance. Pouvait-il être une menace pour la famille ? Possible, mais exceptionnel.

Si la tradition du repas ouvert à l’étranger s’est plutôt dissipée avec le changement de nos habitudes familiales, il n’en reste pas moins que notre société est demeurée très largement hospitalière. L’immigration par vagues successives en témoigne. Au tournant des années quatre-vingts, par exemple, des réfugiés du sud-est asiatique sont arrivés par milliers au Canada et au Québec et ont pu s’intégrer harmonieusement notamment grâce à l’accueil des communautés chrétiennes. Depuis quelques années, le Québec a choisi de privilégier les immigrants qui parlent français afin de faciliter leur intégration. De ce fait, des migrants d’Afrique et du Maghreb répondent plus massivement.

Nous nous trouvons donc, nous catholiques, avec une situation qui peut s’apparenter à celle du couvert excédentaire dans nos familles. Quelle place pouvons-nous faire à ces étrangers ? Ceux et celles qui désirent s’installer ici, y élever leurs enfants, vivre en harmonie avec les autres tout en conservant les éléments de leur culture, ne peuvent-ils pas contribuer à nous ouvrir sur le monde, élargir notre horizon, nous faire encore davantage appartenir à une humanité riche de ses différences ?

Si l’accueil de l’étranger fait bien partie des valeurs chrétiennes, ne sommes-nous pas invités à l’adapter à notre nouvelle réalité ? Ne devons-nous pas transformer cette tradition en la faisant passer de la table ouverte au « quêteux » à celle qui s’ouvre, par exemple, à cette famille nouvellement établie à proximité et qui n’a pas encore eu la chance de nous connaître ? En posant un geste inclusif à l’endroit d’une personne d’origine étrangère, nous répondons à l’appel de Jésus qui en fait même un « critère » de choix pour faire partie des « bénis de son Père » : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » (Matthieu 25, 38)

Pourquoi je n’écris plus…

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D’une semaine à l’autre, je me dis qu’il faudrait bien que je reprenne le clavier pour alimenter ce blogue. D’une semaine à l’autre, j’ai du mal à trouver quelque chose qui m’inspirerait, qui me porterait à dire du bien (bénir) plutôt que de dire du mal (maudire). J’ai détesté l’été qui se termine aujourd’hui. Rien à voir avec la météo! Même si le mal dans le monde existe depuis sa création, j’ai été sans doute insuffisamment immunisé au cours des derniers mois et je crois que je me suis laissé contaminer au point où j’ai préféré ne rien écrire. Que ce soit à partir de ce qui se passe sur les scènes mondiale, nationale et même locale, je parviens plus difficilement à demeurer un être d’espérance. Et même dans certains commentaires publiés suite à mes billets, l’air ambiant empeste parfois d’une immonde odeur que certains appellent la Vérité, une vérité qui ne semble servir qu’à condamner, renier, démolir pour, à la fin, ne reconnaître que quelques purs qui auraient mérité de la côtoyer.

Je n’écris plus parce qu’il me faut d’abord me ressourcer, m’abreuver à la Source, donc! Et c’est ce que je fais, en toute simplicité. D’ici là, désolé pour celles et ceux qui s’attendent peut-être – ou peut-être pas – à ce que je surgisse de nouveau avec mes mots. Pour que les mots résonnent, il me faut d’abord les alimenter d’un peu de foi et de beaucoup d’amour. C’est au contact de la Parole de Dieu que j’y arrive, et à travers la vie de ma famille, de mes amis et de tous les passionnés d’humanité… comme Dieu! Alors d’ici là, je vous souhaite de trouver, vous aussi, votre dose de bonheur quotidienne!

À bientôt, quand même !

L’Ange gardien… (nouvelle)

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Dans le cadre d’une invitation faite aux membres de l’Association des agentes et agents de pastorale de mon diocèse à un « concours littéraire » sur le thème « Quand tu ne sais pas où tu vas, regarde d’abord d’où tu viens », je me suis amusé à créer cette courte nouvelle. C’est un peu comme ma première fiction à vie! Puisque le texte a semblé être apprécié, je me permets de le publier ici, pour la postérité!

