Après Dur, dur d’être un catho!, voici le second article de ma chronique “En quête de foi”, publié dans l’édition de juillet-août de la revue Le messager de saint Antoine

IXTUS

Poisson gravé sur une maison romaine

Lors des persécutions par les Romains, les premiers chrétiens se reconnaissaient secrètement par des symboles. Par exemple, ils gravaient des poissons sur des murs ou des pavés pour identifier les lieux de rencontre. Un acrostiche du mot poisson en grec (ICHTUS ou ΙΧΘΥΣ) signifiait Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur. Par ce signe, les chrétiens manifestaient leur appartenance à l’Église. En apercevant ce symbole, ils avaient peut-être aussi l’occasion d’adresser une prière spontanée à leur Maître et Sauveur, d’autant plus que leur vie pouvait être menacée s’ils étaient dévoilés.

En roulant au Québec, en été, je suis toujours frappé par l’omniprésence des signes religieux. Il y a ces statues exposées sur les devantures de maisons, comme le Sacré-Cœur ou l’Immaculée-Conception. Elles nous disent que dans telle maison, quelqu’un veut témoigner d’une dévotion particulière. Mais je m’émerveille davantage face à ces fameuses « croix de chemin » qui abondent encore dans nos campagnes. Elles sont généralement entretenues, repeintes, fleuries, exprimant ainsi le caractère actuel de la croyance des gens qui en prennent soin discrètement.

Croix de Chemin

Une croix de chemin plantée en Charlevoix

Une croix de chemin, c’est le rappel historique d’un supplice répété des milliers de fois durant l’époque romaine pour exhiber clairement le pouvoir de l’Empire sur les nations conquises et décourager tout soulèvement. Sur une croix semblable à tant d’autres, un certain Jésus, homme bon, maître et prophète, fut cloué et mis à mort. Mais nous ne verrions pas d’évocations si nombreuses de ce supplice cruel si un événement unique et sans pareil n’avait été rapporté par des dizaines de témoins. Son histoire serait restée sans effet et oubliée si cet être singulier ne s’était pas manifesté bien vivant à ses disciples dès le troisième jour. Les mots pour décrire cette réalité n’existaient même pas. Les témoins usèrent de ceux qui s’en rapprochaient : « remis debout », « relevé », « réveillé », « vivant », « présent » autrement. Pour dire le caractère unique de la résurrection de Jésus, il faut avoir en tête tous ces mots et un autre encore : « élevé ».

Dans l’Évangile de Jean, Jésus évoque cette histoire d’un serpent coulé dans le bronze et élevé sur un bois par Moïse au désert[1]. Le seul fait de regarder ce serpent guérissait des morsures dont étaient victimes les Hébreux en marche vers leur terre promise. Pour Jean, la croix élevée manifeste le pouvoir absolu de Jésus sur la mort et sur toutes les formes du mal. La regarder, en passant, suffit donc à nous rappeler qu’il a souffert, fut crucifié et qu’il est mort pour chacun de nous.

Lors de votre prochain passage devant une croix de chemin, rappelez-vous que ce signe a été installé là par un de nos ancêtres comme un témoignage de sa foi, possiblement en reconnaissance d’une grâce spéciale reçue qui, comme pour le serpent de bronze, peut se répéter en faveur de ceux qui élèvent leur regard sur ce qu’elle représente : Jésus, mort pour nous, relevé pour nous donner la vie éternelle!


[1] Voir Nombres 6, 6-9 pour l’épisode racontée dans la Bible et Jean 3, 14.

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