old woman on couchPar un matin d’hiver qui ne finissait plus de s’étirer, de grand froid, Léontine, bien déprimée, cherchait un peu de chaleur humaine. Obligée, à cause de l’arthrite, de rester au chaud depuis plusieurs semaines, elle n’avait eu que peu de contacts avec des gens incarnés. Elle s’occupait à jouer frénétiquement sur la tablette que ses enfants à Noël lui avaient achetée. Elle s’était rapidement constitué un réseau bien à elle, avec ses 74 amies. Elle pouvait donc se tenir informée de tout ce qui arrivait dans leur vie et mettre des « j’aime » aux endroits appropriés. Réservée comme elle a toujours été, elle ne voyait pas ce qu’elle aurait pu écrire sur son propre mur resté immaculé. Peu à peu, depuis cette acquisition, le téléphone avait cessé de sonner. Les gens racontent tellement tout leur nouveau sur leur mur sans fil qu’il n’y a plus guère d’occasion de les appeler ni d’être appelée. Après en avoir été bien excitée, elle avait entrepris de rager de plus en plus contre cette machine emmurée qui semblait la mener nulle part ou bien chez le « Yable »! Elle avait l’impression que ces gens étaient de moins en moins réels, comme s’ils sortaient de séries télévisées. Ce matin-là, elle demanda à son ange gardien de la visiter ou de lui donner un signe de sa présence pour la réconforter.

Léontine était connue comme une bonne vivante. En son temps, comme elle en avait organisé des réseaux de société! Elle était toujours la première à inviter tout le monde à la maison, impliquée qu’elle était dans les comités d’école pour ses enfants, les femmes chrétiennes, l’AFEAS et j’en passe! Elle se demandait bien ce qui avait pu se passer en si peu de temps pour que ses amies finissent toutes derrière leur écran à se laisser « tabletter ». La maison était devenue aussi déserte que les champs encore blanchis par les dernières bordées. Léontine se disait en elle-même : « Dans l’temps, au moins, on pouvait se coller un peu pis se donner des p’tits becs en cachette. Donner un bec à une tablette, c’est frette en tabarouette! »

- Ding Dong!

Sursautant, Léontine se demandait bien qui pouvait sonner si tôt en matinée. En ouvrant sans réfléchir, elle fut prise d’assaut par un homme costaud qui la repoussa à l’intérieur. Elle ne fit rien qui aurait pu fâcher son agresseur. Celui-ci lui ligota ensemble dans le dos mains et pieds avec un foulard abandonné. Il l’installa recroquevillée sur le vieux divan enfumé. En lui faisant signe de garder le silence, il la couvrit de sa jetée. Léontine ne savait pas ce qu’il faisait chez elle, pour quoi que ce soit ou pour voler. Elle était terrifiée, mais en même temps comme en paix par en-dedans. Soudain, dans la craque du sofa derrière son dos, elle sentit avec ses mains liées quelque chose de bien carré. C’était sa tablette qu’elle avait laissé tomber sur le côté au moment de se reposer. Elle se rappela à l’instant que Roger, son fils aîné, lui avait installé et paramétré l’application SOS Sécurité! Elle appuya trois fois sur le bouton et la tablette envoya des appels et des courriels aux urgences et à tous ses enfants par wifi interposé. En très peu de temps, le téléphone se mit à sonner sans s’arrêter et les pompiers, les policiers, les ambulanciers encerclèrent rapidement la maisonnée.

L’homme sembla ne rien comprendre de ce qui arrivait. Paniqué, il tomba à genoux et se mit à prier : « Notre Père… » Touchée par cette fragilité soudaine, Léontine entonna avec lui les strophes une à une.  « Donne-nous aujourd’hui… » Le policier qui entra le premier fut abasourdi de trouver un homme à genoux et une femme sereinement enveloppée tout à côté. Léontine lui dit calmement : « Pardon, c’est une fausse alerte! Ce monsieur est venu chez moi pour prier. » Les services d’urgence repartirent alors rassurés. C’est à ce moment que Roger arriva et se mit à les interroger. Léontine l’interrompit avec sévérité : « Ce gentil monsieur avait besoin d’un peu de chaleur humaine, tout comme moi. » L’homme se retira discrètement, laissant le fils et la mère déstressés. Roger la détacha et l’embrassa tendrement. Dans les bras de son aîné, Léontine sourit et se dit en elle-même : « Heureusement que je sais encore compter sur mes croyances dépassées… Il suffit de croire qu’un ange est à ses côtés pour obtenir ce que l’on désire avec sincérité! »

La violence, héritage religieux?

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Le premier meurtre était-il religieux?

Cet article est le 21e de la série « En quête de foi » du magazine Le messager de Saint-Antoine, parution de juillet-août 2014. Cette série cherche à mettre en relief la dimension de foi qui est présente dans la culture actuelle. 

Beaucoup de personnes autour de nous croient sincèrement que la religion est à la source de plusieurs formes de violence. Dès qu’une nouvelle circule à propos d’un acte terroriste, par exemple, on a tôt fait d’identifier la religion de la personne ou du groupe responsable avec le présupposé qu’il y a cause à effet. Le plus souvent, dans l’actualité récente, ce sont des islamistes qui sont pointés, mais le soupçon antireligieux n’est jamais loin lorsqu’il s’agit de dénoncer des actes associés à la barbarie.

D’où vient la violence?

La Bible raconte que le « premier » acte violent, le meurtre d’Abel par son frère Caïn, avait pour motif la jalousie (cf. Genèse 4). Les offrandes d’Abel, l’éleveur, auraient plu davantage à Yahvé que celles de son frère agriculteur. Si la relation à Dieu fut au cœur de leur dispute, en aucun moment ne pourrait-on imaginer que l’homicide ait été cautionné par le Seigneur! Non, la Bible enseigne plutôt que les humains étaient doués de la conscience du bien et du mal. Et la violence, quelle qu’elle soit, n’a jamais pu être associée au bien, même si parfois, en contexte de légitime défense, elle est qualifiée de moindre mal.

En réalité, dès le début de la Bible, on voit que la violence naît dans le cœur de l’être humain, lorsque ses passions le poussent à des sentiments malsains attisés par le désir de posséder ou de jouir égoïstement d’un bien quelconque. Jésus a refusé d’entrer dans cette logique en renonçant même à se défendre des attaques dont il fut l’objet, jusqu’à sa condamnation à mort et sa crucifixion. « Lui n’a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n’a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l’insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à Celui qui juge avec justice. » (1 Pierre 2, 22-23)

Dieu sanctionnerait le meurtre?

Dans les grandes traditions religieuses, l’appel à la paix et à l’amour universel est plus fort que toute justification de violence. Mais il peut nous arriver de vouloir « convaincre » Dieu de notre bon droit et de vouloir en faire l’étendard de nos velléités nourries à même nos penchants mauvais. Or, Dieu, qu’il soit adoré sous tous les noms possibles, ne peut qu’encourager la justice et la paix. Toute justice obtenue par la violence est un détournement de la religion. Il est impossible d’embrigader Dieu aux côtés de ceux qui commettent le mal.

Puisons à la justice

Dès les premières civilisations, les humains ont élaboré une jurisprudence qui tendait à rendre justice en proportion des préjudices. Si nous cherchons dans notre société des éléments persistants de culture religieuse, nous les trouverons dans le souci de nos tribunaux de juger avec discernement et de sanctionner en fonction du mal commis, sachant parfois se montrer magnanimes lorsque les prévenus donnent des signes qu’ils peuvent s’amender et changer. Oui, toute idée de justice qui fait honneur à Dieu ne peut jamais justifier la violence et encore moins la mort de quiconque. La violence n’est donc pas un héritage de la foi chrétienne, mais la justice, certainement!

Pour aller plus loin, voici un court billet de Jean-Claude Guillebaud qui va dans le même sens: « Protégeons Dieu des fanatiques » 

Et puis cette exhortation du pape François, lors de l’Angélus du 10 août : « On ne fait pas la guerre au nom de Dieu ».

Peut-on (faut-il) juger ?

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Il n’y a pas que les catholiques qui se battent pour la vérité!

Depuis quelques semaines, certains de mes collègues et moi-même sommes visés par des gens qui proviennent de milieux traditionalistes catholiques. À la suite de calomnies proférées par un certain J. Lamirande dans un texte publié par les Nationalistes du Saguenay, j’ai tenté d’offrir une voie alternative afin que la conversation demeure possible plutôt que d’être une suite ininterrompue de positions défensives et offensives. Les deux textes ont été recopiés ensuite sur un forum de discussion traditionaliste qui permet à ses membres de pouvoir les commenter. L’un de ces catholiques traditionalistes m’a même mis au défi, via Facebook, d’aller « me défendre » sur ce forum, étant donné que j’osais afficher publiquement mes positions.

Dans la même période, j’ai fait partie des co-signataires d’une lettre ouverte qui avait pour but de présenter une autre manière de parler de la foi dans les médias, alors que seul le maire Jean Tremblay semblait pouvoir le faire grâce à sa tribune d’élu. Voici que, du même giron traditionaliste, une réponse à cette lettre écrite par un certain Urbain IX* (!) vient à nouveau qualifier mes collègues et moi-même de «modernistes», dans le sens de ce courant historique qui a été rejeté et même condamné à maintes reprises par plusieurs papes depuis plus de deux siècles. Bref, en nous identifiant à ce courant, il va de soi que l’angle d’attaque vise précisément à discréditer toute prise de parole de notre part et à étiqueter le Diocèse de Chicoutimi et son évêque comme une Église « infectée ».

Discussions stériles

Le genre de débat que souhaitent généralement les personnes liées à une mouvance bien campée, qu’elle soit traditionaliste ou autre, est assez classique. En réalité, leur maxime pourrait se formuler ainsi: «Tôt ou tard, vous comprendrez que vous aviez tort». Je vais donc les satisfaire immédiatement: « J’ai forcément tort ». Voilà, je l’ai confessé! Je m’applique ainsi à répondre à une interpellation de l’apôtre Paul aux Philippiens: « Ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes » (Philippiens 2,3). Disons que j’ai cependant encore bien du chemin à parcourir pour que ce soit vrai à chaque instant! Par ailleurs, affirmer ceci ne constitue pas un renoncement à tout ce que je crois… Au contraire, le même Paul nous dit ceci: « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu as tout reçu, pourquoi t’enorgueillir comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Corinthiens 4,7). Tout ce que je crois, c’est ce que j’ai reçu, c’est ce que nous recevons en Église, dans l’Esprit Saint. Dans la quête de vérité, on ne trouve rien qui ne soit donné. C’est mieux pour l’orgueil. Nous avons ainsi reçu les vérités transmises par la grande tradition de l’Église et condensées dans les dogmes, les conciles, etc. Mais les formulations de ces vérités révélées sont généralement « encapsulées » dans une culture, une langue, les mots d’une époque à laquelle elles réagissent, à partir des conceptions que l’on se fait du monde et du cosmos, avec les apports des diverses sciences, etc. Bref, si la Vérité est de l’ordre d’un donné définitif (et immuable), sa transmission demeure plus sujette à controverse, ce que contestent les traditionalistes qui ont tendance à figer la tradition, croyant qu’à chaque fois qu’on la revisite, on la trahirait un peu. Leur attachement se porte de manière encore plus tangible sur le rituel eucharistique modifié après plusieurs siècles à la suite du Concile Vatican II.

À une époque comme la nôtre, les gens qui, comme moi, se sont investis dans l’Église catholique, le font le plus souvent avec la conviction intime qu’ils y sont appelés, qu’ils peuvent y apporter leur contribution, qu’ils répondent ainsi de leur mieux à leur vocation. Cette Église d’après Vatican II et tous les papes qui l’ont conduite depuis sont taxés d’imposteurs par certains groupes traditionalistes, sous prétexte qu’ils auraient vidé de sa substance la sainte Église catholique romaine pour la remplacer par une coquille remplie de la vacuité de l’esprit du modernisme. Alors ces pauvres personnes engagées, au mieux se sont trompées ou l’ont été, au pire sont complices de l’imposture. Le Diocèse de Chicoutimi, infiltré par les progressistes-modernistes, serait donc à l’avant-garde du front relativiste de cette Église faussaire. Et Jocelyn Girard, parmi d’autres, en serait un activiste, sournois ou naïf, ça reste à voir selon sa capacité de se défendre des accusations. Je vous l’avoue ici: me prêter un tel pouvoir, c’est un coup dur pour mon humilité! Vite que je me répète l’Épître aux Philippiens!

Imaginons les choses autrement…

Pendant que des milliers de chrétiens sont persécutés dans certains pays du Moyen-Orient, nous vivons encore, en Occident, dans un monde où les opinions peuvent s’exprimer librement. J’ai une pensée en ce moment pour Asia Bibi, au Pakistan, pour Meriem Yahia Ibrahim Ishag, au Soudan, des mamans attachées à leur foi chrétienne qui ont été condamnées à mort pour avoir osé l’exprimer clairement (les jugements auraient été cependant renversés récemment dans les deux cas). Là-bas, des femmes sont condamnées pour oser dire une vérité toute simple: « je suis chrétienne ». Ici, certains condamnent ceux et celles qui ne sauraient pas le dire sans l’appui et l’adhésion parfaite à une somme théologique qui pèse des milliers et des milliers de pages d’enseignements dogmatiques – le tout sans se tromper! Alors imaginons qu’un jour nous en soyons rendus, ici au Québec, à ce point poussés dans nos retranchements par une culture laïque devenue vindicative qui se mettrait à traquer toute foi confessée. Si le simple fait de s’avouer croyant devenait périlleux, risqué pour sa vie, je voudrais bien, alors, voir comment nos débats rhétoriques sur la vérité transmise comme un dépôt intact et immuable trouveraient tout à coup une place… somme toute relative!

Nous serions plutôt forcés, catholiques de toutes tendances, de gauche comme de droite, de la tradition ou du progrès, du passé triomphal ou de la modernité, à tous nous serrer les coudes et… à prier. C’est exactement ce qui se passe en Irak, en Égypte, en Syrie, et partout là où l’on a démonisé les chrétiens en les rendant responsables du malheur ou en les pourchassant comme des infidèles sur une terre où ils ne sont plus tolérés après des siècles de coexistence. Nous pouvons nous faire du mal en nous condamnant mutuellement: « vous les tradis… » « vous les progressistes », « ce pape est un apostat », « n’avez-vous pas lu Léon VIII? » etc. Je vois juste que ça ne nous mènera nulle part, comme c’est le cas maintenant.

Je crois que nous devrions plutôt, tous les croyants et croyantes qui se réclament de Jésus-Christ, revenir à l’essentiel. Apprendre à nous côtoyer serait un premier pas. J’aimerais dire ceci à mes « frères » et à mes « soeurs » traditionalistes: sortez de l’ombre et parlez en votre nom. Acceptons que la Vérité nous dépasse tous et qu’elle est inaccessible à nos pauvres moyens. Elle existe bien. Elle a été prodiguée aux humains de toutes les générations, dans une révélation progressive particulièrement lisible dans l’histoire judéo-chrétienne qui la contient en totalité – mais pas en exclusivité – et ce jusqu’à son degré ultime lorsque le Verbe de Dieu lui-même s’est incarné en Jésus de Nazareth, et qu’il est mort et ressuscité pour tous les humains, sans exception, non sans avoir laissé un héritage riche d’enseignements, lui qui était La Vérité. Celle-ci a été toutefois reprise par des hommes, de manière spiralée, d’un concile à l’autre, et s’est déclinée peu à peu en dogmes de foi et en catéchismes successifs. Nous pouvons vivre sans la connaître intégralement, mais nous ne pouvons pas vivre humainement si nous cessons de la chercher. Car chercher la Vérité est la vraie nature de l’être humain.

Plutôt que de nous lancer des pierres, prions donc ensemble pour que le Règne arrive. Oeuvrons ensemble pour en donner des signes visibles. Et abreuvons-nous ensemble à la même source: Jésus vivant qui communique sa vie encore sous diverses formes et principalement dans l’eucharistie. Et faisons confiance en l’Église qui cherche aussi, en lisant les signes des temps, à ne communiquer rien d’autre que ce qu’elle a reçu. Je me trompe peut-être, sans doute, certainement. Une chose m’est cependant d’une certitude absolue: il y a un Dieu créateur qui veut éviter à l’humanité qu’elle ne se perde encore et encore. Et son unique moyen, hormis la vérité, c’est l’amour:

« Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent; la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice. » (Psaume 84, 11-12).

Ce sont les quatre points cardinaux. Nous devons n’en délaisser aucun. C’est la proposition que je dépose. Ne laissons jamais notre souci de la vérité réduire l’importance de l’amour, celui qui nous vient de Dieu et celui que nous devons à notre tour prodiguer, ni la recherche active de justice et de paix. Et comme dans toute relation d’amour, laissons la vérité « germer de la terre » (du vécu, de l’expérience), c’est ainsi que la justice « du ciel se penchera » comme un fruit prêt à cueillir. Sur ce chemin, je suis prêt à rencontrer toute personne de bonne volonté, qu’elle soit « tradi » ou n’importe quoi d’autre. Peut-on juger? Bien sûr, mais le faut-il?

*Si je désirais entrer dans le combat auquel on me convie, je me permettrais de commencer en interrogeant le pseudonyme de mon interlocuteur… Le dernier pape à s’être appelé Urbain est le huitième du nom… Faudrait-il en déduire que l’anonyme derrière Urbain IX aurait des prétentions papales? Voyez-vous, c’est exactement la méthode utilisée dans ce genre de débat… On tape sur l’adversaire et on compte les coups gagnants. Non, ça ne m’intéresse pas.